Du sang catalan

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

26 avril 2016     Le pirate turc Khayr Ad-Din, plus connu sous le nom Barberousse avait du sang catalan. Il jouissait d’un incroyable prestige sur toute la Méditerranée, autant pour ses qualités d’habile marin que d’une réputation de corsaire féroce et sanguinaire ! Les équipages, enrôlés de force, étaient composés de déserteurs, de repris de justice ou prisonniers de guerre, de différentes nationalités, génois, grecs, ottomans, maures, corses, libanais, nord-africains et même vikings. 

Barberousse compte parmi les pirates les plus tristement célèbres pour avoir piraté le littoral catalan et les îles Baléares. En 1536, il prit Mahon capitale de l’île de Minorque dans l’archipel des Baléares où il fit 6 000 prisonniers et un énorme butin. Ensuite en 1543, il pille complètement la ville de Palamos et, impitoyable, avec ses barbares sans foi ni loi massacre la plupart des habitants. Pourtant, Barberousse avait du sang catalan par sa mère, Katalina, qui était d’origine catalane. Il fut nommé Grand Amiral de la Flotte Ottomane par le Sultan qui lui octroya également le titre de Pacha !

L’âge d’or de la piraterie sur les côtes méditerranéenne de la Catalunyà s’étend du XIVème au XVIIème siècle. De nombreuses constructions de vigie furent édifiées qui nous renvoient à une époque où le danger venait de la mer, les riverains vivaient en permanence dans la crainte des attaques de pirateries. Des fortins, phares, redoutes, forteresses, chemins de ronde surveillaient jour et nuit la Méditerranée pour alerter les populations du danger d’invasion de troupes de pays guerriers ou de hordes sauvages de pirates qui pillaient tout sur leur passage et exterminaient toute résistance.
Des forteresses de garnison comme le castell (château fort) de la Trinitat qui domine la baie de Rosas construit à la pointe de la Poncella en 1544 ou la Torre Sant Sébastià à Calella de Palafugell, la Torre Montgó à L’Escala, la Torre dels Moros (la tour des maures) à Tossa de Mar ou encore laTorre Sant Joan à Lloret de Mar qui à l’aide de feux transmettait des signaux codés pour donner l’alerte afin d’informer les populations, organiser la défense ou de mettre les biens à l’abri.
Ne pouvant contrôler ces vaisseaux et plutôt que de leur faire la guerre, tous les pays marins, français, espagnols, anglais ou portugais, étaient complaisants avec les mercenaires pour obtenir la paix avec leurs navires de commerce.
Ces édifices de surveillance abîmés par les siècles ont subi une réhabilitation de qualité, témoignage d’une époque où sur la Méditerranée écumaient les pirates, flibustiers, de boucaniers sans foi, ni loi ! 

Tour de guet de Calella de Palafrugell (Baix Empordà).Un chemin de ronde conduit au mont Sant Sebastià de la Guarda, un  belvédère sur la Méditerranée occupé par une colonie ibèrique depuis le 6ème siècle avant J-C. Au cours du temps un ermitage, un sanctuaire, une chapelle s'implantent et au XVème siècle s'élève une tour de guet devant la menace permanante que représentait la piraterie le long du littoral catalan. Plus près de notre époque un phare puissant au service des marins et des pêcheurs domine ce lieu bien connu pour être une des plus belles vue de la Costa Brava. 

A tire d'aile...

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

20 mars 2016.        La Méditerranée s’enroule autour du golfe du Lion façonnant une exceptionnelle diversité de milieux naturels. Aux longues plages de sable fin succède une côte rocheuse où la Méditerranée, maître d’œuvre opiniâtre et talentueuse, tisse depuis des millénaires un tableau paysager exceptionnel.

 Sur l’étroite bande littorale, un chapelet de lagunes et marais associe l’eau salée, l’eau saumâtre et l’eau douce. L’élément liquide est partout, omniprésent ; cette ressource s’évertue à créer la vie sous toutes ses formes. La flore, la faune, marine ou terrestre occupent une grande place contribuant avec bonheur à la beauté de cette région Les vents de terre et les tempêtes creusent les graus, ouvertures naturelles, afin de relier les étangs à la mer laquelle, aidée par le vent marin, s’ingénie à combler avec des tas de sable. Au fil des saisons s’engage une rude bataille, à tour de rôle chacun domine l’autre ; un combat permanent entre l’eau et la terre, une lutte toujours recommencée. De cette confrontation naît une richesse que la Nature a tôt fait de mettre à profit.

