Réfugiés du changement climatique.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

                Les îles du Kiribati sont situées en Micronésie en plein océan Pacifique, constituées par trois archipels formés d’atolls coralliens : les îles Gilbert (16 atolls), les trois îles de la Ligne, les îles Phénix (12 atolls) ainsi que l’île de Banaba. Les habitants sont répartis sur 900 km2 de terres émergées éparpillées sur une superficie maritime d’environ 3,5 millions de km2. Le seul trésor naturel qui lui permet de vivre tant bien que mal sont les revenus de la pêche.

Petit pays indépendant sans industrie, le Kiribati ne produit quasiment pas de gaz à effet de serre et pourtant ces îles sont les premières à souffrir d’une situation dont elles ne sont pas responsables ! Le gouvernement du Kiribati a demandé officiellement à la Nouvelle Zélande, le statut de réfugié pour cause de réchauffement climatique. La demande est une première mondiale. La quasi-totalité des îles de l’archipel sont des atolls qui dépassent à peine le niveau de la mer sauf Banaba, seule île « haute » qui culmine à 81 mètres.Et pour cause, les Kiribati sont de petites îles faiblement élevées qui commencent à ressentir les effets du changement climatique : l’océan envahit régulièrement les terres, favorisant l’érosion qui diminue la taille des rivages, et l’eau salée se mélange avec les sources d’eau douce, rendant difficile l’agriculture et les récoltes. La menace que ces îles soient submergées par la montée du niveau des eaux océanes est bien réelle. Le Président de cette minuscule République a annoncé que depuis 2012 son gouvernement est en pourparlers avec celui des Fidji afin de leur acheter quelques 2 000 hectares de terre. La population serait alors transportée sur leur nouveau territoire situé à environ 2 000 km de distance. Le Président a évoqué comme alternative les transferts de la population en Australie ou Nouvelle Zélande mais aussi la possibilité de construire des îles artificielles ou encore s’installer sur des plates-formes pétrolières ! Le changement climatique est une question mondiale qui exige une réponse de tous les pays. Il n’a pas fini de bouleverser le quotidien des populations les plus fragiles.

Au bout de la nuit.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

                     On sait que l’eau est partout, que l’océan est un réservoir alimentaire dans une biodiversité formidable pour l’humanité mais on n’imagine pas qu’elle peut être décisive pour la liberté des hommes. Et cette liberté est venue par l’océan, au petit matin du 6 juin 1944, il y a juste 74 ans. Aussi longtemps qu’on puisse aller dans le temps, l’histoire guerrière des hommes est parsemée de ruses qui ont changé le cours de l’histoire. La Deuxième Guerre mondiale ne déroge pas à la règle.

