Histoire d'ici

Le fort St Elme et Collioure.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

    L’empereur Charles-Quint construit le fort St Elme autour de la Torra de Guardia pour défendre Collioure et Portus-Vénéris (port de Collioure à cette lointaine époque). Sa robustesse lui permet de s’acquitter de cette tâche avec succès pendant quelques siècles. Le fort St Elme propose un merveilleux point de vue sur toute la plaine du Roussillon jusqu'aux Corbières, chaîne montagneuse calcaire jalonnée de châteaux cathares et admirer la splendeur infinie du golfe du Lion. 

            Suite à l’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793, le royaume d’Espagne déclare la guerre à la République française naissante. Les premières escarmouches commencent à la fin de la même année. Le 20 décembre 1793, les troupes espagnoles attaquent les positions de Port-Vendres et Collioure. Le commandant français Dufaux, responsable de la défense du fort St Elme, choisi ce moment charnière pour trahir ses troupes contre la somme rondelette de 3 millions or. L’armée française est démoralisée et massée dans le faubourg de Collioure. Lorsqu’une section s’engage sur la route menant à Port-Vendres, les Espagnols ouvrent leurs mitrailles. Une pluie de boulets tombe depuis le fort St Elme sur le faubourg et la ville. Rapidement il n’y eut plus de défenseurs et les 600 soldats réfugiés dans le château royal demandent à grands cris la capitulation malgré l’opposition du gouverneur Manneville et du conventionnel Fabre qui mourut les armes à la main. Ainsi les Espagnols héritent de 28 canons et d’immenses quantités de matériels divers et des munitions. L’armée ibérique pouvait sereinement se répandre sur la plaine du Roussillon. Les militaires français ne peuvent accepter  l’abandon du St Elme à l’ennemi car sa position stratégique est primordiale pour contrôler la route du littoral et le golfe du Lion. Il faut ajouter l’armée hispanique du général Ricardos envahi le territoire du Roussillon.

Le général Dugommier est nommé à la tête de l’armée des Pyrénées Orientales. Il est chargé de reprendre le terrain perdu face aux espagnols. Au printemps 1794, le général Dugommier prend l’offensive mais au lieu de chercher à reconquérir Collioure, en fin guerrier, il décide de s’emparer du fort St Elme par un coup de passe-passe audacieux. Il établit son quartier général à Cosprons et fait débarquer dans la baie de Paulilles 12 canons de 24 et 8 mortiers. Cette artillerie est traînée par 200 hommes sur le revers du Puig de las Daynas de sorte que les Espagnols ne voient le danger. Six jours après leur arrivée, les pièces installées sur le site actuel de la redoute de Dugommier, commencent à canonner le fort au grand étonnement des Espagnols qui se croyaient à l’abri. Le bombardement dure 3 jours sans interruption, puis se ralentit par manque de munitions. Les Espagnols en profitent pour réparer la citerne d’eau et tentent d’enlever les batteries françaises par une vive attaque de nuit, mais l’opération échoua. Les munitions attendues depuis 6 jours arrivent enfin, le pilonnage reprend avec une grande violence. Une seconde sortie est tentée par le meilleur des troupes assiégées mais, encore une fois sans succès. Après 3 jours de feu et de sang, les militaires espagnols abandonnent le fort. C’est 11 000 boulets, qui ont ébranlé la résistance du fort et de ses occupants. Un véritable déluge qui permet aux français d’entrer dans la citadelle. Le général Dugommier et ses hommes ont réussi le coup de poker ; 7 000 soldats espagnols se rendent. Collioure est repris le 26 mai 1794 et le fort Saint Elme est définitivement français. Le général Dugommier est tué le 18 novembre à la bataille de Sant Llorens de la Mùga. Il est d’abord inhumé au fort de Bellegarde au Perthus (El Portùs), dans le bastion qui regarde la plaine de l’Ampordà. Actuellement il repose au cimetière Saint Martin à Perpignan. Pour les uns, la lumière et la liberté illuminaient le Roussillon. Pour les autres, la nuit et l’occupation commençaient.

Sources : Archives du fort St Elme, adaptées à L’eau qui chante par Christian Tena. 

 

Quand on arrive au fort St Elme, c'est l'émerveillement total tant le panorama à 360°est exceptionnel, offrant une vue sur Collioure et sa baie, sur Port-Vendres et son port. De face, le bleu de la Méditerranée s'étend à perte de vue, dans le dos les Pyrénées (les Albères en Pays catalan) et ses tours de guet (Madeloc et la Massane), le littoral rocheux de la Côte Vermeille et de la Costa Brava en prolongement et, le fort St Elme, magique sur son socle dominant, magnifiant ce lieu par son architecture militaire avant-gardiste en son temps qui écrira sur près de 500 ans la riche histoire de Collioure et du Roussillon.