Histoire d'ici

Le canal du Midi, au cœur de Toulouse.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

           Toulouse capitale de la province du Languedoc, l’Occitanie aujourd’hui, a commémoré au long de l’année 2016 les 350 ans de l’édit royal de Louis XIV, signé de sa main, autorisant les travaux de construction du canal des Deux Mers, pas encore canal du Midi. Ce long ruban aquatique illumine depuis trois siècles et demi (1666-2017) le Languedoc, de Toulouse à l’étang de Thau. Il aurait été particulièrement injuste que la cité des Violettes n’ait rendu un vibrant hommage dans la  ville où ont débuté les premiers travaux de ce fabuleux et colossal chantier que fut cette voie d’eau.

La première pierre de l’écluse de Garonne et premier bief ouvert à la navigation ont fait de Toulouse, un terrain d’expérimentation pour la mise en œuvre du canal. Au cours de l’histoire, le canal du Midi a été déterminant dans l’expansion de la cité. Au cœur de la ville s’exposent de multiples ouvrages d’art remarquables : écluses, ponts, passerelles, maisons éclusières, bas-reliefs. Un ensemble de cales historiques dont une couverte, dotée d’arcades et d’une charpente remarquable est l’œuvre de l’ingénieur Urbain Maguès. Toujours utilisées pour caréner et réparer les péniches, les cales de radoub constituent un témoignage exceptionnel du canal, sans oublier la double colonne de platanes séculaires offrant une ombre sous la voûte végétale bienvenue dans la cité des violettes mais aussi tout au long de son paisible parcours.

Un patrimoine qui doit tout au cerveau et à la main de l’homme, à l’opiniâtreté d’un homme de légende, Pierre-Paul Riquet, issu du terroir puisque natif de Béziers.

Au XXème siècle, la navigation marchande a presque totalement disparue au profit d’une utilisation axée sur le tourisme et les loisirs. Le parcours du canal propose dans la traversée de Toulouse des activités urbaines : déplacements doux, promenades familiales, footing, VTC, plaisance, pêche, aviron.

Quelques irréductibles bateliers tentent de relancer héroïquement un mode de transport et de déplacements doux au moment où s’est déroulé à Marrakech (Maroc) la 22ème conférence sur le climat (Cop 22). Moins de pollution, on ne peut que les soutenir !

Toutefois l’avenir du canal est gravement compromis par un microbe redoutable, le chancre coloré, lequel tue les platanes qui ont participé à la beauté du chef d’œuvre de Pierre-Paul Riquet. Pour l’instant l’abattage des arbres malades est la seule solution afin de limiter la propagation de l’épidémie. Il faut souhaiter pour sauver les platanes de trouver rapidement un vaccin pour préserver ce legs précieux et apprécié.

En attendant, depuis 2011, Voies de Navigation de France a abattu 17 370 platanes (sur un total de 40 000) mais n’a replanté que 5 700 arbres d’essences diverses dont 3 600 en 2016. Face à l’ampleur des besoins, de longues portions de berges ne sont pas arborées après l’arrachage, faute de moyens financiers. Plus grave, ce chef-d’œuvre inscrit depuis 1996 au Patrimoine mondial de l’Unesco risque de perdre son inscription lors de son évaluation en 2019. La replantation n’est pas le seul critère à l’inscription mais elle est indispensable. D’après la directrice du projet canal, en poste depuis mai 2016, les quatre exigences de l’Unesco qui portent sur la protection des paysages, le plan de replantation, la gouvernance et la zone tampon, ne sont pas remplies.

Heureusement que le canal du Midi ne peut se délocaliser sinon nos gouvernants l’aurait…Vous m’avez compris ! 

Au coeur de la ville de Toulouse, le monument des Ponts-Jumeaux dédié au Canal du Midi. Cliché de 1910.