Les Chemins de nuit

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

Les chemins de nuit. Sur l'étang de Bages-Sigean en pays d'Oc, chacun est patron-pêcheur ; seul maître de son « bétou », barque à fond plat se lovant paresseusement sur le bord de l'eau, patron de ses filets en coton posés sur les tamaris, patron de ses trabacous, un piège affiné par l'expérience emmagasinée au fil des siècles. Ainsi le trabacou, immergé dans l'eau, composé de 3 poches (les cuiouletos) que 5 cercles de bois, bouches béantes, est disposé en « cœur », chacune de ses poches attachées à un piquet par une cordelette appelée le sinhal. Cette prison de mailles est traversée par la paladière, un autre filet qui débouche sur la poche principale du trabacou. C'est par lui que les anguilles sont invitées à se perdre dans les nasses.
Mais on pêche aussi, depuis la nuit des temps, muges ou dorades. La seule révolution notable du métier est venue, en aval, avec la commercialisation. De nos jours un camion collecte tous les 2 ou 3 jours les prises de tous les étangs de la région et partent via le réseau routier vers les marchés étrangers. Cette pêche est devenue plus rentable avec un écoulement continu ; en contrepartie, la ressource s'épuise plus vite.
Cette modification de la profession a fait disparaître les pêcheurs-viticulteurs qui l'après-midi ou lorsqu'ils ne sortaient pas, cultivaient leur arpent de vigne situé à proximité du bourg. Autrefois avec leur femme et un attelage ils filaient sous un ciel bleu et un soleil printanier vendre les anguilles dans les villages alentours.
Un vieux de la vieille, une barbe rebelle et une casquette de toile sur un crâne dégarni, les traits du visage profondément burinés par une vie passée sur l'étang où le soleil, le cers et le sel ont gravés leurs stigmates, partait, chaque fin de semaine avec son âne chargé de quelques kilos d'anguilles sur le chemin cabossé et empoussiéré qui conduit sur le parvis de l'imposante cathédrale Saint Just de Narbonne. Un pèlerinage initiatique disait-on au bord du ponton de bois où s'arrimaient les barques aux couleurs vives !
On raconte que vers 1900, les femmes de Bages, de Leucate, de Gruissan s'en allaient, le soir, à pied, vers Narbonne, Lézignan et autres agglomérations. Elles marchaient toute la nuit, dans la nuit noire; pour ne pas s'endormir, elles tenaient la queue d'un âne chargé de muges, de dorades, d'anguilles qui les accompagnait sur ces « camins dei peissounié », en français chemins des poissonniers. Un cheminement de nuit cadencé d'angoisse, de peine et de pauvreté. Autre temps, autres moeurs d'une époque où la vie était rude !

Le poisson ne voit pas l'hameçon, il ne voit que l'appât.

L'homme ne voit pas le péril, il ne voit que le profit.

Proverbe Mandchou

Un Mandchou est un habitant de Mandchourie, un vaste territoire au Nord-est de la

Chine et à l'Est de la Russie sur l'océan Pacifique.

Le puits de la poule à Manresa

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Le puits de la Poule.

Il y a longtemps, à Manresa, village proche de Barcelone vivait, avec son père, une fille prénommée Marisol. Orpheline de mère toute petite, elle coulait des jours heureux malgré l’absence d’affection de cette maman. Au bout de quelques années le destin bascula à nouveau quand son père s’est remarié avec une femme, Agustine, qui devint la marâtre de Marisol. La nouvelle venue n’était pas gentille avec la petite fille. Grondements et surcharge de travail est devenu le quotidien de Marisol. Pour une jeune adolescente, une vie pas facile! Voila qu’un jour Agustine va au marché de la place Major et achète une poule. Cette poularde était un peu bizarre, les couleurs de ses plumes étaient uniques, jamais on n’en avait jamais vu de pareilles. De retour à la maison, l’animal fut chouchouté en tout cas bien mieux que Marisol. Mais ce fut elle qui fut chargée de nourrir, de toiletter et de promener au moins une fois par jour la nouvelle pensionnaire. Mais voilà qu’un jour le drame survient. La poule fatiguée de sa captivité se détache de la corde et s’enfuit dans la nature. Marisol tente de la capturer, en vain, car la poule ne se laisse pas attraper et un malheur n’arrivant jamais seul, elle tombe malencontreusement dans un puits. Quand Marisol aidée par quelques villageois réussi à l’enlever de ce mauvais pas, la poule est déjà morte. Effrayée par la punition que va lui infliger sa marâtre, elle se mit à sangloter en récitant une prière à genoux. Saint Ignace de Loiala, créateur des Jésuites, qui passait par là, ému par le désespoir de cette jeune fille pieuse lui fait la promesse que la poule revivrait. Saint Ignace tint son engagement et le miracle eut lieu, la poule revint à la vie. A partir de ce jour, l’eau de ce puits est devenu miraculeuse, il servit à soigner des maladies de beaucoup de gens. Le puits eut un tel succès avec cette histoire qu’il dépassa largement les limites de la petite ville. Il sera baptisé le « Puits de la poule ».

