L'hippocampe de l'étang de Thau

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

29 avril 2016.        L'hippocampe est un poisson. Soit. Mais le petit cheval des mers est aussi un drôle de zèbre ! Et une rareté dans l'Univers maritime ! Chez ce poisson aux allures de pur-sang, lorsque la fièvre amoureuse est en lui, maternité et paternité, vont de pair, c'est un géniteur qui accouche. Les colonies d'hippocampes vivent souvent en couple et lorsque la parade des amours approche ils ne se quittent plus. La promiscuité devient alors intimité. Pendant le jour, les couples jouent à cache-cache, galopant dans les forêts d'algues. Mais la nuit tombée, en amoureux, ils se rapprochent. A l'aube, chaque matin, la femelle entame les premiers pas de la danse de séduction, montrant ainsi sa fidélité et son attachement à son compagnon. Si elle n'obtient pas de réponse, elle tente sa chance avec un partenaire plus fougueux ou plutôt plus entiché. La parade peut démarrer également à l'initiative du garçon. C'est qu'avec la pleine lune, les tentatives d'accouplement se font plus frénétiques ! Amoureux, alors l'étalon exhibe ses attributs virils. Il gonfle démesurément sa poche pour une danse du ventre endiablée afin d'envoûter sa partenaire. Pour mieux attirer son attention, il caracole, tête bien haute, agité de soubresauts. Si le ventre du prétendant charme la pouliche aquatique, elle craque et cède à ses avances en calquant ses mouvements sur ceux du séducteur. Elle est prête à passer à l'acte car ici comme sur Terre, les femelles mènent le bal. Virevoltant, ils valsent enlacés avant de s'accoupler, bien que la procédure varie en fonction des préférences de chacun. Si certains passent des heures à transférer les œufs de la poche de la femelle à celui du mâle, d'autres y réussissent du premier coup. Danser sur le même pas est crucial dans la reproduction. Et le temps d'une valse, elle engrosse le mâle !

Contrairement à ce que l'on pouvait attendre, la femelle, les pieds toujours sur Terre, n'est pas belliqueuse s'il y a pénurie de pères. En revanche, ceux-ci, jaloux, se battent, donnent des coups de sabots, pardon des coups de têtes au postulant. Les perdants manifestent leur soumission en abandonnant leurs couleurs et en se prosternant au sol. Quitte à revenir à la charge après cet affront. Comme tous les mâles de la planète !
Les œufs ne sont jamais visibles. Le sperme non plus, ce qui semblerait indiquer qu'il est émis à l'intérieur de la poche. Après une période d'incubation qui varie de 21 à 26 jours, le père donne enfin naissance à une centaine de bébés hippocampes, ouvrant grande sa poche pour les laisser barboter. Cette expulsion s'effectue de mouvements de flexion, le papa donne de vigoureux coups de queue et des ruades pour faciliter la délivrance. Mais il a, aussi, des satisfactions. Dès la sortie de la poche du petit dernier, le premier baiser est pour l'heureux papa. Que du bonheur !
De nombreux jeunes naissent au lever du jour ou aux premières heures de la journée. Tels des naufragés, les nouveau-nés se raccrochent au premier brin d'algue qui se trouve à portée. Ils s'y fixent pour plusieurs semaines, se nourrissant de zooplancton, avant d'élire domicile un peu plus bas. La pouponnière sous-marine est vaste, peuplée de méchants loups de mer, heureusement le nourrisson, très craintif, dispose d'un herbier d'algues marines pour jardin. Ils seront prêts à se reproduire l'année suivante, mais il leur faudra encore 2 ans avant d'atteindre leur taille adulte.
En Languedoc, l'étang de Thau abrite une colonie de petits chevaux estimée entre 3 000 à 5 000 individus. Un gage de la qualité des eaux de la lagune troublées seulement de temps à autre par le ruissellement lors des épisodes pluvieux. Une volonté commune se déploie autour de l'étang pour éradiquer définitivement ce problème.
Sosie du cavalier du jeu d'échec, superbe créature aquatique, l'hippocampe est devenu l'emblème du bassin de Thau.

