Nos Pyrénées

Pyrénées Passion.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

De vrais pionniers. Après avoir conquis le redoutable Monte Perdido (3 355 m), au coeur des Pyrénées, les alpinistes sont sur le chemin du retour par la brèche de Roland. La victoire sur le pic espagnol avait valeur de symbole à cette époque où le matériel, les équipements, les techniques, les moyens de liaison étaient limités ou inexistants. Photo du 14 juin 1906.

          Fils d’un père aristocrate d'origine irlandaise installé à Pau et d’une mère française, Henry Russell est né à Toulouse (Haute Garonne) en 1834. Il habite à Pau (Pyrénées Atlantiques) avant d’entreprendre à l’âge de 23 ans, un lointain premier voyage en Amérique du Nord. De retour à Pau, il effectue en 1858 ses premières escalades dans les Pyrénées où il attrape le virus des pics vertigineux revêtus de neiges éternelles. En 1859, il s’engage dans la marine et voyage pendant trois ans à travers le monde.

Mais, Henry Russel revient dans ses montagnes favorites, la fascination pour cette chaîne mythique est plus forte. Devenu comte et héritier d’une grosse fortune, il peut laisser libre cours à sa débordante passion : les Pyrénées. Il consacre sa vie à l’exploration de cette « barre » montagneuse, cette frontière naturelle partagée avec l’Espagne.

Il crée avec quelques guides la première société de montagnards et devient le pionnier de la conquête des Pyrénées. En 1859, seul ou en duo,  à partir de Barèges, il fait les ascensions du pic de Néouvielle (3 091 m), celui de l’Ardiden (2 988 m) et trois fois le Monte Perdido, côté espagnol. Rien que le nom de ce sommet, le Mont Perdu, indique l'inhospitalité de ce lieu égaré où personne ne s'aventure...

Il veut passer des jours et des nuits sur les pics afin d’admirer la nature vierge : les lacs naturels aux noms débordants de poésie qui éclairent le massif, les vallées étroites et profonfondes creusées par les gaves aus sonnorités ruisselantes, contempler à fleur de ciel les milliers d’étoiles scintillantes, hiverner avec les rudes caresses de la neige et des vents ou les doux baisers d'un soleil montagnard. Pour affronter ce climat extrême, il adopte l’invention d’un ami qui a utilisé en 1860 un « sac de couchage » conçu en peaux d’agneau cousues. Le 26 août 1860 il passe une nuit à la belle étoile au sommet de Pique-Longue mais il souffre terriblement du froid. Il envisage alors l’aménagement de grottes car il pense que toute autre construction serait inesthétique et malvenue.

Il réalise sa première ascension du Vignemale en 1861et en 1864, première hivernale au pic du Carlit (2 921 m) en Pays catalan. Cette même année avec Hippolyte Passet, ils domptent le Cylindre de Marboré (Soum de Ramond et Monte Perdido) pointant à 3 328 m et plus fort encore le Pico del Médio à 3 346 m. Le 11 février 1869, il fait à nouveau le Vignemale, mais cette fois c’est une première grande hivernale effectuée en Europe.

En 1888, il obtient du préfet des Hautes Pyrénées la concession de 200 hectares autour du massif du Vignemale, entre 2 300 et 3 300 mètres d'altitude, pour quatre-vingt-dix-neuf (99) ans. De 1881 à 1893, il fait creuser 7 grottes en haut du glacier d’Ossue dans lesquelles il organise des réceptions somptueuses et légendaires. En 1904, il fait la trente-troisième et ultime ascension du Vignemale.

Un des grands sommets pyrénéens, le pic Russell (3 205m), dont il a réalisé la première ascension en 1865 lui est dédié. Ce personnage légendaire décède en 1909; inhumé à Pau, au pied d’un remarquable panorama sur la chaîne des Pyrénées qu’il chérissait tant.