Eaux apprivoisées à Brousses en Languedoc.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

         Sur le versant méridional de la Montagne Noire logent de minuscules et pittoresques villages centenaires aux parfums languedociens. A leurs pieds coule le paisible canal du Midi, doublé par un flot ininterrompu de véhicules en transit et au loin, s’élèvent les tours de la cité Carcassonne. Depuis la Seconde Guerre Mondiale, la majesté des lieux ne suffit plus pour retenir les jeunes attirés par les lampions des grandes villes. Pour endiguer cet exode mortel chacun, innove ou engendre ou reproduit un événement afin de survivre dans ce milieu rural. Des trésors d’ingéniosité sont nécessaires ! Brousses posé sur les premiers mamelons de la Montagne Noire remémore un patrimoine industriel fondé sur l’exploitation de l’énergie hydraulique. C’est dans un décor campagnard qu’une route sinueuse vous conduit rapidement au lieu-dit « Cambou » où aux emplacements réservés à son usage, on range la voiture au cœur d’une forêt et d’un chaos de rochers. Un étroit sentier descend légèrement, bordés de chêne-verts, de châtaigniers, de frênes, d’érables, de noyers ou de merisiers tous plus beaux l’un des autres. Sous ces arbres majestueux, houx, genévrier, groseilliers des rochers, aubépines, églantiers embaument les environs de chlorophylle. Ce chemin végétal surplombe un torrent que l’on ne voit pas tant la flore est épaisse mais que l’on entend. Quelques centaines de mètres plus loin, apparaît une grande bâtisse, les pieds dans l’eau de la rivière la Dure, entourée d’une végétation luxuriante et d’énormes blocs granitiques posés ici ou là que l’eau bouillonnante contourne, pressée de rejoindre en aval le Canal du Midi. Au fond de la vallée de la Dure, se blottit dans un environnement intact, le dernier moulin à papier en fonction en Languedoc-Roussillon. Un lieu à remonter le temps, authentique et exceptionnel ! En 1674, le versant sud de la Montagne Noire hébergeait les papeteries les plus réputées de la province du Languedoc. Le premier papetier, s’installe en 1698, c’est le début de la grande industrie du papier. Ensuite plusieurs familles vont illustrer cette activité. En 1845, ce petit torrent qui chante comme un rossignol permettait de faire tourner les meules de 67 moulins. Le village de Brousses comptait 11 moulins dont 4 papeteries. En 1877, Paul Chayla jusqu’alors cartonnier en aval du village acquiert le moulin de Cambou, ancienne foulerie dont la construction remonterait à la fin XVIIIème siècle. Il installe une machine à papier en continu, ses descendants poursuivrons cette activité, la septième génération y travaille encore de nos jours. Un lieu qu’elle occupe depuis 4 siècles en utilisant une énergie naturelle, l’eau, qui était complice d’un développement durable, formule savante enfantée par des technocrates zélés quelques centaines d’années plus tard. Puis, après 4 siècles prospères, une nouvelle génération appelée modernité industrielle ankylose la petite vallée de la Dure. Les pentes de la Montagne Noire se couvrent de brouillard et en 1981, désavouée pour romantisme vieillot par une génération avide par les tourbillons…de rentabilité, les meules se taisent. Seul, le tumulte de l’eau qui court toujours couvre ce silence. En décembre 1993, une poignée de personnes ne supportant plus ce silence de plus en plus pesant constituaient une association le Moulin à Papier de Brousses. Le but est de stopper la dégradation de ce site témoin d’un riche passé, de le restaurer afin d’en faire un lieu de découverte, d’initiation, de création et de fabrication artisanale. En avril 1994, le moulin ouvre ses portes au public. Un guide pendant la visite retrace la saga du moulin et explique la fabrication du papier. Le visiteur perçoit un savoir-faire ancestral et découvre des machines d’un autre temps qui utilisaient la force de l’eau. Parmi les mécaniques à découvrir, une maquette d’une pile à maillet inventée en Italie au XIIIème siècle, puis plus performante la pile hollandaise fin du XVIIème siècle, un meuleton de 15 tonnes constitué de 3 meules en granit installé en 1954. Le moulin utilise actuellement une pile hollandaise fabriquée en 1999 à Capellades en Catalogne du Sud. L’on apprend que l’on fabrique le papier avec la cellulose extraite d’algues de posidonie que l’on trouve sur les fonds de la Méditerranée ou plus étonnant encore avec du crottin des éléphants pensionnaires à la Réserve Africaine de Sigean. Il s’agit d’un lieu de découverte, d’initiation, de création et de fabrication du papier. Une véritable plongée dans le passé en découvrant des gestes et techniques, gardien d’un savoir-faire ancestral. Pour petits et grands, le moulin à papier est à visiter absolument.

