Histoires du monde

Entre toutes, la gondole fut reine !

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

       Gracieuse, effilée, romantique, la gondole ensorcelle tous les amoureux de la Terre, elle est la princesse des eaux de Venise ! Photo de 1928.

       A l’origine, les constructions de Venise étaient moins entassées ; les rues et les « piazza » (les places) n’étaient pas encore pavées, et les jardins ne manquaient pas. Jusqu’au XIVème siècle, Venise fit grand usage des chevaux et des mulets pour le transport des hommes et des marchandises. Mais sur des îles morcelées par les canaux et les ponts, les équins étaient, à bien regarder, des intrus. A cela, s’ajoutait des problèmes d’hygiène…

Et Venise peu à peu devint le domaine exclusif des barques de tous types, de toutes formes et de toutes dimensions. Les Vénitiens étaient d’excellents constructeurs de bateaux. Les chantiers navals, dénommés « squeri » sont nombreux, disséminés dans la ville ils prospérent en construisant et entretenant une multitude d’embarcations. Elles se multiplièrent rapidement, se transformant à travers les siècles : barques, bachots, barcasses, chalands, canots, chaloupes, gabares, coches d’eau, galères marchandes, et cent autres types de bateaux.

Entre toutes, la gondole fut reine. S’avez-vous que la gondole n’a rien moins que mille ans, mentionnée dès 1094 dans un document officiel ! 

    Elancée comme une flèche, silencieuse, élégante, gracile, elle glisse au long des palais sur le miroir verdâtre duquel le gondolier la guide délicatement en maniant une seule rame et, bien sûr, la plus belle façon de fouiller ou découvrir dans les moindres recoins, hors circuits touristiques, Venise, tour à tour mystérieuse, libertine, secrète, romantique ou ésotérique. Une merveilleuse tradition...

De très nombreuses familles possédaient des gondoles et, devant les portails qui s’ouvraient sur l’eau, étaient amarrées les gondoles particulières. Elle était la plus élégante des embarcations vénitiennes, peinte de couleurs vives mais son aspect actuel remonte au XVIème siècle. Un décret, en 1562, impose la couleur noire afin de mettre un terme à la rivalité qui opposait les riches vénitiens, ambitieux de posséder l’embarcation la plus décorée. Seules de riches étoffes pour le confort et embellir la gondole furent tolérées.

Il ne faut pas moins de 280 pièces de bois pour la fabriquer : noyer, noisetier, hêtre, acajou, mélèze, cèdre, chêne, cerisier…la gondole est un art. A celles qui servait au transport des marchandises à l’ancre et les entrepôts s’ajoutaient celles qui reliaient Venise à Padoue, Rovigo, Vérone, Vicente et nombre de commune de l’intérieur, grâce à un vaste réseau de navigation fluviale. Cette armada de bateaux affluant dans les canaux de la Sérénissime posait des problèmes de navigation quasi insolubles, analogues à ceux de la circulation et du stationnement des automobiles d’une grande agglomération. Aux environs de 1650, le Magistrato delle Acque (Magistrat des eaux) commença à intervenir en règlementant le trafic et surtout le stazio, c'est-à-dire l’endroit où les bateaux étaient autorisés à s’arrêter pour charger et décharger. Ces emplacements varièrent en fonction de la provenance et du genre de marchandise : les chalands transportant la pierre et du sable devaient décharger aux Incurables, les trains de bois à la Misericordia et aux Fondamente Nuove. Les Dalmates furent autorisés à accoster sur ce point du rivage, prenant le nom de Rive des Esclavons.

Aujourd’hui encore existent divers types de bateaux, destinés à des usages différents. La présence pittoresque d’humbles bateaux dans les rios, participent à l’atmosphère quotidienne de Venise. En découvrant ses palais secrets, ses ruellesmystèrieuses, l’étrangeté de son caractère lacustre, passer sous les ponts édifiés au fil des siècles, le globe-trotter est encore plus surpris par l’incroyable charme qui se dégage de cette cité ensorcelante en partageant le mode vie de ses habitants : pour les déplacements la gondole est le moyen préféré des Vénitiens, des musiciens, des écrivains, des peintres… et des têtes couronnées ! De quoi tomber, une fois encore, amoureux de la ville des amoureux. 

Venise, cette ville qu'on dirait plantée

par un décorateur de théâtre.

Théophile Gautier poète, romancier français né à Tarbes le 30 août 1811, décédé à Neuilly sur Seine le 23 octobre 1872.