Tribune Font del gat

Extermination dans l’océan.

Écrit par Super User. Publié dans Tribune Font del gat.

                 Destruction, pillage, extermination, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier la pêche au DCP (Dispositif de Concentration de Poissons), une pêche sans limites, sans foi ni loi. Pourtant une pêche connue et pratiquée par les pêcheurs depuis des millénaires qui ont appris que tout objet flottant dans les mers et océans attire le poisson. Les techniques de la pêche ont évolué et ce principe de bon sens est appliqué pour la pêche industrielle au thon, ainsi les DCP ont émergé sur les mers. Mais cette pêche ancestrale couplée avec les moyens techniques d’aujourd’hui est un dangereux contre sens écologique.

Explications. Un DCP est un immense radeau artificiel formé d’un assemblage d’objets divers flottants sur lequel sont accrochés ou suspendus des filets et cordages usagés ondulants sous l’eau. Cette plateforme dérivante attire les poissons qui se sentent en sécurité sous cet abri artificiel. Les DCP ont essentiellement pour mission de concentrer les bancs de thons autour de ce radeau et réduire les pertes de temps pour rechercher le poisson. Equipés de balises, éclairés de puissants projecteurs, une pratique pourtant interdite les DCP peuvent être repérés facilement même lorsqu’ils dérivent et grâce à un sondeur il est possible d’estimer la quantité de poissons autour. Lorsque la quantité de poisson fixé autour d’un dispositif est satisfaisante, les thoniers se rendent sur la zone, déploient un grand filet, la senne, puis remontent à bord du navire tout ce qui se trouve à proximité du dispositif sans distinction. Ainsi de nombreuses espèces autres que les thons, notamment les requins, se retrouvent sur le pont du navire avant d’être rejetés à la mer, le plus souvent mortes. Les thons juvéniles également capturés en grande quantité menacent gravement la pérennité des réserves. Ces outils démultiplient la capacité de pêche et maximalisent aussi les prises. Les énormes moyens déployés par l’industrie de la pêche n’ont absolument rien à voir avec les prélèvements de nos ancêtres ou la pêche des communautés côtières qui, encore de nos jours, survivent grâce à leur pêche artisanale. En facilitant la capture de très nombreux poissons et de prises accessoires, les DCP entraînent l’effondrement d’espèces qui n’ont pas de valeur marchande mais qui constituent la diversité et la vie des fonds océaniques. En capturant les poissons juvéniles, la pêche avec DCP paralyse la reproduction des thons tout simplement ! Une aberration pour une ressource dont les stocks sont déjà réduits.

 Les scientifiques évaluent à 100 000 tonnes les prises accessoires de requins capturés chaque année par les thoniers senneurs dans le monde, soit la même quantité que les volumes de thons effectivement pêchés par les bateaux français chaque année. De quoi remplir 625 millions de boîtes de thon. Le thon tropical, celui que l’on trouve dans les placards de près de 9 français sur 10, subit une pression de pêche qui est en train d’épuiser la ressource au niveau mondial. Les captures ont été multipliées par 9 depuis les années 1950. Aujourd’hui, il ne reste plus que 30 à 55 % de la population de thon albacore, l’espèce la plus consommée en France.

La Commission Thonière de l’Océan Indien (CTOI) a en 2014 pour la première fois fait adopter une limitation du nombre de DCP autorisé par navire. Bien que ce nombre ait été ramené à 450 par navire en 2016, il reste beaucoup à faire. En moyenne les thoniers français en déploient 250 par marée, alors que la flotte espagnole en utilise le double.

Si nous voulons que nos océans ne soient pas bientôt vides, il est temps de se tourner vers une pêche durable. Si nous continuons à ce rythme, les stocks vont s’effondrer, subissant le même sort que la morue à Terre-Neuve.

Les petits pêcheurs locaux, quand à eux, ne vont viser que les gros poissons arrivés à maturité grâce à des hameçons qui ne prennent pas les jeunes poissons. Les poissons capturés par les immenses filets des thoniers senneurs partent vers les marchés des pays industrialisés, alors que la pêche artisanale fait vivre de très nombreuses familles dans les pays en développement.