Pêche à la « saltada ».

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

          Pêche à la "saltada" n’a rien à voir avec la pêche au large. Cette pêche artisanale vise principalement la muge (la llisse en catalan). Elle ne se pratique que sur le bord immédiat du rivage aux endroits où les apports en nourriture amènent les muges à s’agglutiner. Les embouchures des fleuves côtiers étaient un des endroits de la côte roussillonnaise propices car elles reçoivent tous les déchets déversés en amont.

Souvent un petit village de quelques "barracas" abritaient une colonie de pêcheurs, certains n’y faisait que la saison, d’autres avaient préféré de s’y fixer à l’année, beaucoup d’entre eux étaient à la retraite ce qui leur permettait de rester dans le cadre de leurs coutumes professionnelles jusqu’au bout de leur forces. Pour les uns comme pour les autres, les "saltadas" procuraient un apport financier extrêmement précieux. Autrefois les eaux ne connaissaient pas les pollutions, seules quelques rares pollutions naturelles se dévoilaient. 

Il est à peine besoin de le dire, c’était des gens heureux !

 Scène de la pêche à la « saltada » dans la baie de Banyuls sur Mer entre 1910 et 1920.

Savoureuses histoires des bains de La Preste

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

   Après le typique village de Prats de Mollo, le lit rocailleux du Tec dont les eaux tumultueuses se faufilent entre les gros rochers de granit guide la petite route qui s’élève dans une vallée étroite. Après quelques kilomètres d’un itinéraire sinueux, la route s’achève brusquement, barrée par un imposant bâtiment adossé à la montagne. A plus de 1 100 mètres d’altitude la température frisquette, les pentes abruptes, une nature sauvage et un bourg austère rappellent au visiteur que l’unique attrait du lieu est les eaux médicinales pour soigner les malades. Ses trois sources connues depuis le XVIème siècle débitent jusqu’à 1 800 m3 par jour d’eau pour fournir l’établissement thermal édifié en 1882 qui dispense les traitements et l’hébergement. Ici point d’affluence, une soixantaine de bains, des installations d’hydrothérapie, une ambiance feutrée et une eau pas très agréable à boire. D’ailleurs un bulletin consacré à l’Etablissement Thermal de La Preste publié vers les années 1900 mentionne que : l’attrait du plaisir ne peut y conduire le touriste, on ne rencontre que des malades soucieux de leur santé ! L’accès aux sources de La Preste relève du chemin de croix. Les sources de ces eaux se trouvent placées dans le centre des montagnes et dans des lieux les plus déserts et les plus reculés, il est peu aisé d’en rendre les abords de facile accès. Après Arles, le chemin n’est plus carrossable et le mulet devient roi ; ce n’est peut-être pas le mode de transport le plus confortable pour des malades atteints de coliques néphrétiques ; à partir de Prats de Mollo, on entre franchement dans le domaine du pyrénéisme. Ayant enfin investi la place, le curiste intrépide n’est pour autant au bout de ses peines, sauf à apprécier un certain pittoresque rural, l’obturation des conduits qui servent au remplissage ou à la vidange des bassins se fait au moyen de bord : on est obligé de fermer le conduit de décharge avec du foin ou du linge et on a de la peine à les retirer pour le guider. Les lieux d’aisance sont à dix pas de l’entrée des bains : ils sont secs, ce qui fait une atmosphère fort désagréable. Enfin, la clientèle étrangère doit disputer la place aux cochons autochtones, morts ou vifs, car les éleveurs apprécient l’usage de ces eaux chaudes pour ébouillanter l’animal lors du sacrifice rituel. On était loin, comme on le voit, des bergeries idylliques de Marie-Antoinette.

Source : texte intégral de "Mémoire de Pierre Poyédavant", sub-délégué général de l’Intendant en 1778.

Les transports en diligence allaient disparaître, le règne, sans concession de l'automobile, débutait avec son lot davantages et beaucoup d'inconviénants...

 Votre serviteur, le mois dernier, a programmé une sortie en Haut Vallespir à Prats de Mollo puis la visite des thermes de La Preste s'imposait. Heureusement, 240 ans après, les conditions ont changé au hameau même si le pastoralisme y tient encore une petite place. Au fond de la vallée, le Massif du Canigou barre toujours la route mais adossé aux flancs de la montagne sacrée des catalans, le centre thermal rayonne au milieu d'un environnement bucolique distribuant une superbe palette de verts dégradés alors que les couleurs automnales s'invitent et s'intègrent dans cette farandole bariolée que seule la nature peut offrir ! La diligence a cédé la route aux moyens de transports modernes ce qui permet à une clientèle de curistes d'apprécier le charme d'une contrée quadrillé de sentiers de randonnée  à travers les prairies et la forêt qui se hisse vers les tours de guet. Ce n'est pas l'unique attrait de ce "bout du monde": le flux de voitures et le béton sont bannis où du moins toléré à dose homéopathique. Quel plaisir étrange d'écouter la source du Tech jaillir des entrailles de la Terre, de l'entendre, bouillonnant d'écume, s'élancer furieusement vers la Méditerranée ou encore apprécier le chant mélodieux des oiseaux. Les eaux minérales de Prats de Mollo-La Preste ont démontré leur efficacité mais le payasage reposant du hameau  y est pour beaucoup dans le succès de  ce coin du Haut Vallespir .