Sant Galdric en Roussillon

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Palau del Vidre honore l'histoire, petite ou grande, du village. Sant Galdric est mis en valeur avec bon goût et le Festival du Verre ranime chaque année son ancestral savoir-faire.

Saint Gaudérique ou Sant Galdric en Roussillon.Il y a très longtemps en Roussillon, lorsque la pluie n’assurait pas le minimum nécessaire, les agriculteurs « els pagésos » catalans se tournaient vers le ciel. Précisément vers Sant Galdric ou saint Gaudérique, patron des laboureurs et maître de la pluie. Il était particulièrement honoré dans nos petits villages lors des grandes processions estivales, en chantant les goigs (chants traditionnels catalans) en son honneur. Celui où on implorait sant Galdric est destiné à éloigner le spectre de la famine provoquée par la sécheresse qui risque de pénaliser durement toute une population par manque de récoltes. Les invocations ne se révélaient pas toujours efficaces! L’irrigation se substituait à la nature lorsque cette dernière ne fournissait pas aux périodes voulues l’eau dont les plantes et le sol avaient besoin, la sécheresse étant un véritable fléau pour certaines cultures. La terre irriguée porte le nom de régatiu, fertile et verdoyant, en opposition à l’aspre sec et plus aride. La valeur de la terre est proportionnelle à la possibilité d’arroser en partie ou à volonté. L’irrigation rend l’assolement inutile, il n’y a pas de jachère et au XXème siècle, elle permettra les productions maraîchères qui se développeront en cultures intensives à 3 et même parfois 4 récoltes par an. Ce qui fit la richesse et la notoriété du Roussillon ! Cette décennie d’abondance est, malheureusement, révolue !

 

El principi tots els canterets, fan l'aigua fresca.

Traduction en français

En principe tous les vantards font de l'eau fraîche.

Minerve, la cathare, vaincue par le soif.

