Le Lydia : le paquebot des sables.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

Fatigué d'avoir bourlingué longtemps sur tous les océans du monde, le Lydia change de cap en s'échouant volontairement sur une plage déserte de Port-Barcarès. La proue tournée vers le majestueux massif du Canigou, le paquebot des sables est l'unique navire de cette taille amarré sur une mer de sable et, devient en juin 1967 la première construction du quartier du Grand-Large pour finalement endosser l'embléme de la nouvelle station de Port-Barcarès.  Cliché de 1970. 

        Bien que sa vie soit loin d’être achevée, le paquebot Lydia, vieux baroudeur des mers, est une légende que l’on peut admirer et visiter sur la plage du Grand Large à Port Barcarès en Roussillon. Dos à la mer, la proue dirigée vers l’intérieur des terres, il regarde le massif du Canigou, prisonnier volontaire depuis le 11 juin 1967 ancré sur un désert sable doré, il est en effet considéré comme le premier bâtiment sur la plage du Grand Large. Avant de s’ensabler définitivement sur la côte catalane il a vécu une vie trépidante partageant la joie de vivre de milliers de passagers sur toutes les mers du globe. Sa vie est un roman qui commence sur un chantier naval au Danemark à la demande d’une compagnie australienne. Baptisé Moonta, il est un très beau bébé qui dès la fin des travaux en 1931 s’émancipe par un premier voyage. Appareillage à Copenhague, escale obligée à Londres et cap vers l’Australie, plus précisément à Adelaïde, son premier port d’attache. Le 28 novembre 1931, ce magnifique et confortable navire accueille 157 passagers privilégiés et entame une croisière de rêve. Une boucle de 6 jours comprenant 6 escales car Moonta est un paquebot mixte puisqu’il transporte également du fret. Cette croisière est également le seul moyen pour relier les petites villes du sud de l’Australie qui est, à elle seule, un continent. Cela explique le prix dérisoire et le succès des croisières qui se prolongeront pendant 24 ans !

Le développement des structures routières et aériennes concurrencent la ligne maritime du Moonta. Les affairistes ne font pas du sentiment et en 1955, la compagnie australienne vend le bateau à un armateur grec qui élimine le côté fret et le transforme pour n’en faire plus qu’un navire de croisière pour voguer en Méditerranée. Rebaptisé Lydia, flamboyant, il embarque 460 passagers, son étrave pourfend les flots de la Méditerranée sur la ligne Marseille-Beyrouth, une destination touristique majeure, jusqu’en 1967. Et la aussi, il a régalé des milliers de voyageurs ! Cependant sa générosité, additionnée aux humeurs météorologiques imposées par la Méditerranée avec ses batailles homériques entame ses forces ; l’usure et le temps qui passe ont raison de sa robustesse. Il est écrit que le destin de ce « monument » maritime doit s’inscrire vers la postérité malgré son âge avancé.

En 1963, l’Etat français confie à la Mission Racine l’aménagement touristique du littoral Languedoc-Roussillon. Le Barcarès, autrefois petit bourg de pêcheurs, fait partie de ce programme que des travaux colossaux transforment en une grande station touristique de premier plan et devient Port-Barcarès. Sur l’étroite bande entre la plage et l’étang, villas et immeubles s’étirent, interrompues de vastes zones de végétation. Les constructions galopent vers Port Leucate, la sœur jumelle !

La réflexion de l’urbanisation de la Grande Plage taraude les promoteurs. Le projet se veut ambitieux : logements et résidences de grand standing, centre commercial, hôtels de luxe, boîte de nuit, parcours culturel, jardins d’agrément, vastes parkings. De tous les desseins jaillit une idée géniale ! A Marseille, le Lydia, un paquebot de long de 90 mètres, d’un poids de 2 600 tonnes est voué aux démolisseurs. Il deviendra le symbole de la toute nouvelle station balnéaire de Port-Barcarès ! Aussitôt acheté, délesté de toutes ses machines, costumé de blanc et remorqué jusqu’au Barcarès. Entre temps, une société spécialisée s’est chargée de conduire le Lydia à bon port. Une drague a creusé un chenal de 7 mètres de profondeur afin que le paquebot puisse avancer dans les terres sans s’échouer. La manœuvre est risquée car le navire démuni de ses machines est dans l’incapacité d’avancer seul. Il a fallut le tracter, mètre après mètre, sur un canal qui en comportait 600. La mission a duré 8 heures. Il faut souligner le savoir-faire remarquable de l’entreprise hollandaise.

Le 11 juin 1967, l’image surréaliste de l’imposant Lydia prisonnier dans un désert de sable, fait la première page de la presse nationale, puis européenne et devient l’emblème incontestable et incontesté de la nouvelle station catalane. Il a parfaitement joué son rôle et même au-delà car dès son implantation les foules sont venues visiter le bateau des sables. Le casino, le restaurant et la boîte de nuit ont attiré les plus grandes célébrités de l’époque.

Aujourd’hui, le paquebot appartient à la commune du Barcarès. Il est considéré comme le premier immeuble construit sur le quartier du Grand-Large à Port-Barcarès. Voilà 50 ans que l’on ne se lasse pas de voir le paquebot ensablé, 88 ans qu’il est naît et pas une ride, toujours flamboyant.

