Histoire d'ici

La pêche au bœuf

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

         Introduite vers 1720 dans le golfe du Lion par des Catalans, la pêche aux bœufs se développe rapidement dans la plupart des ports du Languedoc et de Provence, non sans provoquer des réactions hostiles notamment à Martigues et Marseille. Le nom de cette pêche évoque l’action du filet : tiré par deux bateaux qui naviguent côte à côte, comme deux bœufs liés par un joug, l’engin laboure les fonds de la mer à la façon d’une charrue qui trace des sillons sur un champ.

Pendant le XVIIIème siècle, les propriétaires de bordigues, les pêcheurs à la senne ou aux palangres exigent l’interdiction de cet art traînant qui, lorsqu’il écume les plages, ramasse une trop grande quantité de jeunes poissons. Plusieurs ordonnances demandent la destruction des bateaux et des engins. En 1754, une centaine de barques pratiquant cette pêche son détruites. Bien qu’un décret de 1803 prône une nouvelle fois l’interdiction de la pêche aux bœufs, celle pratique est tolérée puis finalement autorisée sous la Restauration. Le golfe du Lion, vaste plateau continental, qui s’étend de la Camargue au cap de Creus en Catalogne est « labouré » par ce type d’attelage. En 1893, Martigues accueille 34 tartanes formant 17 couples. Sète avec 72  bateaux-bœufs en 1906,  est le port d’attache de la plus importante flottille languedocienne. En Roussillon, presque tous les petits ports comptent, chacun, quelques unités. Rosas, important port de pêche de la Costa Brava abrite une petite armada de bateaux-bœufs. Issu de la tartane provençale, le véritable bateau-bœuf est une robuste embarcation, très forte à l’avant,  plus fine et rétrécie à l’arrière, d’une longueur de 14 à 16 mètres. Sur ce voilier, le plus grand bateau de pêche de nos côtes méditerranéennes, le mât fait à peu près la longueur de la quille et l’antenne mesure de 21 à 22 mètres de hauteur. Une immense voile latine, la « mestre » » ou la « grand maïstre », taillée dans du coton de qualité, fait 110 m2 environ. En pêche, les deux bateaux qui forment un couple, se tiennent à une distance constante de près de 80 mètres, l’un en retrait, par rapport à l’autre. Ils traînent le filet (le gangui) pendant plusieurs heures jusqu’à des profondeurs de 90 à 100 mètres. Lorsque le capitaine estime que la poche est suffisamment pleine, les deux bateaux se rapprochent et celui qui dirige les manœuvres, le « baou », hisse le filet à bord. Le tri des poulpes, merlans, raies, grondins, poissons plats, etc… est fait  sur le bateau. Le soir, toutes les embarcations rentrent en même temps, profitant de la brise du large.