Histoire d'ici

Perpignan, histoires d'eau potable.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

Alimentation en eau potable de la Ville de Perpignan

Le maire de Perpignan, en novembre 1935, sollicite Octave Mengel, Directeur de l’Observatoire de Perpignan, pour une expertise sur l’approvisionnement futur en eau potable de la Ville de Perpignan. Le 30 décembre 1936, Octave Mengel remet à Monsieur le maire un cahier exposant ses diverses recherches. Les insuccès de l’utilisation des eaux phréatiques des environs de Perpignan et la réussite du premier forage artésien à Toulouges, en 1829, incitèrent la municipalité à essayer ce genre de captage.

      Quelques-uns des plus anciens forages avec leur date, leur emplacement et leur profondeur :

Ÿ  1834:  place de lEsplanade, 180 mètres.

Ÿ  1837 : place de la Liberté (de la République), 166 mètres.

Ÿ  1845 : nouvel essai, place de l’Esplanade, 175 mètres.

Ÿ  1846.  place St Dominique, 172 mètres.

Ÿ  1848 : place de la Loge, 162 mètres.

Ÿ  1851 : place du Pont d’En Vestit, 143 mètres.

Ÿ  1853 : place de Saint Dominique, nouveau sondage par suite d’ensablement.

Ÿ  1856 : faubourg Notre -Dame, près de l’abattoir, 158 mètres.

Ÿ  1864: place Arago, 190 mètres.

Ÿ  1896 : Haut-Vernet à côté de la borne de la Méridienne, 80 mètres.

Le rapport de Monsieur Octave Mengel précise certains points et donne les raisons de ce relatif échec puisque le but était d'équiper tous les quartiers de la ville en forages artésiens.

  Seul, le puits de l’Abattoir (quartier Notre-Dame), a été jaillissant au début. Il est actuellement, comme les autres, muni d’une pompe.

En 1902, avenue de la Gare, dans la propriété  de Monsieur E. Drancourt courtier en vins, fut creusé un puits de 99 mètres qui n’a pas cessé d’être jaillissant. Le débit que donne Mr Compayo des puits artésiens de son époque me paraît superfétatoire. Le débit d’un puits artésien est le nombre de litres qui s’écoulent librement de son orifice pendant l’unité de temps. Mais, pour un puits artésien non jaillissant, le débit qu’on peut en tirer, dépend de celui de la pompe employée et de la profondeur de la crépine au-dessous du niveau piézométrique. Après enquête sur les puits artésiens de Perpignan et de la plaine de Toulouges, Canohès et Bages, l'entreprise Campayo et fils, en 1854, avoue que le résultat est loin d’être satisfaisant.

La situation n’a fait qu’empirer, en raison de la grande quantité de forages effectués après cette époque. On en compte actuellement plus de 300 en Roussillon, alors qu’en 1854 il n’y en avait que 55. Les puits artésiens de Perpignan sont encore très fréquentés. Ils n’offrent cependant pas grande garantie. Leurs eaux ont été déclarées suspectes (mauvaise pour la place St Dominique et celui du Vernet) par M.P. Laffont, docteur en pharmacie.( Eaux de consommation de la ville de Perpignan, Montpellier, 1906). Depuis longtemps, en effet, les tubages sont rouillés et laissent pénétrer les eaux de surface et des égouts. N’étant pas jaillissants, la pollution se fait principalement sur la tranche soumise au pompage. 

Conclusion :  En 2017,  81 ans plus tard, je transmets mots par mots, point par point, des extraits de ce vieux rapport qui m’ont paru, les plus intéressants, ou parfois, les plus insolites. A la décharge  des ingénieurs, entrepreneurs ou décideurs de cette époque, les connaissances techniques étaient limitées car puiser de l'eau dans les nappes souterraines à de grandes profondeurs pour approvisionner la population de communes importantes comme Perpignan était un challenge difficile. 

Place de la Loge à Perpignan vers 1900. Sous la fontaine qui déverse de l'eau dans la vasque ronde fut creusé en 1848 un forage de 162 mètres de profondeur dont le but était d'alimenter en eau de qualité les perpignannais du centre-ville. Cet ouvrage fut un demi échec car l'objectif était un puits artésien, c'est à dire un puits où l'eau jaillit au jour naturellement, sans autre moyen que sa propre pression ce qui évite toute installation de pompage. Toutefois le débit était excellent et la population du centre-ville pouvait s'approvisionner ainsi que les animaux, surtout les chevaux. Aujourd'hui, une magnifique statue d'Aristide Maillol trône à la place de la fontaine.