Dans le but de libérer l’Europe du joug d’Hitler et de l’oppression nazie tous les coups sont permis, les plus invraisemblables comme les plus sommaires, y compris l’intox, une arme subtile et redoutable. Divulguées abondamment par les Alliés, les rumeurs de débarquement allaient bon train. Parfois il devait se faire en divers points sur la côte Atlantique, tantôt en Bretagne, parfois sur le littoral méditerranéen, sur le rivage normand ou encore sur les rivages de la Manche. Le débarquement est un formidable enjeu et l’élément de surprise est primordial. Il faut savoir que les Alliés ont usé de tous les stratagèmes imaginables pour faire croire à la préparation d’un débarquement au Pas de Calais. D’abord il était important de déplacer le quartier général factice des armés alliés vers le sud-est de l’Angleterre. Dans les champs, sont disposés quantité de chars gonflables en caoutchouc. Des véhicules et des canons en contreplaqué s’alignent le long des routes. La nuit des convois de camions, toujours les mêmes, sillonnent la région en long et en large, donnant une impression de nombre aux avions allemands. Les Alliés entretiennent une activité radio débordante entre les unités aussi « bidon » les unes que les autres. Pour berner les avions d’observations ennemis, que la DCA s’applique à louper, des pseudo-navires de débarquement construits de bric et de broc encombrent les estuaires, les criques et les ports. Et plus vrai que nature, un complexe pétrolier géant en carton-pâte voit le jour près de Douvres. Cette ruse fonctionnera au-delà de toutes les prévisions puisque l’état-major allemand déplace massivement ses unités dans le Pas de Calais. C’est ici que les allemands attendent de pied ferme les troupes alliées, c’est ici que se concentrent le plus gros de leurs troupes. La Normandie est presque dégarnie. Les Alliés lancent le 6 juin 1944 la plus grande opération militaire collective que l’humanité ait connu. L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement des troupes Alliées en Normandie. Imaginons la planification d’une telle opération pour gérer le matériel et les hommes sans lesquels rien n’est possible. Les moyens matériels se composait de 6 939 navires dont 1 213 de guerre, 4 126 pour le transport des troupes et 1 600 de soutien parmi lesquels de nombreux bateaux marchands provenant d’une dizaine de marines différentes, principalement de l’US Navy, la Royal Navy accompagnés des canadiens, australiens, néozélandais, norvégiens, polonais, néerlandais, danois et français. L’aviation assure une couverture constante au-dessus de la flotte de débarquement et des plages en complétant la préparation navale par un tapis de 4 000 tonnes de bombes surtout sur les 5 plages normandes du débarquement. Pour le jour J, 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers étaient disponibles. L’opération Neptune ne se limite pas seulement au transport des troupes d’assaut, elle doit assurer le ravitaillement des têtes de pont. L’absence de port en eau profonde complique les premiers jours de la bataille. Pour résoudre ce problème vital, les Alliés avaient prévu d’apporter « leur port avec eux » ! Une quinzaine de jours après le débarquement débuta la mise en place de 2 ports artificiels. Ces 2 ports devaient être capables de permettre le débarquement de 6 500 véhicules et de 40 000 tonnes d’approvisionnements par semaine. Sur l’océan, des centaines et des centaines de loupiotes dansent sur les flots, un ballet féérique enveloppé dans une nuit encore bleutée. Les premières péniches chargées d’hommes, l’estomac barbouillé par le mal de mer, le ventre noué par la peur attendent que la barge c’échoue sur les fonds sableux, puis la porte tombe lourdement sur l’avant invitant les hommes, lourd paquetage sur le dos et fusils aux mains, à sauter dans l’eau pour rejoindre la terre promise. Ces hommes sont héroïques mais deviennent aussitôt, des cibles vivantes offertes à la mitraille ennemie. Beaucoup ne poseront même pas les pieds sur cette terre qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne connaîtront jamais. Au bout de la nuit, il y a l’enfer. Sur ce coin de France, il n’y a pas d’héros, ou plutôt tous ces hommes sont des héros ! Beaucoup des objectifs initialement prévus ne sont pas atteint, la prise de certaines villes stratégiques sont ajourné. Les troupes allemandes se battent et opposent une résistance farouche aux forces débarquées. Du point de vue militaire, les résultats de la première journée de combats des Alliés sont positifs. C’est ce que claironne le commandement des Alliés ! Au soir du jour le plus long, les rescapés de ce massacre tremblent encore en reprenant leur souffle. Un « vétéran » chevronné synthétise pour l’éternité la situation. A l’abri dans une grotte avec un quarteron indemne, il dit : il y a 2 catégories d’hommes sur cette plage : les morts et ceux qui vont mourir, alors vite, tirons-nous de là ! S’ils ont échappé temporairement à un destin funeste c’est un miracle, mais le cauchemar ne fait que commencer au cœur du bocage normand. Pour vénérer l’amour de la liberté, des offrandes rituelles sont nécessaire ! L’approvisionnement en carburant était un des éléments décisifs à la réussite de l’opération. Les Alliés avaient estimé que jusqu’au 15 juillet leurs besoins se chiffraient à 15 000 tonnes pour approvisionner en essence les 200 000 véhicules débarqués mais également le carburant pour les avions et le mazout pour les navires de la zone. Pendant les 10 premiers jours, un terminal sommaire était installé, les Alliés faisaient aussi échouer sur les plages des jerricans d’essence.

A partir du 15 juillet, ces systèmes d’approvisionnement devaient être remplacés par des installations plus performantes. C’était sans compter sur la capacité de riposte de l’occupant, malgré de grosses pertes humaines, surpris par cette invasion en un lieu qui n’était pas envisagé sérieusement par le haut commandement allemand et sa force de destruction sur les points névralgiques, notamment sur le port de Cherbourg qui empêchait l’accostage du premier pétrolier que le 25 juillet. La reconquête de Cherbourg, plus difficile que prévu, le long nettoyage des eaux du port et le mauvais temps retardèrent sa mise en service de 6 semaines et ne put rentrer en fonction qu’au début août. Heureusement, le manque de carburant ne se fit pas sentir car la bataillefut rude et le front ne progressait pas ou peu ! Baptisés « Rupert » des centaines de mannequins ou poupées en caoutchouc de 1 m 30 de haut ressemblant à des combattants ont été largués derrière les lignes allemandes pour semer le doute chez l’ennemi. En touchant le sol, ils déclenchent automatiquement des pétarades et des sons stridents sensés leurrer les troupes ennemies.