La sardine de chez nous

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

      En Catalogne on adore incontestablement les animaux. Ne rigolez pas ! Sur les piémonts du Vallespir, il y a très longtemps, l'ours est chassé jusqu'à l'extermination, même si on le fête de nos jours, à Collioure un tonneau de chêne est le tombeau de l'anchois, en Salanque l'escargot en bave et sur la côte, au Barcarès la sardine meurt oppressée dans une cagette de bois.

Il y a bien pire comme destin, la dernière finit sur la braise de sarments en divers endroits de Catalogne, tantôt sur la plage de Banyuls, tantôt sous les murailles médiévales de Tossa de Mar ou encore à Pia, sous les platanes centenaires de Notre Dame de la Salut, antique chapelle perdue dans une mer de vignes. Et, pas seulement que le week-end de Pâques !
Tant de fois je suis allé lorsque la nuit fait place au jour, sur les ports de notre région pour saluer l'arrivée en enfilade des chalutiers, qu'il m'est bien agréable de mettre en évidence ce poisson. Les relents iodés se propagent au fur à mesure que les bateaux, les ponts surchargés, s'amarrent le long des débarcadères puis les matelots se transmettent de main en main les cagettes de bois qui s'entassent sur le quai, couvertes d'une pincée de glace pilée au milieu de pêcheurs, mareyeurs ou curieux dont je fais partie.
Ce n'est pas une galéjade, chez nous, ce petit poisson n'a jamais bouché, un port même au printemps, lorsque gonflée de protéines, de vitamines, bourrée d'oméga, il titille le sommet de sa maturité.
Ce poisson emblématique du golfe du Lion a soulagé pendant des siècles l'estomac de ses riverains. La sardine grillée est plus un plaisir simple qu'une recette, un poisson savoureux, qui, braisé se déguste en famille, entre amis avec un bon verre de vin du pays. Elle devient une gourmandise estivale sans égale. Les maitresses de maison sont ravies ! Les assiettes, les fourchettes et couteaux d'argent que tante Gertrude avait offert le lendemain de la grande guerre sont dans ce cas superflues, et, le papier journal remplace avantageusement les serviettes de table brodées.
Puisque nous arrivons à la saison à laquelle la sardine de chez nous est au mieux de sa forme, j'ai envie de vous en parler. Raconter l'histoire de ce beau poisson vif comme l'éclair, raconter l'histoire est un bien grand mot, plutôt divulguer un secret de polichinelle. Comme tous les poissons bleus de Méditerranée, on parlera de la sardine au passé tant les réserves s'amenuisent !
Les sardines vivent en banc qui rassemble plusieurs milliers, voire des millions d'individus qui ont la même taille. Le banc est un moyen efficace de se protéger des ennemis jurés sauf des pêcheurs qui d'un seul coup de filet peuvent remonter la totalité du banc à bord du bateau. Lorsqu'un gros prédateur, un requin ou un dauphin par exemple attaque, le groupe s'enfuit dans tous les sens, laissant le prédateur désorienté. Le temps, quelques secondes, gagné par cette astuce est précieux pour s'échapper. De plus, quand ils sont près de la surface de l'eau, la masse argentée renvoie, comme un miroir, la lumière ce qui gêne considérablement le maraudeur. Cette subtile façon de vivre en communauté possède d'autres avantages. Notamment pour se reproduire facilement car les rencontres sont aléatoires dans l'immensité des océans. Mâles et femelles n'ont aucun mal à trouver le partenaire pour perpétuer l'espèce. De plus les femelles pondent toutes au même endroit, ce qui permet aux alevins de s'organiser en banc dès leur plus jeune âge.
Encore plus étonnant, les sardines qui se déplacent en bande organisé, je veux dire en banc, se protègent contre les prédateurs marins et les oiseaux par la couleur de leur physionomie. Leur dos est bleu sombre et leur ventre argenté. Vu d'en dessous, ils se confondent avec les vaguelettes et la lumière que déchire les éclairs de clarté ; vus d'en haut, ils se fondent et se confondent dans l'immensité bleue.
Les compagnies de pêche industrielle déjouent toutes ses astuces naturelles. Les grands moyens sont employés au point d'éradiquer pour toujours cette ressource que nos anciens pensaient éternelles. La pêche artisanale qu'ils pratiquaient n'a plus rien à voir avec les temps modernes où l'argent est le moteur qui néglige excessivement le développement durable que faisaient naturellement nos ancêtres
Les observations de l'Ifremer alarment les paysans de la mer, les écologistes ou tout simplement les amoureux de notre poisson emblématique. L'exploitation industrielle a provoqué un spectaculaire effondrement des populations. Les ports du Golfe du Lion peuvent, chaque jour, témoigner de cette différence fondamentale. Les chalutiers débarquent dans les ports 13 300 tonnes en 2007, 3 600 tonnes en 2009, 750 tonnes en 2011, 630 tonnes en 2012. La sardine d'autrefois a pratiquement disparu de Nostra Mar et quelle misère chez le poissonnier lorsque l'on découvre sur l'étal la petite taille du bébé sardine à qui l'on n'a pas laissé le temps de découvrir son royaume, la mer !
Il se passe manifestement quelque chose d'inquiétant; pire, veut-on effacer du paysage maritime la belle sardine du golfe du Lion et  de Méditerranée, la sardine de chez nous ?