30 ans, les inondations à Nîmes...

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

 Il y a 30 ans, les inondations… le 3 octobre 1988 exactement, la crue des cadereaux ravageait le centre-ville de Nîmes en Languedoc, provoquant la mort de 9 personnes et faisant plus de 4 milliards de francs de dégâts matériels. Ce déluge a surpris non seulement, la population nîmoise mais aussi les spécialistes de ce genre de catastrophe autant par sa rapidité que par sa violence extrême.

Ces cadereaux méditerranéens à sec une grande partie de l’année dont le bassin versant total ne couvre pas plus de 50 km2 ont produit une crue dont le débit de pointe a été estimé à environ 1.000 m3/seconde, soit plus que le débit moyen du Rhône à l’étiage ! Cette valeur place l’épisode nîmois parmi les plus fortes crues observées dans le monde sur des bassins de surface équivalente. Les qualificatifs employés à l’époque par la presse désastre, cataclysme, apocalypse traduit tout autant la démesure que la rareté supposée d’un tel événement. Et pourtant cette crue ne semble pas inédite : la consultation méticuleuse et approfondie des archives communales démontre que la ville romaine a été inondée partiellement ou totalement à environ 40 reprises aux moins depuis le XIVème siècle. De plus, deux événements se rapprochent par les cumuls pluviométriques des mesures de l’épisode de 1988 au cours des deux derniers siècles. Les crues-éclairs, nom de ce type de fléau, crues soudaines provoquées par des évènements pluvieux orageux constituent sans aucun doute le risque naturel les plus destructeurs. 

Une nîmoise montre le niveau de l'eau au plus fort de l'inondation, les marques sont bien lisibles. L'eau s'est élevé à une hauteur inimaginable en quelques heures semant la désolation dans la ville de Nîmes. 

Traditions nautiques à Sète.

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  Pas une place de libre dans leCadre royal, des supporters exhubérants, la presse télévisée, musiques cubaines et"cariocas", une ambiance carnaval, des chevaliers de la tintaine motivés, tout est réuni pour réussir une grande fête populaire le jour de la Saint Louis   

