Tradition - Culture

Collioure, la cité « fauve »

Écrit par Super User. Publié dans Tradition - Culture.

Jeune peintre de 26 ans, Henri Matisse accompagné de sa femme débarque un beau matin de mai 1905 à Collioure qu’il ne connait qu’à travers les œuvres de son ami Paul Signac. Quelques jours plus tard, Aristide Maillol, l’enfant du pays, qui a connu Matisse à Paris, l’emmène chez son camarade Daniel de Montfreid demeurant Corneilla de Conflent, charmant petit bourg au pied du massif du Canigou. Riche propriétaire d’un vaste domaine au bord du tumultueux torrent, le Cady, artiste-peintre à ses moments perdus par passion de l’art, il est aussi un ami intime et grand admirateur de Paul Gauguin.

Les mauvaises langues racontent que cette rencontre chez Daniel de Monfreid, réputé bon vivant, fut arrosée plus que de raison et dans l’impossibilité de revenir sur Collioure, il fut sagement décidé de passer la nuit en Conflent. Demain, il fera jour, pensent-ils avec raison ! Au matin, lendemain de bonne chère où tous les sens sont embrumés, une étincelle illumine le cœur d’Henri Matisse qui découvre l’œuvre tahitienne de Gauguin dont la plupart des toiles sont entreposées ici, pêle-mêle, dans un débarras. Une palette de couleurs qui suffoquent instantanément Matisse ! Il est, parfois, des hasards qui changent une vie.

Revenu dans la lumière de Collioure, Matisse, aussitôt, s’inspire de la technique de Gauguin pour croquer le portrait de sa femme coiffée du chapeau fleuri, la fameuse « Femme au chapeau ». Cette « huile sur toile » de 84 cm sur 59 sera à l’origine du « Fauvisme ».

Subjugué par la lumière intense, par les tons vifs et décalés, par la beauté du petit port méditerranéen adossé aux contreforts des Pyrénées, ne peuvent que l’aider à trouver un langage pictural très personnalisé. Matisse invite son ami Derain à le rejoindre et, pendant tout l’été 1905, les deux complices exhortés par les couleurs de Collioure, comme la tramontane emporte irrésistiblement les barques catalanes vers le large de la Méditerranée, inépuisables sources d’inspiration, travaillent férocement !

En octobre 1905, s’ouvre le Salon d’Automne à Paris ; les tableaux de Matisse, Derain, Rouault intriguent le public mais le tableau « Femme au chapeau » déclenche une furieuse frénésie, les critiques hurlent leur déception : « On a jeté un pot de couleur à la face du public ! » peut-on lire dans le quotidien Le Matin. Matisse fait scandale car l’œuvre représente Amélie Parayre, l’épouse de l’artiste, cheveux rouge brique, visage vert et chapeau multicolore, autant de couleur que le public n’avait pas l’habitude de voir tout au début du XXème siècle. Le trouble fut violent et émotionnel, au point que l’épouse et modèle n’ose pas visiter l’exposition.

Malgré tout, le cœur « fauve », des artistes de renoms emboîtent le pas : Georges Braque, Maurice De Vlaminck, Raoul Dufy, Pablo Picasso, Henri Rousseau, Jean Marquet Juan Gris et tant d’autres.

Vers 1910, le phénomène « fauve » s’estompe, cependant Collioure, la cité des peintres, incarnera pour l’éternité le Fauvisme. Le tableau, « Femme au chapeau » loge aujourd’hui au Musée d’Art Moderne de San Francisco aux USA, admiré par des visiteurs qui découvrent que la toile fut conçue en 1905 à Collioure petit port hors du temps au bord de la Méditerranée en Pays catalan. Merci Monsieur Matisse !