Les Chemins de nuit

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Les chemins de nuit. Sur l'étang de Bages-Sigean en pays d'Oc, chacun est patron-pêcheur ; seul maître de son « bétou », barque à fond plat se lovant paresseusement sur le bord de l'eau, patron de ses filets en coton posés sur les tamaris, patron de ses trabacous, un piège affiné par l'expérience emmagasinée au fil des siècles. Ainsi le trabacou, immergé dans l'eau, composé de 3 poches (les cuiouletos) que 5 cercles de bois, bouches béantes, est disposé en « cœur », chacune de ses poches attachées à un piquet par une cordelette appelée le sinhal. Cette prison de mailles est traversée par la paladière, un autre filet qui débouche sur la poche principale du trabacou. C'est par lui que les anguilles sont invitées à se perdre dans les nasses.
Mais on pêche aussi, depuis la nuit des temps, muges ou dorades. La seule révolution notable du métier est venue, en aval, avec la commercialisation. De nos jours un camion collecte tous les 2 ou 3 jours les prises de tous les étangs de la région et partent via le réseau routier vers les marchés étrangers. Cette pêche est devenue plus rentable avec un écoulement continu ; en contrepartie, la ressource s'épuise plus vite.
Cette modification de la profession a fait disparaître les pêcheurs-viticulteurs qui l'après-midi ou lorsqu'ils ne sortaient pas, cultivaient leur arpent de vigne situé à proximité du bourg. Autrefois avec leur femme et un attelage ils filaient sous un ciel bleu et un soleil printanier vendre les anguilles dans les villages alentours.
Un vieux de la vieille, une barbe rebelle et une casquette de toile sur un crâne dégarni, les traits du visage profondément burinés par une vie passée sur l'étang où le soleil, le cers et le sel ont gravés leurs stigmates, partait, chaque fin de semaine avec son âne chargé de quelques kilos d'anguilles sur le chemin cabossé et empoussiéré qui conduit sur le parvis de l'imposante cathédrale Saint Just de Narbonne. Un pèlerinage initiatique disait-on au bord du ponton de bois où s'arrimaient les barques aux couleurs vives !
On raconte que vers 1900, les femmes de Bages, de Leucate, de Gruissan s'en allaient, le soir, à pied, vers Narbonne, Lézignan et autres agglomérations. Elles marchaient toute la nuit, dans la nuit noire; pour ne pas s'endormir, elles tenaient la queue d'un âne chargé de muges, de dorades, d'anguilles qui les accompagnait sur ces « camins dei peissounié », en français chemins des poissonniers. Un cheminement de nuit cadencé d'angoisse, de peine et de pauvreté. Autre temps, autres moeurs d'une époque où la vie était rude !

Le poisson ne voit pas l'hameçon, il ne voit que l'appât.

L'homme ne voit pas le péril, il ne voit que le profit.

