Histoire d'ici

Narbo-Martius, le port fantôme !

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

         Au premier siècle de notre ère, les Romains occupent tout le littoral de la Méditerranée. Rome est au cœur de cet empire, une ville qui abrite plus de un million d’habitants. Les empereurs Claude et Trajan, successivement, font agrandir le port d’Ostie situé à proximité de l’embouchure du Tibre et de la grande cité car les campagnes italiennes n’arrivent plus à alimenter en marchandises la cité romaine. Quelques objectifs accompagnent l’agrandissement portuaire : assurer le ravitaillement de la capitale située à 35 kilomètres de la mer, transporter les denrées alimentaires en remontant le Tibre, consolider sa prospérité commerciale et fortifier sa puissance militaire. Dès lors sur la Mare Nostrum, le commerce augmente, le tonnage explose et les routes maritimes sécurisées favorisent les échanges avec le sud de la Méditerranée. Dans les ports romains transite le blé d’Egypte, les céréales de Carthage et quantité d’autres marchandises d’Afriques sub-saharienne, le sel, les épices, l’encens, la myrrhe, les ivoires ou les étoffes.

Au nord dela Méditerranée, en 118 avant J.C, les Romains fondent le port de Narbo-Martius autour du fleuve côtier l’Atax, ancien nom de l’Aude, première colonie romaine hors de l’Empire romain, idéalement situé au carrefour des grands axes commerciaux que furent la Via Domitia, reliant Rome à l’Ibérie, et la Via Aquitana versTolosa et l’Aquitana. Sous le règne d’Auguste, Narbo-Martius est la capitale d’un pays d’une grande richesse agricole dont elle donne son nom, c’est une plate-forme incontournable du commerce romain. Elle produit du blé, du vin, de l’huile, du sel et des salaisons de grande qualité. La cité occitane devient l’un des plus grands ports de transit de Méditerranée. Les ports étaient reliés au centre la capitale par un ancien bras de l’Aude, devenu aujourd’hui le canal de la Robine. Dans l’Antiquité, des embarcations fluviales descendaient le long de ce chenal, puis à travers la lagune vers les ports ou avant-ports romains.

Des fouilles sous-marines ont permis de repérer des fondations bâties en blocs de pierre sur lesquels reposaient de vastes entrepôts destinés à stocker les dolias, des jarres de grande taille contenant jusqu’à 1200 litres de vin, d’huile ou de céréales. Les archéologues ont retrouvé des structures en bois intactes; plus de 200 pieux constituent les renforts latéraux de chaussées ou d’appontements.

L’aménagement de l’endroit suggère que du vin en vrac était amené par bateaux chargés d’amphores d’une capacité de 20 litres et déchargés dans des docks spécialisés. Les ports de Catalunyà, Emporiae (Sant Marti d’Empùries) et Taracco (Tarragonne), connaissent à cette époque une expansion remarquable liée à l’essor des exploitations viticoles de la région. D’autre part, la présence de fours de potiers montre que la fabrication sur place de vases de stockage participait à l’économie du port.

A la fin du premier siècle après J-C, Narbo-Martius semble avoir été abandonnée à cause d’un ensablement dû à l’apport d’alluvions de l’Atax. Le site du Grand-Castelou, à quelques miles, plus au sud aurait alors assuré la relève. Une quantité de vestiges permet d’établir que ce second avant-port a fonctionné jusqu’au V° siècle.

Aujourd’hui sur cet espace lagunaire un port fantôme et le rivage de la Méditerranée est distante de plusieurs kilomètres. C’est autour de l’étang de Bages-Sigean qu’ont été retrouvés des vestiges du port antique de Narbonne. Reste que le sous-sol est loin d’avoir révélé tous ses secrets !

 La langue me manque pour dire et

la main pour écrire toutes les merveilles de la mer.

Christophe Colomb, illustre navigateur, découvreur des Amériques en 1492.