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      En 1207, la croisade contre les Albigeois a débuté avec la bénédiction du pape Innocent III. Ce conflit est à l'origine d'une guerre particulièrement violente contre les hérétiques. Plusieurs villes mais surtout Béziers, furent le théâtre de combats impitoyables et sanglants. C'est à Béziers que fut énoncée par le comte Simon de Montfort la phrase historique: « tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens », c'est dire le degré d'incompréhension entre chrétiens en ce temps-là! Mais la chasse aux insoumis se poursuit dans toute la région. Bon nombre de cathares qui ont échappé au massacre se terrent à Minerve. Le bastion de Guilhem de Minerve accueillit fugitifs et refugiés, parmi lesquels des religieux cathares promis à une mort certaine pour hérésie. Posée sur un piton rocheux, la forteresse, entourée de profondes gorges et canyons creusés dans le causse par deux torrents en faisait une citadelle réputée imprenable. Il est vrai que sa situation géographique est exceptionnelle et que ses habitants pouvaient se sentir en sécurité sur ce nid d'aigle. Vers la Saint Jean 1210, avec le renfort de nouveaux croisés arrivés au printemps, Simon de Montfort déploie des moyens énormes pour conquérir Minerve et ses nombreux cathares. Difficilement prenable frontalement, il engage une stratégie militaire basée sur la durée et la patience. De nombreux hommes en armes s'installent sur les causses qui encerclent la place forte.
Le comte dispose de 3 perrières, redoutables pièces d'artillerie médiévale. Appelée aussi trébuchet, c'est la plus grosse machine de guerre de l'époque. La plus puissante, la Malevoisine, lance des projectiles de 150 kilos, elle a un rôle bien précis. Elle doit anéantir le chemin couvert qui permet aux habitants de s'alimenter en eau. Le puits saint Rustic se trouve adossé au pied de la citadelle dans le lit du torrent, protégé par une tour. Le pilonnage constant occasionne de nombreux dégâts cependant que les arbalétriers et archers déclenchent des tirs nourris pour empêcher tout mouvement des habitants. Les assiégés tentent une nuit de détruire cette machine destructrice. Surpris par des sentinelles, ils sont faits prisonniers. Pour montrer sa détermination, le comte utilisa la catapulte pour envoyer sur le village les têtes de deux soldats ennemis. Sous le bombardement incessant de la Malevoisine la tour s'écroule : le puits est détruit, enfoui sous les décombres. Un printemps sans pluie, un mois de juin chaud, une longue période de sécheresse fait que citernes et réservoirs se vident peu à peu. Seul un hypothétique orage peut allonger le siège. La pénurie est en vue. Les prières n'y font rien. Dans la cité, le moral est en berne. Après 6 à 7 semaines de siège, Guilhem de Minerve demande à négocier un accord. Simon de Montfort vint à bout des derniers résistants assoiffés. Aucun cathare n'ayant manifesté l'intention d'abjurer, malgré l'offre de Montfort de leur laisser la vie sauve, un bûcher fut dressé. 150 personnes environ, à l'exception de 3 femmes, se précipitèrent d'elles mêmes dans les flammes. Cette tragédie mis fin au siège de Minerve, haut lieu emblématique de la résistance cathare.

Ancien bastion médiéval, Minerve, pittoresque petit village de 125 habitants, au coeur du vignoble minervois et de la garrigue languedocienne figure parmi les plus beaux villages de France. Pendant la saison estivale, lorsque chantent les cigales, pas moins de 300 000 visteurs déambulent dans la cité cathare. 

Le vin, la mer et les vignerons-pêcheurs.

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Les vendangeurs sur les coteaux qui entourent Banyuls sur Mer en 1957.