Le Lydia est une réussite exceptionnelle, il attire la foule et maintenant il est le phare incontesté de la "Floride française" !

Milieu lagunaire.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

Petits métiers de la pêche sur l'étang de Leucate-Salses. Au premier plan, pièges à anguilles, puis le pêcheur se déplace sur la lagune sur une barque à fond plat (localement une bétoune), enfin exposées plein soleil sur le versant sud du cap Leucate, les maisons de Leucate-Plage.      

 Le littoral du Languedoc-Roussillon, de St Cyprien au Grau du Roi, est jalonné de nombreux étangs dont l’eau jouait un rôle économique important auprès de la population depuis l’Antiquité. Alimentés par des rivières d’eau douce, presque tous au fil des transformations naturelles ou par les interventions des hommes contiennent de l’eau plus ou moins saumâtre. Une des principales caractéristiques des milieux lagunaires du Midi est la teneur élevée en substances nutritives. Les apports d’éléments fertilisants favorisent le développement de riches chaînes alimentaires : algues, crustacés, poissons. On a estimé que la productivité en poissons des étangs était, à superficie égale, 40 fois supérieure à celle de la mer. Les lagunes saumâtres sont toutes exploitées pour la pêche, et certaines parmi les plus profondes, comme l’étang de Thau et l’étang de Salses-Leucate renferment des zones d’élevages coquilliers.

Le peuplement en poissons ou crustacés des lagunes saumâtres est essentiellement d’origine marine et il a lieu dès le début du printemps : les alevins provenant de frayères littorales y pénètrent par les graus, ou en l’absence de communication permanente avec la mer, sont entraînés par les vagues qui parviennent à franchir la barre du cordon littoral, lors des tempêtes d’équinoxe. Au cours de l’automne, dès que la température de l’eau subit une chute remarquée, la plupart des espèces retournent à la mer pour effectuer leur reproduction en novembre-décembre pour la daurade, janvier-février pour le loup de mer.

Dans le cas particulier de l’anguille, la pénétration des alevins ou civelles a lieu principalement en hiver, du mois de novembre au mois d'avril. Pendant toute sa phase de croissance, ce poisson demeurera dans les étangs ou les eaux douces. A l’issue d’une période s’étendant, selon les sexes, entre 7 et 18 ans, l’anguille subit une métamorphose qui l’amènera au stade d’anguille fine pré-génétique appelée par les pêcheurs « anguille fine » ou « argentée ». La coloration de son corps, de vert-jaune passe au gris foncé sur le dos, et argent sur le flanc ; le museau devient plus effilé, le diamètre de l’œil augmente, de même que la taille des nageoires pectorales. Cette métamorphose accomplie, les anguilles fines, en banc compact, chercheront à regagner la mer où se situent leurs frayères. Il est toutefois intéressant de préciser le cas particulier de l’anguille « caros » ou « carrossée" (stérile) qui restera dans l’étang jusqu’à sa mort (40 ans et plus).

La pêche dans ces lagunes revêt un caractère rationnel ; elle est pratiquée de manière individuelle et artisanale, ayant peu évolué durant de nombreuses années.

Sur les eaux dormantes de l'étang de Thau en Languedoc, chaque lever ou coucher du soleil est un spectacle splendide orchestré par les éléments naturels que sont le ciel, le soleil, le vent et l'eau sur laquelle les hommes sur des embarcations tracent des volutes éphémères. 

Expression en catalan : neu de cùcut ou en français neige du coucou. 

Neu de cùcut, c'est la neige du coucou

qui tombe quelque fois légèrement à la fin avril ou début mai. 

Pourtour du golfe du Lion

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                   Le pourtour du golfe du Lion exhibe une côte façonnée par la Méditerranée depuis les temps immémoriaux. Maladroitement l’homme, pour des raisons bassement mercantiles, a emmuré de béton ce rivage et de nombreux ouvrages artificiels, parfois inopportuns empêchant la mer de respirer à son rythme. Aujourd’hui, on essaie d’amortir les erreurs d’autrefois avec plus ou moins de réussite. Le Languedoc, le Roussillon et la Costa Brava ont entamé depuis quelques décennies leur part dans cette longue besogne de réhabilitation. Heureusement ce littoral est encore ourlé de magnifiques plages plus belles les unes que les autres, le visiteur peut choisir, tous les goûts sont représentés : sablonneuse, rocheuse, naturelle, sauvage, citadine, familiale. Et encore des criques, des anses plus ou moins solitaires, de longuesplages de sable fin doré où une multitude partage amicalement les rayons de soleil ou encore une côte rocheuse pour ceux qui aiment la discrétion ou les passionnés de plongée subaquatique Partout, transparence et tranquillité des eaux vous invitent au bain.

Oiseaux marins du cap Béar 66.

