Piraterie et guerre de course.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

       Dans l’ancien monde méditerranéen, la piraterie naquit en même temps que la navigation. Elle fut favorisée par des conditions géographiques qui se prêtent assez bien aux attaques par surprise. D’abord vouée à la capture de prisonniers destinés à être échangés contre rançon, la piraterie prit de l’importance avec le développement du transport des marchandises par voie maritime. Dès lors, la piraterie joua un rôle économique de premier plan en Méditerranée où elle sévit avec des fortunes diverses jusqu’à la chute de l’Empire Ottoman au XIXème siècle. Ainsi, la plupart des ports de l’Afrique du Nord se consacraient presque uniquement à la piraterie dont ils puisaient puissance et profit. Dans le Nord de l’Europe, il en fut de même avec les Vikings qui se hasardèrent moins à attaquer les navires en hautes mer, préférant piller les côtes ou les rives des fleuves qu’ils n’hésitaient pas à remonter très loin en amont.

A partir des grandes découvertes, les richesses que les nations européennes ramenaient du Nouveau Monde aiguisèrent les convoitises qui donnèrent naissance à une forme particulière de piraterie : la chasse aux galions chargés de denrées précieuses. Mais bientôt, les hors-la-loi sur mer ne furent pas les seuls à s’intéresser à ce trafic. Certains gouvernements, la France et l’Angleterre notamment, chargèrent des marins aventuriers de pratiquer à leur profit une sorte de « piraterie légale », destinée à affaiblir le commerce maritime des pays ennemis ou simplement concurrents. Ce fut la guerre de course dont les marins, dénommés corsaires, ne devaient de compte qu’à des monarques avec lequel ils partageaient d’ailleurs les bénéfices de cette fructueuse guérilla sur mer.

Contrairement à ce que l’on croit parfois, il faut très nettement différencier les pirates des corsaires. Les premiers sont, en quelque sorte, des gangsters de la mer qui se livrent à des attaques dans le seul but de s’approprier le bien d’autrui quelle qu’en soit la nationalité. Les seconds accomplissent des actes de guerre pour lesquelles ils sont dûment mandatés par leurs gouvernements. D’ailleurs, un pirate capturé était toujours pendu, alors qu’un corsaire était emprisonné ou échangé au même titre que les représentants de la marine régulière. Seuls les Espagnols ne faisaient de différence car, à l’époque de leur Empire colonial d’Amérique, leurs galions d’or et d’argent avaient à redouter l’attaque des pirates autant que celles des corsaires, les uns comme les autres ne manquant ni de courage ni d’ingéniosité. Corsaires et flibustiers (nom attribué aux pirates qui sévissaient aux Amériques) causèrent, en effet, des dommages considérables au commerce espagnol en dépit de leur nette infériorité en hommes. Utilisant la ruse et la surprise, ils s’attaquaient aux navires en haute mer, mais également aux villes de la côte qu’ils mettaient à feu et à sang. La piraterie ne connut de période plus florissante dans cette partie du monde mais elle ne survécut au déclin de l’Empire colonial espagnol. La guerre de course, en revanche, y fut toujours à l’honneur jusqu’au XIXème siècle, où elle joua un rôle important lors de la guerre d’indépendance américaine.

Dans le reste du monde, les exploits de certains corsaires, comme les Français Jean Bart (1650-1702) et Robert Surcouf (1773-1827) sont demeurés légendaires.

La pêche en Languedoc-Roussillon.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.


Parallèlement à cette pêche des poissons, la pêche aux mollusques fait partie de l’activité halieutique du littoral languedocien et roussillonnais. En étang comme en mer, des dragues à coquillages sont utilisés depuis toujours pour pêcher toutes sortes de mollusques (palourdes, clovisses). La pêche à la vue ou à la main est aussi pratiquée. A partir des années 1970, celle-ci a été bouleversée grâce au développement du matériel de plongée autonome mais jusque-là les pêcheurs d’étang procédaient à partir de petites barques à fond plat d’où ils repéraient les coquillages.

Tragique nuit de Noël en 1903.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

En 1951, le commandant Cousteau et son équipe de plongeurs explorent les fonds marins de l’île du Planier située à une quinzaine de kilomètres du Vieux-Port de Marseille, lorsque, par 30 mètres de fond, ils découvrent et photographient l’épave d’un cargo grec, le Dalton. L’histoire de ce navire remonte à la surface. La plus belle fête de l’année, la nuit de la Nativité se transforme en une nuit funeste. Une cicatrice éternellement ouverte. 