Souvent, lorsqu'on est curieux de découvrir des civilisations lointaines, on s'extasie devant le travail accompli par les hommes habitant des villages nichés au creux d'étroites vallées, bordées de hautes montagnes. Au fond de ma mémoire défilent les paysages d'Asie où les hommes exploitent les rizières étagées, sur des flancs vertigineux où l'eau s'écoule d'un bassin à l'autre par un ingénieux système hydraulique. En Amérique du Sud, les lopins de terre enroulés sur le relief escarpé, l'eau apprivoisée circule de terrasses en terrasses pour donner la vie. Des paysages millénaires, de toute beauté, modelés par les premiers paysans afin d'arracher à cette terre, difficile et ingrate, leur subsistance.
Parfois, on prête moins d'attention aux merveilles qui nous entourent. En Roussillon, un petit pays au ciel toujours bleu, acculé sur les Pyrénées, longé par la Méditerranée, un paysage qui peut rivaliser avec bonheur aux beautés que nous admirons ailleurs. Une contrée, appelée Côte Vermeille, en bordure de l'arc méditerranéen, là où la montagne plonge sans remords dans les flots scintillants qui battent une côte sauvage perlée de caps érodés et de criques minuscules. Autrefois les hommes prélevaient leur nourriture dans l'inépuisable garde-manger de la mer, certes généreux mais capricieux.
Les Phéniciens puis les Grecs, peuples de marins et de marchands écument la Mare di terra. Les Grecs, au VI° siècle avant J-C, baptisent une petite anse, Portus Vénéris, le port de Vénus. Puis la civilisation romaine impose sa puissance. D'Ostie, le port de Rome, une armada de navires marchands vogue vers les pays autour de la Mare Nostrum. Sur la route maritime d'Ibèrie, les Romains créent des comptoirs à Narbo Martius en Gaule, à Emporiae, à Tarraco, à Barcino. Navigateurs expérimentés, lorsque le vent du Nord dépoussière rageusement le golfe du Lion, ils mettent à l'abri les bateaux chargés d'amphores à Portus Vénéris. Familiers de ce mouillage, les Romains s'installent conquis par ce décor authentique, illuminé par un soleil généreux. Dans leurs bagages, une culture et pléthore de savoir-faire. Ils vénèrent Bacchus dieu de la vigne et du vin, représenté avec un thyrse dans une main et une grappe de raisin dans l'autre. Forcément, le bon vin est la boisson préférée des nouveaux conquérants, d'ailleurs le bon nectar est l'objet d'un commerce florissant sur la Mare di Terra. Dans les cales des trirèmes, les Romains trimbalent des pousses d'oliviers et des plants de vignes ! Dès lors, les gens du cru deviennent pêcheurs-vignerons mais par-dessus tout, sculpteurs de la nature ! Lorsqu'il n'est pas raisonnable de défier la Méditerranée, les pêcheurs meublent leur temps à planter patiemment des plants de vigne sur les versants ardus des derniers contreforts des Albères, dessinant un environnement viticole de toute beauté. Ce vignoble lorgne l'horizon d'azur de la Méditerranée, face au vent d'Est qui apporte une pluie bienfaisante lorsqu'elle échoit finement sur un sol toujours assoiffé mais, parfois l'imprévisible climat méditerranéen ouvre ses vannes célestes copieusement et brutalement. En pays catalan, on dit «qué plau a samals» dont la traduction en français est explicite : il pleut à pleines comportes, c'est-à-dire plus que de raison ! Pressée de retourner à la mer, l'eau dégringole sur des pentes naturelles approchant parfois 20 %, ce déchaînement, cette impatience ravine le sol, creuse des ornières, dénude les racines des ceps, érode les parcelles. De calamités en adversités, l'expérience s'accumule ! Génération après génération, la réflexion, la persévérance des pêcheurs-vignerons à la faveur d'un opiniâtre labeur de préparation, de défrichage, de planification, l'aménagement des versants prend forme. Il faut choisir avec beaucoup d'attention et de soin le passage de l'agulla (la rigole) et els peus de gall (les pieds de coq). Puis succèdent les constructions des murets de pierre qui exigent des fondations penchées vers l'arrière, jusqu'à la roche pure enfouie parfois à 1 mètre de profondeur. Les cossols (fondation faites de gros cailloux) sont enterrés dans la terre. Pour achever ce travail de forçat, on répandait la terre dans chaque feixa (parcelle), entre les 2 murettes pour adoucir la pente. La moindre petite goutte de pluie, dès qu'elle touche le sol est canalisé, dirigé, freiné pour qu'elle soit douce avec la terre. Les agullas et els peus de galls sont pavés. Toutes les constructions sont réalisées en schiste, la pierre indigène. Ce système d'écoulement des eaux est unique. Il maîtrise efficacement l'érosion du sol. En pays Cathare, dans la vallée de l'Agly, dans le Confluent les garrigues gardoises, de nombreuses et diverses cultures étaient exploitées sur des terrasses construites avec des murettes mais le climat est différent et l'érosion est de moindre importance.
Sans l'intelligence, sans le sens d'observation, sans l'habileté, sans le courage, sans les outils adéquats, sans le mulet, indispensable compagnon de pénitence, sans le savoir-faire ancestral des gens de la terre, ce vignoble, aujourd'hui terroir réputé, n'aurait jamais existé. Si durant des siècles, des générations d'hommes obstinés, se sont acharnés à façonner les feixas, les murets, répéter inlassablement les mêmes gestes, tracer un réseau de rigoles pour évacuer l'eau, c'est qu'ils devinaient que ce terroir serait reconnaissant. Et il l'est !
La tour de Madeloc (XIII° siècle) perchée sur un éperon à 656 mètres d'altitude, contemple au fil de la journée les couleurs changeantes de la Méditerranée, à ses pieds s'étale un amphithéâtre dont les parures défilent avec les saisons. Un ouvrage, fruit d'un labeur pharaonique accompli dans la sueur, le sang et la douleur. Tant que les hommes et les femmes cultivent, jour après jour ce terroir, ce tableau enchantera nos yeux et nos cœurs !
Ces paysages sont notre mémoire et notre avenir. Notre mémoire parce qu'ils sont façonnés par des générations d'hommes et de femmes, notre avenir car leurs qualités sont devenues des atouts du développement économique.


Le vin, c'est la lumière du soleil captive dans l'eau.

Galilée, illustre astronome italien (1564-1642).