Notre Méditerranée

De la rame au canon en Méditerranée.

Écrit par Super User. Publié dans Notre Méditerranée.

                        Jusqu’à l’apparition du canon, les combats navals se déroulaient bord contre bord, « à l’abordage », ce qui avantageait les embarcations rapides et maniables. En Méditerranée, où l’irrégularité des vents a joué des tours à plus d’un marin, la rame fut très tôt le mode de propulsion le plus répandu car il permettait une grande souplesse de manœuvre, facilitée d’ailleurs par la faiblesse de la houle. Les armes utilisées étaient l’éperon (pour percer la coque des navires ennemis), le grappin et toutes les armes individuelles de l’époque : arcs et flèches, glaives, poignards, javelots, etc. Le combat naval d’Alalie eut lieu à proximité de la Corse où il opposa les Phocéens à la coalition formée par les Carthaginois et les Etrusques. Les Phocéens « grecs » expulsés d’Asie Mineure par les Perses (au VIème siècle avant J.C), avait décidé d’émigrer vers l’Occident et de transformer leur colonie d’Atalie en un centre d’activités commerciales, c'est-à-dire en un foyer de piraterie. C’est pourquoi les Etrusques et les Carthaginois s’étaient unis contre eux. Après la bataille, les Grecs durent abandonner l’hégémonie de la Méditerranée orientale aux Carthaginois qui fermèrent l’accès au détroit de Gibraltar. Le triomphe des Grecs sur les Perses, à Salamine, au cours de la seconde guerre médique (Vème siècle avant J.C) fut beaucoup plus déterminant pour la civilisation occidentale. Le combat débuta dans l’étroit canal qui sépare l’île au continent. Quand l’armée de Darius 1er dut traverser la mer de Corinthe pour soumettre le dernier réduit grec (le Péloponnèse), une petite flotte attaqua ses bateaux bien alignés. Les Perses, qui croyaient pouvoir encercler les Grecs dans la baie d’Eleusis, furent tellement surpris par cette offensive qu’ils perdirent le contrôle de leurs bateaux. En s’unissant, les Grecs avaient réussi à vaincre une armée pourtant beaucoup plus puissante que la leur. La dernière grande bataille qui mit en présence des bateaux à rames fut celle de Lépante, en 1571. Depuis le début du XVIème siècle, les Turcs, qui s’étaient déjà approprié l’Empire byzantin après la chute de Constantinople en 1453, s’efforçaient d’imposer leur loi à l’Europe occidentale. Ils attaquaient les bateaux en Méditerranée et installaient des garnisons en certains endroits stratégiques. A cette époque, le dernier réduit vénitien à Chypre tomba au pouvoir des Ottomans, ce qui détermina l’intervention immédiate de la Sainte Ligue. Venise demanda l’aide des pays européens, mais seuls le pape et Philippe II d’Espagne lui répondirent. On réunit un contingent de plus de 300 bateaux dont 164 espagnols, neuf maltais, 12 du Vatican et 140 italiens. Le commandement de la flotte fut assuré par Sébastien Veneiro, celui de la flotte vaticane par Marco Antonio Colonna, et celui de la flotte génoise par Andrea Doria. Au départ de Messine, cette immense armada comptait 30 000 hommes. Jean d’Autriche capitaine de l’expédition se décida à lancer l’attaque. C’est à Lépante que la flotte espagnole rejoignit les Turcs commandés par Ali Pacha. L’excellent armement des 27 navires espagnols et l’efficacité des arquebusiers furent des facteurs décisifs du combat. Le bateau royal de Jean d’Autriche fut attaqué et abordé par Ali, qui avait prévu d’attirer la flotte chrétienne vers l’intérieur du golfe et de l’encercler à ce moment-là. Après 2 heures d’une lutte indécise, les soldats de la Ligue, repoussés par trois fois, abordèrent le vaisseau-amiral ennemi et tuèrent Ali Pacha. C’est à Lépante que l’expansion turque connut son premier coup d’arrêt. Chypre continua à être dominée par les Ottomans, mais une entente fut signée et les Turcs se remirent promptement de leurs pertes.