Le canal du Midi, c’est notre histoire.

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     Le canal du Midiest un site incontournable en région Languedoc. Achevé en 1681 après 14 années de travail acharné, il est le plus ancien canal d’Europe encore en fonction. Entre Toulouse et l'étang de Thau près de Sète, il mesure 241 km, compte 350 ouvrages d’art dont 63 écluses, 126 ponts, 55 aqueducs et 7 pont-canaux. Inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1996, le canal du Midi est bordé de 45 000 platanes, cyprès et autres espèces. Le canal sert aussi pour l’irrigation des terres avoisinantes, doit essentiellement son salut au tourisme fluvial (100 000 voyageurs par an environ) et aux nombreux randonneurs à pied ou à vélo. 

        Malheureusement le chancre coloré occasionne des dégâts irréversibles et la maladie est incurable. Ce champignon microscopique via les racines tue les platanes en l’espace de 2 à 3 ans. Il est impossible d’enrayer sa propagation. L’abattage des platanes et la replantation d’arbres d’essences différentes reste la seule solution. Le canal du Midi traverse le Languedoc et nos vies depuis plus de 350 ans. Il représente un patrimoine historique naturel remarquable que nous devons protéger. Remplacer les arbres abattus afin de préserver l’architecture végétale exceptionnelle constitue l’âme même du canal du Midi. Si beaucoup d’arbres ont pu être replantés, il reste beaucoup à faire, plusieurs décennies seront nécessaire pour rattraper le lustre passé. Plusieurs pistes de recherche pourraient constituer une avancée intéressante dans la lutte contre la maladie. En attendant que ces pistes aboutissent, l’abattage et la replantation restent aujourd’hui la seule solution envisageable

Le canal du Midi à Renneville bourgade près de Villefranche de Lauragais.    Vers 1900, une péniche chargée de barriques de vin trace sa route sur une voie aquatique arborée d'une double rangée de platanes majestueux composant un paysage exceptionnel. Malheureusement, aujourd'hui l'environnement végétal multicentenaire qui reflètait son charme désuet est à reconstruire. 

Tous les grands empires ont commencé par des hameaux, 

et les puissances maritimes par des barques de pêcheurs

Voltaire né le 21 novembre 1694 à Paris, mort dans la même ville est un écrivain et pholosophe français qui a marqué le XVIIIème siècle. 

Pêche à la « saltada ».

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          Pêche à la "saltada" n’a rien à voir avec la pêche au large. Cette pêche artisanale vise principalement la muge (la llisse en catalan). Elle ne se pratique que sur le bord immédiat du rivage aux endroits où les apports en nourriture amènent les muges à s’agglutiner. Les embouchures des fleuves côtiers étaient un des endroits de la côte roussillonnaise propices car elles reçoivent tous les déchets déversés en amont.

Souvent un petit village de quelques "barracas" abritaient une colonie de pêcheurs, certains n’y faisait que la saison, d’autres avaient préféré de s’y fixer à l’année, beaucoup d’entre eux étaient à la retraite ce qui leur permettait de rester dans le cadre de leurs coutumes professionnelles jusqu’au bout de leur forces. Pour les uns comme pour les autres, les "saltadas" procuraient un apport financier extrêmement précieux. Autrefois les eaux ne connaissaient pas les pollutions, seules quelques rares pollutions naturelles se dévoilaient. 

Il est à peine besoin de le dire, c’était des gens heureux !

 Scène de la pêche à la « saltada » dans la baie de Banyuls sur Mer entre 1910 et 1920.