La tête de pont alliée est solidement ancrée dans la campagne normande mais elle n’est pas encore à l’abri d’une contre-attaque allemande appuyée par les redoutables divisions de chars. La vaste armada des pays libérateurs continu de débarquer sur les plages. Certains officiers allemands, agacés de ne pouvoir apporter un soutien vital à leurs compatriotes en difficulté ordonnent des opérations de représailles sous prétexte que des résistants français organisent des destructions ou attentats pour retarder l’arrivée sur la ligne de front de renforts humains et matériels. A Oradour sur Glane petit village soupçonné d’être un repère de résistants, un horrible massacre a lieu le 10 juin : 644 villageois dont 246 femmes et 207 enfants sont tués. La bataille de Normandie a duré 90 jours, du 6 juin à la fin août, une bataille de combats intenses, acharnés, dévastateurs, meurtriers.

Le prix de la liberté était à ce prix, 74 ans sont passés, citoyen du monde souviens toi !

Acqua alta

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

              Le terme italien  « acqua alta » (hautes eaux) désigne le phénomène qui inonde régulièrement au printemps et en automne Venise.

Je vous épargnerais ici les interprétations des différents critères météorologiques, géographiques et astrologiques qui réunis expliquent 

l’apparition du phénomène "acqua alta". L’interférence de ces événements a permis d’atteindre un niveau de vulnérabilité inégalé depuis

les premiers relevés. Les édifices ou monuments de Venise sont construits à l’origine sur des piliers de bois fragilisés par les siècles et exposés à

la menace des eaux. L’affaissement général de la ville durant ces dernières décennies a contribué à l’augmentation de la fréquence de

" l’acqua alta".   Tous les siècles, Venise s’enfonce d’une dizaine de centimètres dans le fond marécageux sur lequel elle repose. La place San

Marco est à peine à 42 petits centimètres au-dessus du niveau moyen de la marée. Sous l’action du moindre souffle de sirocco ou vent de la

mer, les flots de la lagune montent et se répandent sur la célèbre place. Le phénomène ne dure que le temps le plus fort de la marée,

c'est-à-dire 2 ou 3 heures pendant lesquelles les eaux débordent des canaux. Ces débordements sont variables : ils peuvent aller de quelques grosses flaques d’eau à une hauteur de plusieurs dizaines de centimètres. Mais il n’existe pas de règle absolue.

Afin de permettre aux piétons de circuler ou visiter les pieds à sec, des passerelles sont installées lors des marées soutenues. 

Les raisons de cette aggravation sont multiples. Il est certain que les causes de ce phénomène se sont aggravées, en grande partie par les

activités anthropiques depuis l’ère industrielle qui bouleversé le paysage naturel. Mais le changement climatique n’y est pas étranger. A

l’intérieur de la cité, le mouvement des vagues provoquées par les hélices des bateaux à moteur de plus en plus nombreux abîme les

fondations immergées des maisons. Les pouvoirs publics y portent remède en injectant continuellement du ciment à marée basse. En outre

les inondations détériorent inévitablement les monuments historiques et l’habitat. Si le niveau général de la mer augmente trop dans les

prochaines années, la survie de Venise sera engagée. D'après les ingénieurs, la bonne solution réside dans la réussite d’un projet ambitieux

en cours de finition, qualifié de pharaonique par les responsables. Le projet MOSE, c’est son nom, a pour objectif de contrôler et réguler

avec un complexe jeu de vannes géantes le niveau de l’eau dans la lagune. Le coût de cet investissement ne serait rien si Venise était sauvée,

mais sera-t-elle sauvée ? Là demeure toute la questiontant d'imprévus peuvent influer la réussite ou pas de cette opération ! 

Visca la ciutat Venècià-na, magica i fascinadora. 

Terre Neuve : le stock épuisé.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