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                  Site classé ZNIEFF*et ZICO* depuis 1978, le cap Béar est particulièrement intéressant pour l’observation des oiseaux marins. Depuis cette avancée sur la Méditerranée, on peut assister au printemps et à l’automne, à la migration d’oiseaux qui ne se rapproche que rarement des côtes. Parfois des centaines d’individus, des fous de Bassan et des puffins de Méditerranée, passent au large de la Côte Vermeille. Ces oiseaux de haute mer ne viennent à terre que pour se reproduire. Ils se nourrissent d’organismes marins (poissons, méduses, calamars…). Leurs techniques de pêche sont impressionnantes : le fou de Bassan plonge à grande vitesse en repliant ses ailes en arrière pour se transformer en torpille. Au cap Béar, on peut aussi découvrir les oiseaux de la côte rocheuse. Au printemps, le martinet à ventre blanc et le martinet pâle viennent nicher dans les anfractuosités des falaises. On lesvoit tournoyer autour du phare ou se poursuivre le long des rochers en piaffant. Avec leurs pattes atrophiées qui les empêchent de se poser au sol et leurs corps fuselés, ils sont taillés pour le vol : ils se nourrissent que d’insectes volants et ne s’arrêtent même pas pour dormir. Toute l’année les escarpements du cap Béar abritent le monticule bleu, un merle aux plumes d’un bleu métallique. On peut le voir casser des escargots sur les rochers ou voleter en gazouillant pour marquer son territoire. Autre résident permanent : le goéland leucophée, grand oiseaux gris et blanc. Surtout il se pose en hauteur et observe, peut-être en quête de pitance, des restes abandonnés par les promeneurs. Le faucon crécerelle, le grand corbeau, le rouge-queue noir, le pigeon biset…sont aussi les hôtes de ce mur naturel inaccessible à toutes sortes de prédateurs.

En période de reproduction, d’avril à fin juin, ils sont sensibles aux dérangements. Restons bien sûr sur les sentiers balisés et respectons les consignes pour préserver cette richesse.

ZNIEFF*: Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique dont l’objectif est d’identifier, protéger et décrire des secteurs à caractère remarquable.

ZICO* : Zone importante pour la conservation des oiseaux ; recense les secteurs les plus importants pour la conservation des oiseaux.

Le cap Béar est une pointe minérale accérée qui plonge résolument dans la Méditerranée. Obstacle redoutable lors des tempêtes où la tramontane peut souffler à plus de 150 km/heure mais un lieu désertique apprécié des oiseaux qui s'y reproduisent, protégés par un accès difficile tant du côté terre que du côté mer. Le phare et le sémaphore, à cheval sur le cap, sont situés entre Port-Vendres et la baie de Paulilles. La lanterne du phare, perchée 79 m au-dessus des flots est, entre le phare du cap de Creus et le phare du cap Leucate, un dispositif de sécurité essentiel pour la navigation sur le  golfe du Lion. 

Collioure dans le passé.

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           Collioure était bien avant l’ère chrétienne, l’avant-poste d’Illibéris (Elne actuelle). Son premier nom se rapporte à cette parenté : Cauco-Illbéris, devenu successivement, par la souple fantaisie de la phonique, Kouk-Illi-Berri (nom qui signifiait la conque), Cocolibera, Colluro, Copliura, Coliuro et finalement Collioure. Ce nom à voyelles est un heureux agencement philologique. Les ambassadeurs romains y débarquèrent pour se rendre à Ruscino (Castell Rossello), à quelques kilomètres à l’Est de Perpignan, dans le but de s’opposer au passage du redoutable Annibal. Au Moyen-âge, l’ambition des rois d’Aragon permit aux Catalans de se rendre maîtres de la Méditerranée. Les croisades avaient ouvert les chemins de l’Est ; les galiotes partaient de Valencia, Barcelona ou Collioure pour trafiquer au Moyen-Orient. On chargeait à Collioure les tissus fabriqués à Perpignan que l’on allait troquer contre des épices, des soieries, du pastel, de la garance ou autres produits exotiques.Ce trafic ne se faisait pas sans danger et les marins catalans eurent à évincer de dangereux rivaux des Républiques italiennes. Mais l’amiral d’un roi d’Aragon put dire à un moment donné que seuls les poissons de « mare nostrum » pouvaient y circuler librement, à condition toutefois qu’ils eussent fait graver sur leur dos les armes de la Catalogne. Orgueilleuse boutade ! Notons que c’est le port de Vénus (Port-Vendres), dépendance de Collioure en eaux profondes, que se trouvaient les galères qui faisaient partie de la marine militaire des rois d’Aragon et de Majorque. Un document de 1430 indique Port-Vendres comme « lo Port-Vendres de Copliure ».

Texte intégral de Horace Chauvet (1873-1962) journaliste et historien catalan. Il publia des nombreux livres dédiés à sa terre natale : Voyage pittoresque le long de la Côte Vermeille en 1951, Légendes du Roussillon, Traditions populaires du Roussillon et bien d'autres...

Le port d'Avall et le quartier du Faubourg à Collioure. On distingue le clocher du cloître des Dominlcains, les tours pointues de l'actuel musée, à gauche le socle de l'ancien moulin et, en haut, l'incontournable fort St Elme dominant le golfe du Lion. Photo de 1890 environ.