Puits Margelles

Le puits et ses pouvoirs magiques.

Écrit par Super User. Publié dans Puits Margelles.

    En Corée, l’eau puisée à l’aube détient des pouvoirs particuliers notamment lorsqu’elle est utilisée pendant les prières adressées aux esprits célestes ou pendant la préparation de potions médicales. Utilisée comme offrande lors des rites ancestraux, un bol de chonghwasu valait, disait-on, toute une table chargée des mets les plus raffinés. Pour cette raison, les couples pauvres sont légion à dire que la réussite de leur mariage dépend de la présence d’un simple bol d’eau.

Le premier jour du deuxième mois lunaire, les villageois d’un bourg d’une province du Nord de la Corée rassemblent autour d’un bol de chonghwasu  et prient pour d’abondantes récoltes. Cette eau est « l’eau de l’agriculture » supposée faire tomber suffisamment de pluie pour irriguer les cultures. Le chonghwasu serait également capable de chasser les mauvais esprits. Aussi les chamans l’utilisent en le mélangeant à de la cendre pour purifier les lieux de rite. Dans les foyers ordinaires, l’eau des puits porte chance. Par tradition, les Coréens n’aiment pas que les visiteurs leur demandent d’offrir l’eau du puits familial après le coucher du soleil, parce que ce serait faire partir la chance, croyance encore vivace de nos jours. Le principe de respect veut qu’on ne se rende pas au puits d’une autre famille avant l’aurore ou après le coucher du soleil. Dans les villages typiques, l’ombre d’un arbre est l’endroit de prédilection des hommes tandis que le puits est celui des femmes. Les corvées ménagères, obligent ces dernières à passer une grande partie de leurs journées au puits : là elles puisent l’eau, font la vaisselle, la lessive et lavent les légumes. Et comme il va de soi qu’elles bavardent en vaquant à leurs occupations, le puits est souvent le point où aboutissent tous les commérages du village. Parfois, des querelles éclatent, mais pour les femmes du peuple, le puits est avant tout un lieu de travail, de repos, de rencontres, bref un lieu où elles apprennent à savoir comment le monde évolue. Jadis, il était aussi le point de rencontre habituel des amoureux. Les jeunes femmes n’avaient pas le droit de sortir de la maison au crépuscule, et si elles en avaient l’envie, elles prétextaient généralement qu’elles allaient puiser de l’eau au puits communal. Les jeunes soupirants n’avaient guère le temps de conter fleurette longuement, mais leurs sentiments n’en étaient que plus forts.

Cependant le puits n’était pas toujours synonyme de plaisir, parfois la souffrance hantait son voisinage. On s’y jetait pour en finir avec la vie. Les villageois éprouvaient une crainte particulière à l’égard des esprits des suicidés qu’ils surnommaient les « fantômes des puits ». De nos jours, lorsqu’une personne cherche à contourner une difficulté en poussant quelqu’un d’autre à agir à sa place, on dit qu’elle « va à la chasse aux fantômes des puits ».

Il arrivait que des petits enfants ou des adultes y tombent accidentellement et que cela se termine tragiquement par une noyade. D’où l’expression « j’ai l’impression d’avoir envoyé mon enfant au puits » employé par une personne accablée de remords ou qui n’a pas la conscience tranquille. Dans certains villages, les habitants déposent 3 cuillères de riz sur le puits communal le 15ème jour du 6ème mois lunaire et demandent aux esprits d’empêcher que leurs enfants ne tombent dans le puits.