Histoires du monde

Au bout de la nuit, le jour le plus long !

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

           Ce matin-là, la mer est démontée, 180 péniches s'échouent sur le sable de Normandie. Courage, toujours plus de courage est demandé aux soldats.

       

                     On sait que l’eau est partout, que l’océan est un réservoir alimentaire dans une biodiversité formidable pour l’humanité mais on n’imagine pas qu’elle peut être décisive pour la liberté des hommes. Et cette liberté est venue par l’océan, au petit matin du 6 juin 1944, il y a juste 74 ans. Aussi longtemps qu’on puisse aller dans le temps, l’histoire guerrière des hommes est parsemée de ruses qui ont changé le cours de l’histoire. La Deuxième Guerre mondiale ne déroge pas à la règle.

Dans le but de libérer l’Europe du joug d’Hitler et de l’oppression nazie tous les coups sont permis, les plus invraisemblables comme les plus sommaires, y compris l’intox, une arme subtile et redoutable. Divulguées abondamment par les Alliés, les rumeurs de débarquement allaient bon train. Parfois il devait se faire en divers points sur la côte Atlantique, tantôt en Bretagne, parfois sur le littoral méditerranéen, sur le rivage normand ou encore sur les rivages de la Manche. Le débarquement est un formidable enjeu et l’élément de surprise est primordial. Il faut savoir que les Alliés ont usé de tous les stratagèmes imaginables pour faire croire à la préparation d’un débarquement au Pas de Calais. D’abord il était important de déplacer le quartier général factice des armés alliés vers le sud-est de l’Angleterre. Dans les champs, sont disposés quantité de chars gonflables en caoutchouc. Des véhicules et des canons en contreplaqué s’alignent le long des routes. La nuit des convois de camions, toujours les mêmes, sillonnent la région en long et en large, donnant une impression de nombre aux avions allemands. Les Alliés entretiennent une activité radio débordante entre les unités aussi « bidon » les unes que les autres. Pour berner les avions d’observations ennemis, que la DCA s’applique à louper, des pseudo-navires de débarquement construits de bric et de broc encombrent les estuaires, les criques et les ports. Et plus vrai que nature, un complexe pétrolier géant en carton-pâte voit le jour près de Douvres. Cette ruse fonctionnera au-delà de toutes les prévisions puisque l’état-major allemand déplace massivement ses unités dans le Pas de Calais. C’est ici que les allemands attendent de pied ferme les troupes alliées, c’est ici que se concentrent le plus gros de leurs troupes. La Normandie est presque dégarnie. Les Alliés lancent le 6 juin 1944 la plus grande opération militaire collective que l’humanité ait connu. L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement des troupes Alliées en Normandie. Imaginons la planification d’une telle opération pour gérer le matériel et les hommes sans lesquels rien n’est possible. Les moyens matériels se composait de 6 939 navires dont 1 213 de guerre, 4 126 pour le transport des troupes et 1 600 de soutien parmi lesquels de nombreux bateaux marchands provenant d’une dizaine de marines différentes, principalement de l’US Navy, la Royal Navy accompagnés des canadiens, australiens, néozélandais, norvégiens, polonais, néerlandais, danois et français. L’aviation assure une couverture constante au-dessus de la flotte de débarquement et des plages en complétant la préparation navale par un tapis de 4 000 tonnes de bombes surtout sur les 5 plages normandes du débarquement. Pour le jour J, 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers étaient disponibles. L’opération Neptune ne se limite pas seulement au transport des troupes d’assaut, elle doit assurer le ravitaillement des têtes de pont. L’absence de port en eau profonde complique les premiers jours de la bataille. Pour résoudre ce problème vital, les Alliés avaient prévu d’apporter « leur port avec eux » ! Une quinzaine de jours après le débarquement débuta la mise en place de 2 ports artificiels. Ces 2 ports devaient être capables de permettre le débarquement de 6 500 véhicules et de 40 000 tonnes d’approvisionnements par semaine. Sur l’océan, des centaines et des centaines de loupiotes dansent sur les flots, un ballet féérique enveloppé dans une nuit encore bleutée. Les premières péniches chargées d’hommes, l’estomac barbouillé par le mal de mer, le ventre noué par la peur attendent que la barge c’échoue sur les fonds sableux, puis la porte tombe lourdement sur l’avant invitant les hommes, lourd paquetage sur le dos et fusils aux mains, à sauter dans l’eau pour rejoindre la terre promise. Ces hommes sont héroïques mais deviennent aussitôt, des cibles vivantes offertes à la mitraille ennemie. Beaucoup ne poseront même pas les pieds sur cette terre qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne connaîtront jamais. Au bout de la nuit, il y a l’enfer. Sur ce coin de France, il n’y a pas d’héros, ou plutôt tous ces hommes sont des héros ! Beaucoup des objectifs initialement prévus ne sont pas atteint, la prise de certaines villes stratégiques sont ajourné. Les troupes allemandes se battent et opposent une résistance farouche aux forces débarquées. Du point de vue militaire, les résultats de la première journée de combats des Alliés sont positifs. C’est ce que claironne le commandement des Alliés ! Au soir du jour le plus long, les rescapés de ce massacre tremblent encore en reprenant leur souffle. Un « vétéran » chevronné synthétise pour l’éternité la situation. A l’abri dans une grotte avec un quarteron indemne, il dit : il y a 2 catégories d’hommes sur cette plage : les morts et ceux qui vont mourir, alors vite, tirons-nous de là ! S’ils ont échappé temporairement à un destin funeste c’est un miracle, mais le cauchemar ne fait que commencer au cœur du bocage normand. Pour vénérer l’amour de la liberté, des offrandes rituelles sont nécessaire ! L’approvisionnement en carburant était un des éléments décisifs à la réussite de l’opération. Les Alliés avaient estimé que jusqu’au 15 juillet leurs besoins se chiffraient à 15 000 tonnes pour approvisionner en essence les 200 000 véhicules débarqués mais également le carburant pour les avions et le mazout pour les navires de la zone. Pendant les 10 premiers jours, un terminal sommaire était installé, les Alliés faisaient aussi échouer sur les plages des jerricans d’essence.