A Sète, les premières joutes ont eu lieu le 29 juillet 1666 pour célébrer la fondation du port de Sète. Au XVIIème siècle, les tournois opposaient hommes mariés aux jeunes célibataires, dans les différents quartiers. La couleur des hommes mariés était le rouge, celles des célibataires étant le bleu, ces couleurs se retrouvaient sur leurs vêtements, leurs barques et leurs lances. S’en est suivi la constitution d’équipes représentant les villages autour de l’étang de Thau. Chaque année de la St Pierre à la St Louis, la cité s’enflamme autour de cette tradition séculaire qui fonde son identité. L’épreuve la plus prestigieuse, le tournoi des poids lourds, se déroule pour la Saint Louis, fin août. Tout jouteur rêve de la gagner un jour. Elle attire des milliers de spectateurs sur le Cadre Royal dans une ambiance festive et musicale. Les tournois sont précédés d’un défilé des jouteurs tous vêtus de blancs, coiffés d’un canotier, à travers la ville accompagnés par la musique traditionnelle, où le hautbois et le tambour occupent la place centrale. Puis c’est la présentation des équipages au public. L’équipe se compose de 2 musiciens à l’avant de chaque embarcation chargés de donner la cadence à 8 ou 10 rameurs. Sur la tintaine, debout comme un gladiateur, le jouteur muni d’une lance à bout ferré et d’un pavois, pour se protéger, se concentre avant que la compétition commence. Le tout est dirigé par un barreur, en fait le stratège. Le public jubile sous le soleil encore chaud de cette fin de saison. L’animateur présente les concurrents. Les jouteurs se saluent courtoisement, les barques vont au bout du canal, virent, se positionnent. Chaque jouteur se concentre en attendant le signal, insensible aux vivats, son regard fixe le jouteur en face. L’orchestre dans les tribunes annonce le début des hostilités. Qui va prendre un bain forcé dans l’eau fraîche du canal ? Le bateau rouge s’élance, le barreur encourage, les musiciens du bord accélèrent le rythme, le jouteur cale ses appuis, la barque prend de la vitesse, le bateau adverse se rapproche à toute allure, 10 mètres encore sépare les combattants. Les bateaux se frôlent, les lances s’arc-boutent sur les pavois, la charge est phénoménale, les chevaliers des mers, muscles tendus résistent, le jouteur de Mèze en déséquilibre se rattrape miraculeusement. La foule applaudit, hurle, agite les fanions. Serein, l’apollon de Sète sur la tintaine salue ses supporters. Les rameurs ont coupé l’effort. Match nul, la confrontation doit se terminer impérativement par la défaite de l’un des combattants. Nouveau duel. Courte concentration, musique libératrice, on repart à l’abordage, le croisement est éminent, ça va très vite, le contact réciproque des lances sur les pavois, le public pousse avec son favori, un cri de déception, un hurlement de joie. Le verdict est impitoyable! L’imposant jouteur mézois tombe à l’eau. Le vaincu regagne le quai à la nage. Seul, celui qui reste debout sur la tintaine savoure le triomphe. Une ovation salue l’athlète local, une montagne de muscles. Les fanfares honorent pendant son tour d’honneur ce gladiateur des temps modernes. L’homme fort de Sète salue le public enthousiaste. La musique hispano-cubaine accompagnent les acclamations de ses inconditionnels supporters vont droit au cœur du héros. Les étendards aux couleurs locales s’agitent frénétiquement. L’ambiance est au maximum! Le tournoi continue, la fête aussi, jusqu’au sacre final pour désigner le nouveau champion de la Saint Louis. Le triomphateur gravera son nom sur le pavois de la salle des joutes du Musée Paul Valèry. Il entrera de plein pied dans la légende! Plus qu’un sport, plus qu’une tradition, les joutes du tournoi de la St Louis reflètent la philosophie de la ville de Georges Brassens. 

Le premier combat est engagé sous les vivats, celui qui tombe à l'eau est éliminé, un seul aura le pantalon sec ce soir. Cette victoire vaudra au champion de la St Louis un "Pavois" pour récompense, une poignée de main des autorités, une bise de ses amis jouteurs puis son nom sera gravé en lettres d'or sur le marbre et siègera pour l'éternité dans le Musée Paul Valèry, le "Panthéon" de la joute languedocienne ! A Sète, on est bien loin du sport paillettes et bizness ! 

Fête de la mer et des pêcheurs.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

               Dans chaque port du golfe du Lion, la fête de la mer et des pêcheurs honore chaque année, la mémoire des marins-pêcheurs disparus lors de leur difficile activité. Chaque année, comme le veut la tradition, le 15 août, jour de la Saint Pierre,  une armada composée chalutiers,  de navires, de canots, de barques catalanes, de voiliers, de bateaux de plaisaince, de hors-bords s’éloignent vers le large pour déposer en mer une gerbe bénite par le curé ou l’évêque local. Cette journée est pour tous les pêcheurs un grand jour qui perpétue la tradition. Cette cérémonie du souvenir s’inscrit dans une ambiance solennelle où personnalités civiles et religieuses rendent un hommage appuyé à cette activité, indispensable à la vie économique du golfe du Lion. Aujourd’hui la pêche artisanale a presque disparue mais la tradition, vivace, laisse place à des moments de convivialité et de partage dans les ports du littoral. Les festivités débutent par la bénédiction des bateaux, des marins-pêcheurs, des matelots. Puis, les bateaux accueillent à leur bord les personnalités, les gens de la mer, la population et même les touristes, pour assister au "jeter" d’une gerbe en mer, préalablement bénite à bord de l’un des bateaux; cette gerbe honore la mémoire des pêcheurs morts ou disparus en mer. C’est pour les gens de la mer et leur famille un grand jour de fête auquel ils participent, souvent émus mais toujours nombreux, à bord de leur bateau de pêche. De retour sur terre, la messe de l’Assomption, fête de Marie, se déroule en plein air sur les quais du port réunissant une foule très importante mais néanmoins recueillie. Les solennités terminées, la fête se poursuit par la traditionnelle "sardinade" (repas de sardines grillées) dans une ambiance chaleureuse. Les réjouissances perdurent jusqu’au soir avec le traditionnel feu d’artifice et une soirée dansante réveille les âmes de ceux qui ont tant fait pour le patrimoine méditerranéen. 

Sur un parking du port de Canet en Roussillon, une messe en plein air est dédiée à la mémoire des gens de la mer tragiquement disparus en mer. La solidarité, la compassion, le souvenir ne sont pas de vains mots dans le monde maritime.