Tribune Font del gat

Top de l’horreur économique.

Écrit par Super User. Publié dans Tribune Font del gat.

              L’Andalousie est un eldorado pour l’agriculture espagnole qui inonde, pendant la saison hivernale, de fruits et légumes les marchés de l’Europe du Nord depuis environ une quarantaine d’années. A l’orée du nouveau siècle à nos jours, la surface des serres de la région d’Alméria est passée de quelques 30.000 hectares à environ à plus de 40.000, grignotant à coup de bulldozer les collines et montagnes avoisinantes que se partagent des agriculteurs dont la culture se fait sur de petites parcelles (2 à 5 hectares) et Huelva avec plus de 7 500 hectares de fraises sont les principaux centres de production.

La province d’El Ejido, un ancien désert, a été recouverte en quelques dizaines d’années par l’une des concentrations les plus importantes de cultures sous serre de la planète. La totalité de la production de légumes, principalement courgettes, concombres, tomates et fraises est exportées par une déferlante de camions sur des milliers de kilomètres à travers l’Europe. On peut voir cette nuée de gros véhicules sur les parkings de La Jonquera en Empordà, petit village frontalier submergé de camions et semi-remorques ou contempler le ballet ininterrompu et pétaradant à la plate-forme du Marché Saint Charles en Roussillon.

Il est des questions que l’on peut se poser à propos de ce miracle économique et les revers de cette mer de plastiques à base de dérivés pétroliers. La commercialisation des fruits et légumes est en main de grands distributeurs nationaux et internationaux qui dictent leurs conditions. Le monde du capital financier international choisit ses investissements en vertu des dividendes escomptés et n’a pas d’état d’âme. Dans le contexte de ce type d’agriculture, les atteintes à l’environnement sont quasi inéluctables et l’Andalousie n’y échappe pas ! Cette agriculture intensive exploite au maximum les ressources naturelles. L’utilisation massive d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires atteint des sommets critiques. Le pompage à outrance de l’eau épuise les ressources souterraines, même les nappes aquifères qui se trouvent à 1500 mètres de profondeur sont insuffisantes ce qui nécessite de dessaler l’eau de mer, ce qui a un coût, pour irriguer les cultures. Pollution de l’eau, des sols, de l’air et le gaspillage du territoire s’entremêlent en une joyeuse sarabande anti-environnementale ! Quand aux déchets générés par cette production, en particulier les plastiques et matériaux nécessaires à la construction des serres, évalués par les spécialistes à environ 3 millions de tonnes, soit l’équivalent de la production légumière elle-même. Il existe bien sûr des décharges officielles, des usines de recyclage ou d’incinération mais elles sont peu nombreuses et ont un coût d’où une forte tentation de transgresser la règle et de procéder à l’évacuation, l’enfouissement ou l’incinération sauvage.

Sachant que les légumes produits contiennent au moins 95 % d’eau et que le volume des fruits et légumes exportés s’élèvent entre 2,8 et 3 millions de tonnes, ce n’est pas moins de 2,6 à 2,8 millions de tonnes d’eau potable qui se baladent chaque année sur les routes françaises et européennes polluant allègrement l’air. La sécurité sanitaire alimentaire pose problème. Des laboratoires allemands ont découvert des résidus de pesticides interdits dans les légumes provenant de la région d’Alméria, des analyses confirmées en Grande Bretagne, en Finlande et en Hongrie ! En raison d’une concurrence de plus en plus vive, la culture sous serre devient plus technique, dont plus chère, d’où un endettement plus important et une fragilité plus grande. Les petits producteurs se voient étranglés par des coûts de production de plus en plus élevés. Les producteurs de fraises de la région d’Huelva dépendent de filières américaines pour les semis, planctons et techniques évidemment avec des royalties, la production de légumes hors sol d’Alméria dépend, elle, principalement de la Hollande, ils sont confrontés aux exigences des financiers. Le tableau serait incomplet sans le côté social de cette économie ;  les conditions sociales et écologiques sont graves, l’exploitation de la main d’œuvre malléable à merci issue de l’immigration clandestine (principalement Maroc, pays de l’Est et Amérique Latine) est proche de l’esclavagisme avec des relents de racisme et des logements indignes (cabanes de plastiques) de notre siècle.

Mais une question fondamentale se pose : fortement endettés, ces petits producteurs sont-ils vraiment propriétaires de leur outil de travail (sol, bâtiments, matériel, production, etc) ?

Les financiers espagnols et internationaux se concentrent sur la surproduction, négligent la durabilité et l’impact environnemental. Peu leur importent de délocaliser la production une fois les ressources naturelles épuisées et le coût de la main d’œuvre passé au-delà du seuil de rendement imposé par les actionnaires. Ce modèle de développement est aujourd’hui en crise : la spéculation foncière se dégonfle et l’activité tend vers la faillite. Ce modèle agricole est sur une impasse car il n’est pas durable. Si les pays européens copiaient le modèle espagnol se serait une catastrophe.

Un conseil si je peux me permettre : consommez terroir catalan. Vous ne trouverez nulle part ailleurs le goût et la saveur d’une salade des Jardins St Jacques, d’un artichaut de Salanque, d’un oignon de Toulouges, d’une cerise de Céret, d’une pomme du Conflent, d’un abricot de Rivesaltes, d’une pêche d’Ille sur Têt, d’une tomate de Pézilla la Rivière ou une pomme de terre de Matemale. Légumes et fruits cultivés sur le plus grand jardin biologique de France, gorgés de soleil, irrigués par l’eau naturelle et limpide des Pyrénées et entretenus avec beaucoup d’amour par de petits exploitants. D’ailleurs tous ces fruits et légumes sont dégustés et fêtés à la fin de chaque récolte ! Goutez, comparez et consommez catalan sans peur d’être empoisonnés !

 

L'homme peut remplacer le pétrole

mais l'eau est irremplaçable !