Dans cet univers humide, sur cette kyrielle de miroirs dansottent des milliers d’étoiles scintillantes autour duquel, l’homme, parfois maladroitement, aménage l’espace, implante des salins ici, plante de la vigne là-bas, prélève sobrement poissons et crustacés, pleinement satisfait de vivre au milieu de ce garde-manger bien garni.

 Cette terre, bien que frêle, mais d’une grande richesse ressemble au paradis. Chacun sait que l’on ne prête qu’aux riches, dans cette contrée de France, le beau côtoie le merveilleux. Quoi de plus beau que les oiseaux de mer, les oiseaux d’étang, les oiseaux de plaine et les oiseaux de garrigue pour acquérir le titre de paradis ? Il suffit d’épier discrètement les dortoirs ou lever les yeux vers le ciel pour que l’ensemble se transforme, alors, en une terre fabriquée par les dieux !

Les plages, les rivages, les falaises, les salins, les lagunes, les rivières, les embouchures, les prés humides, les champs, les vignes, les haies, les rocailles, à chacun sa maison pour nos amis à plumes. Ils sont des milliers à hanter les flots irisés par la brise marine ou la tramontane, à écouter la complainte des roseaux, la rengaine lancinante des cigales, le perpétuel ressac des vagues, ils sont des centaines dans notre région à tracer des volutes éphémères ou des arabesques dans l’immensité du ciel. Près de 350 espèces sont présentes de façon permanente ou saisonnière sur cette frange côtière. De magnifiques boules de plumes de toutes les couleurs, de toutes les tailles enjolivent et animent le décor. Ils font partie intégrante de nos paysages, de notre culture. Ils apportent l’évasion, la grâce, le rêve car tous les oiseaux sont des voyageurs en puissance.

 Informés par je ne sais quelle horloge, des centaines d’individus se rassemblent sur les étangs, attendant les conditions les plus favorables pour entreprendre la migration. Un classique jamais démodé. Chaque année, le flamand rose, la star incontournable des lagunes autour du golfe du Lion, cancane avec force plusieurs jours pour rassembler les colonies de son espèce, avant de s’envoler dans un assourdissant froissement d’ailes vers des contrées où l’été est perpétuel. Un spectacle inoubliable. Ce n’est jamais qu’un pathétique au-revoir.

 Il y a plus de 2 000 ans lorsque les Romains bâtissent le comptoir de la Colonia Julia Narbo Martius, aujourd'hui Narbonne, et construisent le port au bord de l’étang de Bages-Sigean qui débouche sur la Méditerranée, les nouveaux colons  prédisent la qualité et quantité des récoltes ou la bonne fortune en écoutant le vol et le chant des oiseaux !

Certains trouveront la perception que j’ai de ma région exagérée, voire exaltée. Ce n’est qu’une appréciation personnelle, en aucun cas dirigée à l’encontre d’autres horizons. Heureusement pour les hommes qui l’habitent, la planète est truffée de lieux sublimes. Je n’y peux rien si ma « Terre » est parmi les plus belles, mais si on la respecte, je veux bien la partager.

 

 

Quel que soit ton lieu de vacances,

tous les déchets vont à la mer,

et notre avenir dépend de la santé des océans.

Le Migjorn, le terrible vent de la mer.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

30 mars 2016         Le 12 décembre 1581, un grand voilier, surpris par une violente tempête cherchait vainement à atteindre Port-Vendres. La violence des éléments était telle que le navire en difficulté ne put franchir la passe. Heureusement il eut la possibilité de se rabattre sur Collioure où il trouva refuge.

