Histoire d'ici

Traditions nautiques à Sète.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

  Pas une place de libre dans leCadre royal, des supporters exhubérants, la presse télévisée, musiques cubaines et"cariocas", une ambiance carnaval, des chevaliers de la tintaine motivés, tout est réuni pour réussir une grande fête populaire le jour de la Saint Louis   

A Sète, les premières joutes ont eu lieu le 29 juillet 1666 pour célébrer la fondation du port de Sète. Au XVIIème siècle, les tournois opposaient hommes mariés aux jeunes célibataires, dans les différents quartiers. La couleur des hommes mariés était le rouge, celles des célibataires étant le bleu, ces couleurs se retrouvaient sur leurs vêtements, leurs barques et leurs lances. S’en est suivi la constitution d’équipes représentant les villages autour de l’étang de Thau. Chaque année de la St Pierre à la St Louis, la cité s’enflamme autour de cette tradition séculaire qui fonde son identité. L’épreuve la plus prestigieuse, le tournoi des poids lourds, se déroule pour la Saint Louis, fin août. Tout jouteur rêve de la gagner un jour. Elle attire des milliers de spectateurs sur le Cadre Royal dans une ambiance festive et musicale. Les tournois sont précédés d’un défilé des jouteurs tous vêtus de blancs, coiffés d’un canotier, à travers la ville accompagnés par la musique traditionnelle, où le hautbois et le tambour occupent la place centrale. Puis c’est la présentation des équipages au public. L’équipe se compose de 2 musiciens à l’avant de chaque embarcation chargés de donner la cadence à 8 ou 10 rameurs. Sur la tintaine, debout comme un gladiateur, le jouteur muni d’une lance à bout ferré et d’un pavois, pour se protéger, se concentre avant que la compétition commence. Le tout est dirigé par un barreur, en fait le stratège. Le public jubile sous le soleil encore chaud de cette fin de saison. L’animateur présente les concurrents. Les jouteurs se saluent courtoisement, les barques vont au bout du canal, virent, se positionnent. Chaque jouteur se concentre en attendant le signal, insensible aux vivats, son regard fixe le jouteur en face. L’orchestre dans les tribunes annonce le début des hostilités. Qui va prendre un bain forcé dans l’eau fraîche du canal ? Le bateau rouge s’élance, le barreur encourage, les musiciens du bord accélèrent le rythme, le jouteur cale ses appuis, la barque prend de la vitesse, le bateau adverse se rapproche à toute allure, 10 mètres encore sépare les combattants. Les bateaux se frôlent, les lances s’arc-boutent sur les pavois, la charge est phénoménale, les chevaliers des mers, muscles tendus résistent, le jouteur de Mèze en déséquilibre se rattrape miraculeusement. La foule applaudit, hurle, agite les fanions. Serein, l’apollon de Sète sur la tintaine salue ses supporters. Les rameurs ont coupé l’effort. Match nul, la confrontation doit se terminer impérativement par la défaite de l’un des combattants. Nouveau duel. Courte concentration, musique libératrice, on repart à l’abordage, le croisement est éminent, ça va très vite, le contact réciproque des lances sur les pavois, le public pousse avec son favori, un cri de déception, un hurlement de joie. Le verdict est impitoyable! L’imposant jouteur mézois tombe à l’eau. Le vaincu regagne le quai à la nage. Seul, celui qui reste debout sur la tintaine savoure le triomphe. Une ovation salue l’athlète local, une montagne de muscles. Les fanfares honorent pendant son tour d’honneur ce gladiateur des temps modernes. L’homme fort de Sète salue le public enthousiaste. La musique hispano-cubaine accompagnent les acclamations de ses inconditionnels supporters vont droit au cœur du héros. Les étendards aux couleurs locales s’agitent frénétiquement. L’ambiance est au maximum! Le tournoi continue, la fête aussi, jusqu’au sacre final pour désigner le nouveau champion de la Saint Louis. Le triomphateur gravera son nom sur le pavois de la salle des joutes du Musée Paul Valèry. Il entrera de plein pied dans la légende! Plus qu’un sport, plus qu’une tradition, les joutes du tournoi de la St Louis reflètent la philosophie de la ville de Georges Brassens. 

Le premier combat est engagé sous les vivats, celui qui tombe à l'eau est éliminé, un seul aura le pantalon sec ce soir. Cette victoire vaudra au champion de la St Louis un "Pavois" pour récompense, une poignée de main des autorités, une bise de ses amis jouteurs puis son nom sera gravé en lettres d'or sur le marbre et siègera pour l'éternité dans le Musée Paul Valèry, le "Panthéon" de la joute languedocienne ! A Sète, on est bien loin du sport paillettes et bizness !