En cette douce nuit de Noël 1903, loin de leur famille, l’équipage festoie, entonne les plus beaux chants marins, essore les bouteilles de vin. Les marins aiment la ripaille, ils aiment aussi leur travail et lorsque le navire lève l’ancre, tous les marins sont ivres morts, du capitaine au moussaillon. La mer est calme avec une visibilité parfaite, hélas, à peine éloigné du Vieux-Port de Marseille, le Dalton se fracasse au pied du célèbre phare du Planier, sentinelle majestueusement élevée sur l’île du même nom à quelques milles marins du môle phocéen. Les gardiens du plus grand phare de Méditerranée sauvent une partie des matelots, d’autres disparaissent pour toujours. Ce n’est qu’après 48 ans d’immersion, lorsque les techniques de plongée le permettent, que les plongeurs découvrent une carcasse disloquée recouverte d’algues, il ne reste rien des corps des marins engloutis avec le navire, même les os ont été rongés par les bactéries sous-marines. Dans les cales enchevêtrées, les plongeurs trouvent des amas de bouteilles de vin et d’alcool. Bien peu sont encore pleines. La coque du cargo devenue sarcophage héberge homards, pieuvres, langoustes, mérous, loup de mer et divers petits poissons à l’abri des ennemis affamés. Avec ce décor fantomatique de tôles enchevêtrées, le commandant Cousteau réalise son film « Epaves » dont la projection planétaire contribue à faire découvrir le monde subaquatique grouillant de vie et de couleurs ! Ainsi débute vers les années 1950 l’exploration de cet univers fantastique qui n’a pas fini de nous émerveiller !

Sauver le corail rouge de Méditerranée.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

          Le magnifique corail rouge de Méditerranée est un cnidaise à croissance très lente qui vit dans des habitats rocheux ombragés entre 5 et 400 mètres sur les fonds marins de Mare Nostrum. Le « Corallium rubrum », son nom latin, est récolté depuis des millénaires, son squelette calcifié est un organisme marin fascinant, capable de susciter des passions que l’on soit pêcheur corailleur, bijoutier, femme élégante ou simple plongeur. Il est utilisé pour confectionner des bijoux, des amulettes et comme médication.

Depuis 2015, le corail rouge est inscrit sur la liste rouge de l’IUCN (Union pour la Conservation de la Nature) qui recense les espèces en voie d’extinction. En Catalunya, un rapport publié par un collectif de 14 scientifiques membres de 5 centres de recherche, a tiré la sonnette d’alarme en 2017 et préconisé un arrêt du prélèvement car 90% des colonies sont dans un « état de conservation critique ». Pire, la majorité des récifs seraient considérés comme « écologiquement éteinte » ! La Généralitat de Catalunya s’est aussitôt placée dans le sillage des spécialistes, en novembre 2017, elle a suspendu l’exploitation du corail rouge sur la partie nord de son littoral, pour une durée de 10 ans (jusqu’au 31 décembre 2027). Mais l’interdiction ne porte que sur les eaux intérieures, qui sont sous la responsabilisation du gouvernement catalan. C’est le moment qu’à choisi le gouvernement central de Madrid pour délivrer 12 licences d’exploitation et de vente du corail rouge sur une zone située entre le cap Bégur (province de Girona) et Arenys de Mar (province de Barcelona). Ces mesures à contre-courant des estimations de protection sont, ni plus, ni moins, qu’un permis d’éradication totale de cette espèce emblématique et de grand intérêt écologique non seulement sur la Costa Brava mais aussi sur le pourtour du golfe du Lion.

En Catalunya, les écologistes catalans ont réagi aussitôt. Soixante-dix (70) associations motivées ont lancé une campagne de protestation et envoyé une lettre à la ministre de l’Environnement. Joaquim Garrabou, un chercheur de l’Institut des Sciences de la Mer (ICM) de Barcelona est devenu le porte-parole de ce mouvement. Il déclare : « les licences accordées vont compliquer la lutte contre le braconnage et la surexploitation du corail rouge sur la Costa Brava ». Il ajoute : logiquement les corailleurs ne peuvent prélever des coraux dont la taille est inférieure à 7 mm. Certains respectent ce diamètre minimal, mais d’autres ont tout arraché. D’autre part, les moyens de contrôles sont nettement insuffisants sur la zone afin d’éviter toute dérive. Les scientifiques et les écologistes brandissent les recommandations internationales de la Commission Générale de Pêche en Méditerranée (CGPM) qui préconise un arrêt temporaires des prélèvements « à des profondeurs inférieures à 50 mètres ». Un avertissement qui ne vaut pas seulement pour les colonies catalanes, mais pour tous les récifs de Méditerranée. En France, la pêche de corail en Méditerranée est réglementée. Il faut espérer que cette croisade pour sauver « l’or rouge » sera couronnée de succès car que sera notre Méditerranée sans l’un de ses fleurons parmi les beaux ! Il faut espérer que cette bouteille lancée à la mer n’échouera pas ! 

 

L'eau le plus fragile de nos trésors, 

protégeons cette ressource vitale. 

Le Lydia : le paquebot des sables.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

Fatigué d'avoir bourlingué longtemps sur tous les océans du monde, le Lydia change de cap en s'échouant volontairement sur une plage déserte de Port-Barcarès. La proue tournée vers le majestueux massif du Canigou, le paquebot des sables est l'unique navire de cette taille amarré sur une mer de sable et, devient en juin 1967 la première construction du quartier du Grand-Large pour finalement endosser l'embléme de la nouvelle station de Port-Barcarès.  Cliché de 1970. 