Sur la plage d'Avall, la tour qui servait de phare et protégeait tout le quartier du «Botiguer» au milieu des arsenaux et ses chantiers n'avait jamais vu une embarcation dans une situation aussi difficile.
Alertés, les villageois, les marins et pêcheurs groupés sur la plage, effarés et impuissants, regardaient avec inquiétude. Ce vaisseau balloté par une mer déchaînée pouvait sombrer à chaque seconde. Finalement, le bateau s'arrima au débarcadère. Passagers et matelots, débarquèrent difficilement à terre, visiblement soulagés.
Mais quel était donc ce voilier élégant qui par un temps exécrable venait s'échouer à Collioure ? Parti de Gênes à destination de l'Espagne, il avait dû, déjà, faire escale à Marseille à cause du mauvais temps qui, loin de s'améliorer, le contraignait encore à chercher refuge sur la côte catalane. Tous les marins de Catalogne connaissent le dicton : Vent de Ponent, Fa fugir la gens ! C'est le vent impétueux du sud-ouest, soufflant en fortes rafales, et plus connu de nos jours sous le nom de « migjorn ».
Le fait de voir un magnifique vaisseau en difficulté dans une tempête est assez fréquent, mais ce qui l'était moins, c'était la beauté du bateau et la qualité des passagers. Ce n'est pas tous les matins que l'on accueille, même à l'improviste, l'Impératrice d'Allemagne en personne, Sa Majesté Maria, veuve de Maximilien II, roi de Bavière et de Hongrie, fille de Charles-Quint et sœur du roi d'Espagne, Philippe II qui régnait alors sur le Roussillon ! Dès qu'on sut de qui il s'agissait, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Ce fut un événement considérable pour toute la cité catalane.
Parmi la suite d'illustres et nombreux personnages qui l'accompagnaient, se trouvaient Ferdinand de Gonzague, marquis de Castiglione, prince du Saint-Empire ; son épouse, la marquise Marthe, dame d'honneur de la reine, et leurs 3 enfants : Isabelle, Rodolphe et Louis. Ce dernier, qui était alors âgé de 14 ans, n'était autre que celui qui sera un jour vénéré sous le nom de Saint Louis de Gonzague.
Au milieu d'une foule compacte, le cortège royal, alla se reposer quelques instants au monastère des Dominicains à quelques pas de la mer. Puis escortés par les consuls de la ville et des autorités, ils se dirigèrent vers le château Royal où ils demeurèrent une dizaine de jour
Durant leur séjour ces illustres personnages ne manquèrent sans doute pas d'être séduits par le charme du site et d'en admirer la beauté. Mais ce qui les toucha le plus fut l'accueil chaleureux qui leur était réservé. Plus de 2 000 personnes, venues des environs, s'empressèrent d'apporter leurs hommages à la reine. Et comment n'aurait-elle pas attiré tant de sympathie cette mère qui en 28 ans de mariage avait mis au monde 15 enfants dont 9 garçons et 6 filles !
Une autre preuve tangible de la considération envers la reine Marie fut fournie par les consuls de Perpignan, lesquels lui firent apporter le 19 décembre un cadeau de bienvenue : 4 agneaux, 2 veaux, 3 moutons, 50 paires de chapons, 100 perdrix et lapins, une charge (120 litres) de vin muscat, une charge de vin blanc, une charge de vin clairet vieux (rancio), etc, etc. J'arrête là tant la liste des victuailles offertes s'allonge démesurément. Une telle quantité de produits alimentaires mise à la disposition de la reine et de tout son entourage, prouve combien ils furent bien traités en Roussillon et donne aussi une idée du grand nombre de personnes qui l'accompagnaient.
Le 22 décembre eut lieu le départ pour Perpignan. Sa Majesté Maria fit le voyage sur une litière. Les consuls de Perpignan et les plus hautes autorités du Roussillon vinrent à sa rencontre à une certaine distance de la ville. Là tous les honneurs dus à son rang lui furent encore rendus. Le cortège prit ensuite la chemin de l'Espagne, tandis que le bateau royal remis de ses émotions reprendra le large quelques jours plus tard
Cependant cette visite princière inattendue ajoutait une page de plus à l'histoire de Collioure et de son château. Elle avait sans doute frappé l'esprit des témoins de cet événement, car ils eurent soin de le consigner dans les archives de leur ville.
Sources : D'après des notes de Mr Henri Ribeil, les ouvrages de Tolra de Bordas et de Mr Henry. Textes adaptés à L'eau qui chante par Christian Tena.