                   L’église catholique imposait à partir du Moyen-âge un grand nombre de jours de pénitence pendant lesquels les rapports sexuels et la nourriture à base de viande étaient interdits. Cela concernait tous les vendredis (le jour de la brunification de Jésus), les 40 jours du Carême et toute une série de jours spéciaux du calendrier religieux. Au total, la viande était bannie 160 jours par an. Elle était interdite car elle était considérée comme une nourriture « chaude » qui attise les passions et excite les sens ! Le poisson et le gibier d’eau étaient autorisés à titre de nourriture « froide ». De là est venue une forte demande de poisson. Malheureusement le poisson se conserve mal. A une époque où la réfrigération n’existait pas, la salaison était le seul moyen de conserver les aliments. On conservait ainsi le hareng. Mais sa chair est grasse et même salée et fumée, le hareng exposé à l’air ne peut se garder très longtemps. La morue par contre, à la chair très maigre, une fois séchée et salée se conserve pendant des années et ne rancit pas. Au Moyen-âge, cette découverte a produit des bienfaits comparables à ceux de la congélation pour notre époque. La morue était abondante dans les mers froides et faciles à pêcher car elle aime les eaux peu profondes. La morue est devenue la nourriture du vendredi…Il fallait du sel mais il n’y avait pas de sel dans les pays du Nord. Les Basques puis les Portugais qui disposaient de sel sont donc devenus les principaux fournisseurs de morue salée. La mer du Nord étant du domaine des Anglais et des Scandinaves, ils allaient à Terre Neuve. C’était loin, mais la morue y était incroyablement abondante. On raconte que les bancs de morues étaient si denses que les mouettes se reposaient dessus et que les doris (petite barque d’appoint) sombraient parfois sous le poids de la pêche après quelques minutes. La raison de cette abondance est qu’il y a là des hauts-fonds, les célèbres « Bancs », en particulier le réputé Grand Banc, dans les eaux froides riches de ce plancton qui est à la base de la chaîne alimentaire. Un fois la pêche terminée il suffisait d’aller à Terre Neuve, pour saler et faire sécher les filets de morues pendant quelques semainesavant de rentrer au pays. Les Bretons, les Basques, les Portugais, les Américains et bien d’autres sont venus aussi se servir à Terre Neuve. Mais après 4 siècles d’une pêche sans mesure, la poule aux œufs d’or est moribonde ; la morue a pratiquement disparu et ne semble pas vouloir revenir malgré un moratoire sur la pêche. 

On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va.

Christophe Colomb, le meilleur navigateur de tous les temps.

Le « Pateux » de Saint Cyr.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

         C’est la période lointaine où la France rayonnait au Mali grâce aux ingénieurs hydrauliciens, chercheurs, médecins ou instituteurs qui œuvraient pour améliorer la vie des habitants locaux. Un pays que traverse le fleuve Niger appelé le "Père des Fleuves" dont l’importance de ces crues détermine les bonnes ou mauvaises récoltes. 

Le lac de Faguibine, autrefois verdoyante oasis, était à sec depuis 1896 quand l’administrateur de Goundam projeta d’y refaire revenir l’eau du fleuve Niger lorsqu’il y a surplus, c'est-à-dire lorsqu’il est en crue. L’idée de creuser dans le sable 32 kilomètres de canal faisait sourire sous le manteau, puis indigna les techniciens de l’hydraulique. Il leur semblait déraisonnable de vouloir amener la crue pour se déverser au lac puisque tout s’y opposait. Tout, sauf le fait qu’elle y avait coulé 60 ans plutôt. Grâce à l’entêtement de l’administrateur, François Perhirin, cette folie est réalisée. A Saint Cyr on appelait cet ancien capitaine peu bavard  "le Pâteux". En quelques mois, avec 20 ouvriers d’abord, puis 1 000, une tranchée a été ouverte dans un désert de dunes. Chaque jour il fallait ravitailler les travailleurs qui parfois désespéraient sous un soleil de feu.

On baptisa, vite, ce labeur harassant la "dune des pleurs" où centimètre par centimètre, l’eau a retrouvé ses anciens cheminements. Elle court maintenant sur une plaine d’herbe verte. Les troupeaux sont revenus de partout ; les chameliers contemplent ébahis cette oasis et les habitants de Ras-el-Ma baisent les mains de l’administrateur souriant mais gêné de tant distinctions. Il ose à peine avouer à quel point il était pauvre et que pour creuser 32 kilomètres d’une rivière où l’on n’a pas toujours pied et inonder quelques milliers d’hectare, il n’a dépensé que 8 millions, quand la seule route de treize  kilomètres qui va au terrain d’aviation en a coûté 3 fois plus. Quand on lui demande pourquoi on n’y croyait pas, il répond avec le flegme d’un militaire chevronné, parce que l’on faisait trop de calcul !

Les réussites de ce genre peuvent paraître modestes, moins toutefois qu’on s’imagine. Elles nouent entre les peuples d’Afrique et la France des liens profonds parce elles sont des réalisations à la taille des hommes, et elles entraînent à de plus vastes entreprises qui génèrent une forme de vie qui soulagent le quotidien des peuples.

Notre pays ne cherche pas un profit là: il accomplit, généreusement, un devoir conclut sagement François Perhirin le "Pâteux".