        Bien que sa vie soit loin d’être achevée, le paquebot Lydia, vieux baroudeur des mers, est une légende que l’on peut admirer et visiter sur la plage du Grand Large à Port Barcarès en Roussillon. Dos à la mer, la proue dirigée vers l’intérieur des terres, il regarde le massif du Canigou, prisonnier volontaire depuis le 11 juin 1967 ancré sur un désert sable doré, il est en effet considéré comme le premier bâtiment sur la plage du Grand Large. Avant de s’ensabler définitivement sur la côte catalane il a vécu une vie trépidante partageant la joie de vivre de milliers de passagers sur toutes les mers du globe. Sa vie est un roman qui commence sur un chantier naval au Danemark à la demande d’une compagnie australienne. Baptisé Moonta, il est un très beau bébé qui dès la fin des travaux en 1931 s’émancipe par un premier voyage. Appareillage à Copenhague, escale obligée à Londres et cap vers l’Australie, plus précisément à Adelaïde, son premier port d’attache. Le 28 novembre 1931, ce magnifique et confortable navire accueille 157 passagers privilégiés et entame une croisière de rêve. Une boucle de 6 jours comprenant 6 escales car Moonta est un paquebot mixte puisqu’il transporte également du fret. Cette croisière est également le seul moyen pour relier les petites villes du sud de l’Australie qui est, à elle seule, un continent. Cela explique le prix dérisoire et le succès des croisières qui se prolongeront pendant 24 ans !

Le développement des structures routières et aériennes concurrencent la ligne maritime du Moonta. Les affairistes ne font pas du sentiment et en 1955, la compagnie australienne vend le bateau à un armateur grec qui élimine le côté fret et le transforme pour n’en faire plus qu’un navire de croisière pour voguer en Méditerranée. Rebaptisé Lydia, flamboyant, il embarque 460 passagers, son étrave pourfend les flots de la Méditerranée sur la ligne Marseille-Beyrouth, une destination touristique majeure, jusqu’en 1967. Et la aussi, il a régalé des milliers de voyageurs ! Cependant sa générosité, additionnée aux humeurs météorologiques imposées par la Méditerranée avec ses batailles homériques entame ses forces ; l’usure et le temps qui passe ont raison de sa robustesse. Il est écrit que le destin de ce « monument » maritime doit s’inscrire vers la postérité malgré son âge avancé.

En 1963, l’Etat français confie à la Mission Racine l’aménagement touristique du littoral Languedoc-Roussillon. Le Barcarès, autrefois petit bourg de pêcheurs, fait partie de ce programme que des travaux colossaux transforment en une grande station touristique de premier plan et devient Port-Barcarès. Sur l’étroite bande entre la plage et l’étang, villas et immeubles s’étirent, interrompues de vastes zones de végétation. Les constructions galopent vers Port Leucate, la sœur jumelle !

La réflexion de l’urbanisation de la Grande Plage taraude les promoteurs. Le projet se veut ambitieux : logements et résidences de grand standing, centre commercial, hôtels de luxe, boîte de nuit, parcours culturel, jardins d’agrément, vastes parkings. De tous les desseins jaillit une idée géniale ! A Marseille, le Lydia, un paquebot de long de 90 mètres, d’un poids de 2 600 tonnes est voué aux démolisseurs. Il deviendra le symbole de la toute nouvelle station balnéaire de Port-Barcarès ! Aussitôt acheté, délesté de toutes ses machines, costumé de blanc et remorqué jusqu’au Barcarès. Entre temps, une société spécialisée s’est chargée de conduire le Lydia à bon port. Une drague a creusé un chenal de 7 mètres de profondeur afin que le paquebot puisse avancer dans les terres sans s’échouer. La manœuvre est risquée car le navire démuni de ses machines est dans l’incapacité d’avancer seul. Il a fallut le tracter, mètre après mètre, sur un canal qui en comportait 600. La mission a duré 8 heures. Il faut souligner le savoir-faire remarquable de l’entreprise hollandaise.

Le 11 juin 1967, l’image surréaliste de l’imposant Lydia prisonnier dans un désert de sable, fait la première page de la presse nationale, puis européenne et devient l’emblème incontestable et incontesté de la nouvelle station catalane. Il a parfaitement joué son rôle et même au-delà car dès son implantation les foules sont venues visiter le bateau des sables. Le casino, le restaurant et la boîte de nuit ont attiré les plus grandes célébrités de l’époque.

Aujourd’hui, le paquebot appartient à la commune du Barcarès. Il est considéré comme le premier immeuble construit sur le quartier du Grand-Large à Port-Barcarès. Voilà 50 ans que l’on ne se lasse pas de voir le paquebot ensablé, 88 ans qu’il est naît et pas une ride, toujours flamboyant.

Le Lydia est une réussite exceptionnelle, il attire la foule et maintenant il est le phare incontesté de la "Floride française" !