Savoureuses histoires des bains de La Preste

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   Après le typique village de Prats de Mollo, le lit rocailleux du Tec dont les eaux tumultueuses se faufilent entre les gros rochers de granit guide la petite route qui s’élève dans une vallée étroite. Après quelques kilomètres d’un itinéraire sinueux, la route s’achève brusquement, barrée par un imposant bâtiment adossé à la montagne. A plus de 1 100 mètres d’altitude la température frisquette, les pentes abruptes, une nature sauvage et un bourg austère rappellent au visiteur que l’unique attrait du lieu est les eaux médicinales pour soigner les malades. Ses trois sources connues depuis le XVIème siècle débitent jusqu’à 1 800 m3 par jour d’eau pour fournir l’établissement thermal édifié en 1882 qui dispense les traitements et l’hébergement. Ici point d’affluence, une soixantaine de bains, des installations d’hydrothérapie, une ambiance feutrée et une eau pas très agréable à boire. D’ailleurs un bulletin consacré à l’Etablissement Thermal de La Preste publié vers les années 1900 mentionne que : l’attrait du plaisir ne peut y conduire le touriste, on ne rencontre que des malades soucieux de leur santé ! L’accès aux sources de La Preste relève du chemin de croix. Les sources de ces eaux se trouvent placées dans le centre des montagnes et dans des lieux les plus déserts et les plus reculés, il est peu aisé d’en rendre les abords de facile accès. Après Arles, le chemin n’est plus carrossable et le mulet devient roi ; ce n’est peut-être pas le mode de transport le plus confortable pour des malades atteints de coliques néphrétiques ; à partir de Prats de Mollo, on entre franchement dans le domaine du pyrénéisme. Ayant enfin investi la place, le curiste intrépide n’est pour autant au bout de ses peines, sauf à apprécier un certain pittoresque rural, l’obturation des conduits qui servent au remplissage ou à la vidange des bassins se fait au moyen de bord : on est obligé de fermer le conduit de décharge avec du foin ou du linge et on a de la peine à les retirer pour le guider. Les lieux d’aisance sont à dix pas de l’entrée des bains : ils sont secs, ce qui fait une atmosphère fort désagréable. Enfin, la clientèle étrangère doit disputer la place aux cochons autochtones, morts ou vifs, car les éleveurs apprécient l’usage de ces eaux chaudes pour ébouillanter l’animal lors du sacrifice rituel. On était loin, comme on le voit, des bergeries idylliques de Marie-Antoinette.

Source : texte intégral de "Mémoire de Pierre Poyédavant", sub-délégué général de l’Intendant en 1778.

Les transports en diligence allaient disparaître, le règne, sans concession de l'automobile, débutait avec son lot davantages et beaucoup d'inconviénants...

 Votre serviteur, le mois dernier, a programmé une sortie en Haut Vallespir à Prats de Mollo puis la visite des thermes de La Preste s'imposait. Heureusement, 240 ans après, les conditions ont changé au hameau même si le pastoralisme y tient encore une petite place. Au fond de la vallée, le Massif du Canigou barre toujours la route mais adossé aux flancs de la montagne sacrée des catalans, le centre thermal rayonne au milieu d'un environnement bucolique distribuant une superbe palette de verts dégradés alors que les couleurs automnales s'invitent et s'intègrent dans cette farandole bariolée que seule la nature peut offrir ! La diligence a cédé la route aux moyens de transports modernes ce qui permet à une clientèle de curistes d'apprécier le charme d'une contrée quadrillé de sentiers de randonnée  à travers les prairies et la forêt qui se hisse vers les tours de guet. Ce n'est pas l'unique attrait de ce "bout du monde": le flux de voitures et le béton sont bannis où du moins toléré à dose homéopathique. Quel plaisir étrange d'écouter la source du Tech jaillir des entrailles de la Terre, de l'entendre, bouillonnant d'écume, s'élancer furieusement vers la Méditerranée ou encore apprécier le chant mélodieux des oiseaux. Les eaux minérales de Prats de Mollo-La Preste ont démontré leur efficacité mais le payasage reposant du hameau  y est pour beaucoup dans le succès de  ce coin du Haut Vallespir .

30 ans, les inondations à Nîmes...

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

 Il y a 30 ans, les inondations… le 3 octobre 1988 exactement, la crue des cadereaux ravageait le centre-ville de Nîmes en Languedoc, provoquant la mort de 9 personnes et faisant plus de 4 milliards de francs de dégâts matériels. Ce déluge a surpris non seulement, la population nîmoise mais aussi les spécialistes de ce genre de catastrophe autant par sa rapidité que par sa violence extrême.

Ces cadereaux méditerranéens à sec une grande partie de l’année dont le bassin versant total ne couvre pas plus de 50 km2 ont produit une crue dont le débit de pointe a été estimé à environ 1.000 m3/seconde, soit plus que le débit moyen du Rhône à l’étiage ! Cette valeur place l’épisode nîmois parmi les plus fortes crues observées dans le monde sur des bassins de surface équivalente. Les qualificatifs employés à l’époque par la presse désastre, cataclysme, apocalypse traduit tout autant la démesure que la rareté supposée d’un tel événement. Et pourtant cette crue ne semble pas inédite : la consultation méticuleuse et approfondie des archives communales démontre que la ville romaine a été inondée partiellement ou totalement à environ 40 reprises aux moins depuis le XIVème siècle. De plus, deux événements se rapprochent par les cumuls pluviométriques des mesures de l’épisode de 1988 au cours des deux derniers siècles. Les crues-éclairs, nom de ce type de fléau, crues soudaines provoquées par des évènements pluvieux orageux constituent sans aucun doute le risque naturel les plus destructeurs. 

Une nîmoise montre le niveau de l'eau au plus fort de l'inondation, les marques sont bien lisibles. L'eau s'est élevé à une hauteur inimaginable en quelques heures semant la désolation dans la ville de Nîmes.