A partir du 15 juillet, ces systèmes d’approvisionnement devaient être remplacés par des installations plus performantes. C’était sans compter sur la capacité de riposte de l’occupant, malgré de grosses pertes humaines, surpris par cette invasion en un lieu qui n’était pas envisagé sérieusement par le haut commandement allemand et sa force de destruction sur les points névralgiques, notamment sur le port de Cherbourg qui empêchait l’accostage du premier pétrolier que le 25 juillet. La reconquête de Cherbourg, plus difficile que prévu, le long nettoyage des eaux du port et le mauvais temps retardèrent sa mise en service de 6 semaines et ne put rentrer en fonction qu’au début août. Heureusement, le manque de carburant ne se fit pas sentir car la bataillefut rude et le front ne progressait pas ou peu ! Baptisés « Rupert » des centaines de mannequins ou poupées en caoutchouc de 1 m 30 de haut ressemblant à des combattants ont été largués derrière les lignes allemandes pour semer le doute chez l’ennemi. En touchant le sol, ils déclenchent automatiquement des pétarades et des sons stridents sensés leurrer les troupes ennemies.

La tête de pont alliée est solidement ancrée dans la campagne normande mais elle n’est pas encore à l’abri d’une contre-attaque allemande appuyée par les redoutables divisions de chars. La vaste armada des pays libérateurs continu de débarquer sur les plages. Certains officiers allemands, agacés de ne pouvoir apporter un soutien vital à leurs compatriotes en difficulté ordonnent des opérations de représailles sous prétexte que des résistants français organisent des destructions ou attentats pour retarder l’arrivée sur la ligne de front de renforts humains et matériels. A Oradour sur Glane petit village soupçonné d’être un repère de résistants, un horrible massacre a lieu le 10 juin : 644 villageois dont 246 femmes et 207 enfants sont tués. La bataille de Normandie a duré 90 jours, du 6 juin à la fin août, une bataille de combats intenses, acharnés, dévastateurs, meurtriers.

Le prix de la liberté était à ce prix, 74 ans sont passés, citoyen du monde souviens toi ! 

Des soldats, des navires et du matériel sur une plage. Pris sous le feu nourri déclanché depuis 2 casemates, 34 chars sur 40 sont hors d'usage, une compagnie perd les deux tiers (2/3) de son effectif. L'aube du 6 juin est déjà difficile, le plus dur reste à faire !