Histoire d'ici

Il y a 50 ans…Mission Racine.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

           Entre les vieux villages de Leucate et Le Barcarès, entre Méditerranée et étang de Leucate-Salses, deux superbes villes dédiées au tourisme vont éclore, Port-Leucate (sur la photo) et Port-Barcarès. A droite la Méditerranée, à gauche la lagune, on distingue la voie rapide bordée par une vaste pinède, en bas les premières constructions de Port-Leucate émergent au bord du grau qui relie l'étang à la Méditerranée. Photo aérienne de 1970

  Il y a 50 ans, sur la façade du golfe du Lion, une bande de terre sablonneuse désertique s'étirait tout en longueur entre la mer Méditerranée d'un côté et les étangs de l'autre. Un étroit cordon de sable fin que seuls quelques pêcheurs modestes, selon la saison, donnaient un semblant de vie à cette contrée balayée par le cers ou la tramontane. Un territoire parsemé de lagunes littorales, d'étangs aux eaux saumâtres, de terres marécageuses, de marais infestés de moustiques. Des agglomérats de cabanons rudimentaires construits à même le sable, de matériaux hétéroclites, sans eau potable, ni électricité, ni hygiène s'implantaient ici ou là. 

A cette époque la région tirait une grosse part de ses revenus de l’agriculture, surtout de la viticulture dont la surproduction de vin de qualité moyenne faisait chuter les prix qui provoquaient d’importantes et violentes manifestations du monde viticole. L’Etat compris qu’il fallait diversifier les activités et ne plus voir la région dépendre d’une filière dont l’avenir était incertain. Dès 1963, le général De Gaulle et son Premier ministre lancent un ambitieux projet sur le littoral du golfe du Lion comprenant quatre départements de la région Languedoc-Roussillon :   le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées Orientales.  La Mission interministérielle Racine comme on l’a baptisé du nom de son responsable Pierre Racine dont l’objectif était de faire de la côte méditerranéenne un pôle touristique attractif permettant de capter les touristes qui ne faisaient que transiter par le Languedoc-Roussillon pour aller en vacances en Espagne. La Mission dépend directement du Premier ministre ce qui lui assure une liberté d’action totale afin éviter les lourdeurs administratives. Une équipe est mise en place et plusieurs architectes proposent des projets. Jean Le Couteur œuvre au Cap d’Agde, Jean Balladur se consacre au destin de la Grande Motte, Leucate et Le Barcarès sont confiés au talent de Georges Candilis. Il fallut engager des travaux pharaoniques et beaucoup, beaucoup d’argent... Construction de routes et voies rapides, démoustication, assainissement, création de ports de plaisance, aménagement des lagunes, tracer les réseaux d’électricité et d’eau,   urbanisation, créer de vastes espaces naturels, planter des milliers d’arbres. Ainsi en Roussillon, le Lydia, le « paquebot des sables » s’échoue définitivement sur le quartier du Grand Large et devient l’emblème de Port-Barcarès. Dès 1968, émergent de terre les constructions à Port-Barcarès, 1970 à Saint Cyprien, puis les stations de Port-Leucate, Gruissan, le Cap d’Agde, La Grande Motte, Port Camargue. Pour séduire les vacanciers, il fallut constituer du lien social, développer des loisirs culturels, aménager des cours de tennis, bâtir des gymnastes, créer des terrains de sports, des mini-golfs, des aires de jeux, des musées, développer commerces et artisanat en tous genres. Chaque architecte a laissé son empreinte, son style, et attribué une personnalité différente aux nouvelles stations. Là ou naguère les cabanons faisaient tâche sont nées de véritables villes, bourdonnantes de loisirs et de vacances au soleil ! 

Autrefois en Pays catalan et Pays languedocien, les paysages proches de la mer Méditerranée étaient constitués d’étangs littoraux riches d'anguilles et de poissons, de zones marécageuses infectés de moustiques, de dunes sauvages, de quelques cabanes en roseaux où les pêcheurs logeaient. Le littoral du Languedoc-Roussillon de Port-Camargue aux confins du Gard au Racou (hameau d’Argelès) a beaucoup changé en 50 ans. En effet à partir des années 1960, au plus haut sommet de l’Etat, la décision de moderniser la côte avec la Mission Interministérielle Racine, organisme d’Etat, devient effective. Tout est mis en oeuvre pour rendre attractive cette portion de côte française qui a profondément chamboulé le littoral. Cet aménagement touristique de grande ampleur a métamorphosé la côte mais a aussi modifié les cycles naturels aggravés par les dérèglements du réchauffement climatique, un phénomène totalement inconnu à l’époque. Le dérèglement climatique, avec des tempêtes plus fréquentes, plus violentes, et une hausse du niveau de la mer que les estimations du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat)) portent entre 50 et 80 cm d’ici la fin du siècle. Le manque de sédiments qui étaient charriés par les fleuves côtiers avant que le département des P.O soit doté de nombreux barrages de retenue ne modèrent le processus d’alimentation. Le dernier apport massif de sédiments date de « L’Aiguat de 1940 ». L’homme a depuis construit des routes, dompté fleuves et rivières, édifié des barrages sur l’Agly et la Têt (Vinça et Caramany) qui ont neutralisé l’écosystème de notre littoral essentiellement constitué de sable fin. Aujourd’hui si l’empreinte négative du réchauffement climatique, n’est contesté par personne, il n’explique pas tout mais augmente les phénomènes dans une spirale de dégradations. Les tempêtes hivernales, les coups de vent d’Est, les crues à l’intérieur des terres, sont plus nombreuses et plus violentes qu’autrefois avec des conséquences graves, en particulier sur les longues et belles plages du golfe du Lion. La houle, puissante et répétitive, emporte les précieux sédiments vers le large. Et peu à peu, la plage, cette bande sablonneuse entre terre et mer qui fait la beauté de notre littoral offre une vision dénaturée. Le sable, ressource naturelle précieuse, ne revient pas ! Dans certaines zones, l’érosion atteint 3 mètres par an.

La Grande-Motte en Languedoc possède une architecture pyramidale dont le consept a parcouru le monde. Cliché de 1970.