Histoire d'ici

Le loup de mer de La Franqui.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

           Henry de Monfreid est un romancier-aventurier né le 14 novembre 1879 à la villa Amélie au hameau La Franqui sur la commune de Leucate. Son père, ami du peintre Paul Gauguin, lui transmet le virus de la navigation et de la peinture. Il fera ses études secondaires à Carcassonne qu’il abandonne, très affecté par le divorce de ses parents et entre dans le monde du travail. Il est courtier en café dans plusieurs entreprises et puis producteur de beurre à Fécamp. De mauvaises affaires dues aux inondations de 1910 et ayant contractée la fièvre de Malte, il vend son affaire. Il part se reposer à la propriété Saint Clément que possède son père dans le village de Corneilla de Conflent au pied du Canigou en Catalogne Nord.

Il écrit dans l’un de ses livres : j’ai passé ma jeunesse à l’ombre du Cap Leucate. C’est l’appel du large qui devait me jeter définitivement dans l’aventure. A 32 ans il traverse la Méditerranée, le canal de Suez et débarque en 1911 à Djibouti en Mer Rouge où il commence une vie très mouvementée. A bord de son boutre, l’Altaïr, il devient au gré de sa fortune, pêcheur de perles, transporteur d’armes, contrebandier de tabac et d’hachisch. Il apprend l’arabe et se coiffe d’un turban. Monfreid traverse de mauvaises passes. Un jour, le bateau est pris dans des tourbillons et manque de se noyer. Il décide aussitôt de se convertir à l’islam. Il s’appelle lui-même Add el Haï se qui veut dire Esclave du Vivant. Jusqu’aux années 20, il écoule 20 tonnes de hachisch. Henry de Monfreid se bâtit rapidement une fortune et une réputation. Un loup de mer qui nagera en eaux troubles ponctué par plusieurs courts séjours en prison.

En 1930, Monfreid rencontre Joseph Kessel qui est subjugué par ce personnage hors du commun. Il lui conseille d’écrire ses aventures. En 1931 il publie son premier roman inspiré de ses aventures. Le titre est " Les secrets de la Mer Rouge " qui devient un immense succès de librairie. Il écrit 2 ans plus tard "Vers les terres hostiles de l’Ethiopie" dénonçant les visées sur Djibouti et le Yémen de l’empereur Hailé Sélassié. Ce dernier, tentera personnellement de l’empoisonner, lors d’une audience. L’intrépide audois vomit le café empoissonné mais est expulsé illico d’Ethiopie ! Il reviendra en Ethiopie avec l’armée italienne en 1936. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera déporté par les anglais au Kenya. Privé de liberté, se sont des années douloureuses !

A la fin des hostilités, il revient en France, à Ingrandes, dans le département de l’Indre. Dans son jardin, il cultive du pavot, et va peser l’opium chez l’épicière du village ! La justice française l’inquiète un moment mais il s’en tire bien une fois de plus. Il n’oublie pas son pays, chaque été, il revient à La Franqui où il s’est fait construire une petite maison en bois, appelée "Boîte à sel "en raison de sa forme. Les falaises du cap Leucate l’attire toujours. Il écrit, il peint, il photographie et donne des conférences car il est le héros de ses propres livres d’aventures Un testament de pirate, c’est le dernier titre d’un livre d’Henry de Monfreid qui n’a jamais renié son passé de flibustier. Ce baroudeur infatigable, à 82 ans, avait repris la mer à bord de son bateau l'Obock. Il est pour toujours le corsaire mythique de la mer Rouge.

 A la fin de sa vie on le rencontrait encore, solitaire et sauvage, se promenant sur les bords du Grazel. Après sa mort, ses enfants découvriront que les tableaux de Paul Gauguin accrochés sur les murs de la maison n’étaient que des copies. Monfreid avait vendu les originaux légués par son père !

Après cette vie extraordinaire, le légendaire aventurier audois s’éteint le 13 décembre 1974 à l'âge de 95 ans. Il repose au cimetière de Leucate, près de la Méditerranée, cette mer qu'il avait tant aimé.