Proverbe Mandchou

Un Mandchou est un habitant de Mandchourie, un vaste territoire au Nord-est de la

Chine et à l'Est de la Russie sur l'océan Pacifique.

Le puits de la poule à Manresa

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Le puits de la Poule.

Il y a longtemps, à Manresa, village proche de Barcelone vivait, avec son père, une fille prénommée Marisol. Orpheline de mère toute petite, elle coulait des jours heureux malgré l’absence d’affection de cette maman. Au bout de quelques années le destin bascula à nouveau quand son père s’est remarié avec une femme, Agustine, qui devint la marâtre de Marisol. La nouvelle venue n’était pas gentille avec la petite fille. Grondements et surcharge de travail est devenu le quotidien de Marisol. Pour une jeune adolescente, une vie pas facile! Voila qu’un jour Agustine va au marché de la place Major et achète une poule. Cette poularde était un peu bizarre, les couleurs de ses plumes étaient uniques, jamais on n’en avait jamais vu de pareilles. De retour à la maison, l’animal fut chouchouté en tout cas bien mieux que Marisol. Mais ce fut elle qui fut chargée de nourrir, de toiletter et de promener au moins une fois par jour la nouvelle pensionnaire. Mais voilà qu’un jour le drame survient. La poule fatiguée de sa captivité se détache de la corde et s’enfuit dans la nature. Marisol tente de la capturer, en vain, car la poule ne se laisse pas attraper et un malheur n’arrivant jamais seul, elle tombe malencontreusement dans un puits. Quand Marisol aidée par quelques villageois réussi à l’enlever de ce mauvais pas, la poule est déjà morte. Effrayée par la punition que va lui infliger sa marâtre, elle se mit à sangloter en récitant une prière à genoux. Saint Ignace de Loiala, créateur des Jésuites, qui passait par là, ému par le désespoir de cette jeune fille pieuse lui fait la promesse que la poule revivrait. Saint Ignace tint son engagement et le miracle eut lieu, la poule revint à la vie. A partir de ce jour, l’eau de ce puits est devenu miraculeuse, il servit à soigner des maladies de beaucoup de gens. Le puits eut un tel succès avec cette histoire qu’il dépassa largement les limites de la petite ville. Il sera baptisé le « Puits de la poule ».

Sant Galdric en Roussillon

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

 

Palau del Vidre honore l'histoire, petite ou grande, du village. Sant Galdric est mis en valeur avec bon goût et le Festival du Verre ranime chaque année son ancestral savoir-faire.

Saint Gaudérique ou Sant Galdric en Roussillon.Il y a très longtemps en Roussillon, lorsque la pluie n’assurait pas le minimum nécessaire, les agriculteurs « els pagésos » catalans se tournaient vers le ciel. Précisément vers Sant Galdric ou saint Gaudérique, patron des laboureurs et maître de la pluie. Il était particulièrement honoré dans nos petits villages lors des grandes processions estivales, en chantant les goigs (chants traditionnels catalans) en son honneur. Celui où on implorait sant Galdric est destiné à éloigner le spectre de la famine provoquée par la sécheresse qui risque de pénaliser durement toute une population par manque de récoltes. Les invocations ne se révélaient pas toujours efficaces! L’irrigation se substituait à la nature lorsque cette dernière ne fournissait pas aux périodes voulues l’eau dont les plantes et le sol avaient besoin, la sécheresse étant un véritable fléau pour certaines cultures. La terre irriguée porte le nom de régatiu, fertile et verdoyant, en opposition à l’aspre sec et plus aride. La valeur de la terre est proportionnelle à la possibilité d’arroser en partie ou à volonté. L’irrigation rend l’assolement inutile, il n’y a pas de jachère et au XXème siècle, elle permettra les productions maraîchères qui se développeront en cultures intensives à 3 et même parfois 4 récoltes par an. Ce qui fit la richesse et la notoriété du Roussillon ! Cette décennie d’abondance est, malheureusement, révolue !

 

El principi tots els canterets, fan l'aigua fresca.

Traduction en français

En principe tous les vantards font de l'eau fraîche.