L'hippocampe de l'étang de Thau

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

29 avril 2016.        L'hippocampe est un poisson. Soit. Mais le petit cheval des mers est aussi un drôle de zèbre ! Et une rareté dans l'Univers maritime ! Chez ce poisson aux allures de pur-sang, lorsque la fièvre amoureuse est en lui, maternité et paternité, vont de pair, c'est un géniteur qui accouche. Les colonies d'hippocampes vivent souvent en couple et lorsque la parade des amours approche ils ne se quittent plus. La promiscuité devient alors intimité. Pendant le jour, les couples jouent à cache-cache, galopant dans les forêts d'algues. Mais la nuit tombée, en amoureux, ils se rapprochent. A l'aube, chaque matin, la femelle entame les premiers pas de la danse de séduction, montrant ainsi sa fidélité et son attachement à son compagnon. Si elle n'obtient pas de réponse, elle tente sa chance avec un partenaire plus fougueux ou plutôt plus entiché. La parade peut démarrer également à l'initiative du garçon. C'est qu'avec la pleine lune, les tentatives d'accouplement se font plus frénétiques ! Amoureux, alors l'étalon exhibe ses attributs virils. Il gonfle démesurément sa poche pour une danse du ventre endiablée afin d'envoûter sa partenaire. Pour mieux attirer son attention, il caracole, tête bien haute, agité de soubresauts. Si le ventre du prétendant charme la pouliche aquatique, elle craque et cède à ses avances en calquant ses mouvements sur ceux du séducteur. Elle est prête à passer à l'acte car ici comme sur Terre, les femelles mènent le bal. Virevoltant, ils valsent enlacés avant de s'accoupler, bien que la procédure varie en fonction des préférences de chacun. Si certains passent des heures à transférer les œufs de la poche de la femelle à celui du mâle, d'autres y réussissent du premier coup. Danser sur le même pas est crucial dans la reproduction. Et le temps d'une valse, elle engrosse le mâle !

Contrairement à ce que l'on pouvait attendre, la femelle, les pieds toujours sur Terre, n'est pas belliqueuse s'il y a pénurie de pères. En revanche, ceux-ci, jaloux, se battent, donnent des coups de sabots, pardon des coups de têtes au postulant. Les perdants manifestent leur soumission en abandonnant leurs couleurs et en se prosternant au sol. Quitte à revenir à la charge après cet affront. Comme tous les mâles de la planète !
Les œufs ne sont jamais visibles. Le sperme non plus, ce qui semblerait indiquer qu'il est émis à l'intérieur de la poche. Après une période d'incubation qui varie de 21 à 26 jours, le père donne enfin naissance à une centaine de bébés hippocampes, ouvrant grande sa poche pour les laisser barboter. Cette expulsion s'effectue de mouvements de flexion, le papa donne de vigoureux coups de queue et des ruades pour faciliter la délivrance. Mais il a, aussi, des satisfactions. Dès la sortie de la poche du petit dernier, le premier baiser est pour l'heureux papa. Que du bonheur !
De nombreux jeunes naissent au lever du jour ou aux premières heures de la journée. Tels des naufragés, les nouveau-nés se raccrochent au premier brin d'algue qui se trouve à portée. Ils s'y fixent pour plusieurs semaines, se nourrissant de zooplancton, avant d'élire domicile un peu plus bas. La pouponnière sous-marine est vaste, peuplée de méchants loups de mer, heureusement le nourrisson, très craintif, dispose d'un herbier d'algues marines pour jardin. Ils seront prêts à se reproduire l'année suivante, mais il leur faudra encore 2 ans avant d'atteindre leur taille adulte.
En Languedoc, l'étang de Thau abrite une colonie de petits chevaux estimée entre 3 000 à 5 000 individus. Un gage de la qualité des eaux de la lagune troublées seulement de temps à autre par le ruissellement lors des épisodes pluvieux. Une volonté commune se déploie autour de l'étang pour éradiquer définitivement ce problème.
Sosie du cavalier du jeu d'échec, superbe créature aquatique, l'hippocampe est devenu l'emblème du bassin de Thau.

La sardine de chez nous

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

      En Catalogne on adore incontestablement les animaux. Ne rigolez pas ! Sur les piémonts du Vallespir, il y a très longtemps, l'ours est chassé jusqu'à l'extermination, même si on le fête de nos jours, à Collioure un tonneau de chêne est le tombeau de l'anchois, en Salanque l'escargot en bave et sur la côte, au Barcarès la sardine meurt oppressée dans une cagette de bois.

Il y a bien pire comme destin, la dernière finit sur la braise de sarments en divers endroits de Catalogne, tantôt sur la plage de Banyuls, tantôt sous les murailles médiévales de Tossa de Mar ou encore à Pia, sous les platanes centenaires de Notre Dame de la Salut, antique chapelle perdue dans une mer de vignes. Et, pas seulement que le week-end de Pâques !
Tant de fois je suis allé lorsque la nuit fait place au jour, sur les ports de notre région pour saluer l'arrivée en enfilade des chalutiers, qu'il m'est bien agréable de mettre en évidence ce poisson. Les relents iodés se propagent au fur à mesure que les bateaux, les ponts surchargés, s'amarrent le long des débarcadères puis les matelots se transmettent de main en main les cagettes de bois qui s'entassent sur le quai, couvertes d'une pincée de glace pilée au milieu de pêcheurs, mareyeurs ou curieux dont je fais partie.
Ce n'est pas une galéjade, chez nous, ce petit poisson n'a jamais bouché, un port même au printemps, lorsque gonflée de protéines, de vitamines, bourrée d'oméga, il titille le sommet de sa maturité.
Ce poisson emblématique du golfe du Lion a soulagé pendant des siècles l'estomac de ses riverains. La sardine grillée est plus un plaisir simple qu'une recette, un poisson savoureux, qui, braisé se déguste en famille, entre amis avec un bon verre de vin du pays. Elle devient une gourmandise estivale sans égale. Les maitresses de maison sont ravies ! Les assiettes, les fourchettes et couteaux d'argent que tante Gertrude avait offert le lendemain de la grande guerre sont dans ce cas superflues, et, le papier journal remplace avantageusement les serviettes de table brodées.
Puisque nous arrivons à la saison à laquelle la sardine de chez nous est au mieux de sa forme, j'ai envie de vous en parler. Raconter l'histoire de ce beau poisson vif comme l'éclair, raconter l'histoire est un bien grand mot, plutôt divulguer un secret de polichinelle. Comme tous les poissons bleus de Méditerranée, on parlera de la sardine au passé tant les réserves s'amenuisent !
Les sardines vivent en banc qui rassemble plusieurs milliers, voire des millions d'individus qui ont la même taille. Le banc est un moyen efficace de se protéger des ennemis jurés sauf des pêcheurs qui d'un seul coup de filet peuvent remonter la totalité du banc à bord du bateau. Lorsqu'un gros prédateur, un requin ou un dauphin par exemple attaque, le groupe s'enfuit dans tous les sens, laissant le prédateur désorienté. Le temps, quelques secondes, gagné par cette astuce est précieux pour s'échapper. De plus, quand ils sont près de la surface de l'eau, la masse argentée renvoie, comme un miroir, la lumière ce qui gêne considérablement le maraudeur. Cette subtile façon de vivre en communauté possède d'autres avantages. Notamment pour se reproduire facilement car les rencontres sont aléatoires dans l'immensité des océans. Mâles et femelles n'ont aucun mal à trouver le partenaire pour perpétuer l'espèce. De plus les femelles pondent toutes au même endroit, ce qui permet aux alevins de s'organiser en banc dès leur plus jeune âge.
Encore plus étonnant, les sardines qui se déplacent en bande organisé, je veux dire en banc, se protègent contre les prédateurs marins et les oiseaux par la couleur de leur physionomie. Leur dos est bleu sombre et leur ventre argenté. Vu d'en dessous, ils se confondent avec les vaguelettes et la lumière que déchire les éclairs de clarté ; vus d'en haut, ils se fondent et se confondent dans l'immensité bleue.
Les compagnies de pêche industrielle déjouent toutes ses astuces naturelles. Les grands moyens sont employés au point d'éradiquer pour toujours cette ressource que nos anciens pensaient éternelles. La pêche artisanale qu'ils pratiquaient n'a plus rien à voir avec les temps modernes où l'argent est le moteur qui néglige excessivement le développement durable que faisaient naturellement nos ancêtres
Les observations de l'Ifremer alarment les paysans de la mer, les écologistes ou tout simplement les amoureux de notre poisson emblématique. L'exploitation industrielle a provoqué un spectaculaire effondrement des populations. Les ports du Golfe du Lion peuvent, chaque jour, témoigner de cette différence fondamentale. Les chalutiers débarquent dans les ports 13 300 tonnes en 2007, 3 600 tonnes en 2009, 750 tonnes en 2011, 630 tonnes en 2012. La sardine d'autrefois a pratiquement disparu de Nostra Mar et quelle misère chez le poissonnier lorsque l'on découvre sur l'étal la petite taille du bébé sardine à qui l'on n'a pas laissé le temps de découvrir son royaume, la mer !
Il se passe manifestement quelque chose d'inquiétant; pire, veut-on effacer du paysage maritime la belle sardine du golfe du Lion et  de Méditerranée, la sardine de chez nous ?