La lessive, la blanchisseuse et le joug.

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Une blanchisseuse à l'aide d'un joug transporte deux seaux lourds de linge encore humide. Photo de 1960.

La lessive, corvée ingrate de nos arrières-grand-mères.

Chez les notables ou chez les fermiers ce sont des blanchisseuses professionnelles qui décrassaient le linge. Dans les familles plus humbles, la maîtresse de maison était chargée de cette tâche arassante. Le linge était disposé dans une lessiveuse avec une mixture d'eau et de cendres de bois ce qui restituait "au blanc" son éclat. Le petit linge de couleur était toiletté séparément dans un baquet en bois rempli d'eau chaude, lessivé au réputé savon de Marseille, puis frotté délicatement à l'aide d'une brosse sur une planche. L'ensemble, mis dans une bassine, prenait alors le chemin du lavoir communal. Là, en commentant les dernières nouvelles du village, pas forcément méchantes, les lavandières rinçaient dans les bassins d'eau chantante et limpide. Il arrivait que certains villages ne possédant par de lavoirs, c'est au fil du courant du ruisseau ou à la rivière que se faisait le rinçage. La meilleure place se trouvait évidemment en amont qui ne pouvait recevoir l'eau déjà utilisée et chargée de savon. Le linge était tordu et battu à l'essorage. De retour à la maison, l'étendage sur l'herbe au milieu du pré donnait une douce fraîcheur printanière et un parfum naturel. A cette époque ce que l'on nommait "la grande lessive" avait lieu deux fois par an, parfois une seule fois. Ce rendez-vous annuel mobilisait alors toute la famille. Propres, repassés, parfumés de plantes sauvages odorantes, les draps, couvertures, manteaux, pantalons, chemises et vêtements féminins étaient rangés dans les armoires, prêts à être utilisés à la prochaine saison. 

Bateau-lavoir sur la Saône.

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15 juin 2016.           Un bateau-lavoir amarré sur un quai de la Saône face à l'église St Gorges à Lyon. Jadis dans la région lyonnaise un bateau-lavoir s’appelait aussi une « platte ». Le Rhône et son affluent la Saône qui traversent Lyon de part en part, étaient jalonnés à intervalles réguliers de ce type d’embarcation ce qui rendez de précieux services aux lavandières de la villePhoto de 1951. 

Lavoir du Massif Central

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Beaucoup de laveuses au lavoir d'un village de montagne au sud du Massif Central vers 1890.

 

Bateau-lavoir et lavandière sur la Garonne.

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Bateau-lavoir fixé sur les berges de la Garonne à Agen (Lot et Garonne).

Le bateau-lavoir privé avait un certain confort réservé aux classes aisées, pas aux clientes désargentées. La Garonne proposait beaucoup de places. Au second plan, le célèbre pont-canal d'Agen long de 539 m dont la première pierre fut posée en 1839  et mis en service 10 ans plus tard, en 1849.  Photo 1890 environ.

30 avril 2016.            L’origine des bateaux-lavoirs remonte au moins pour les lavoirs parisiens, à l’époque du bon roi Henri IV. Au XIX° siècle, des établissements garnissent les berges de toutes les villes importantes traversées par un fleuve ou une grande rivière. La plupart appartiennent à des entrepreneurs privés. Comme ce sont des financements propres et qu’ils rendent de grands services aux citadins, les maires encouragent leurs installations. Elles évitent les aménagements rudimentaires des lavandières qui ont l’habitude de créer de petites avancées avec des matériaux divers qui se trouvent à proximité, surtout très dangereux et véritables écueils pour les embarcations lorsque les eaux montent.

Les grandes villes possèdent une armada impressionnante sur la partie urbaine reliée à la berge par des passerelles, les villes moyennes en comptent 2 ou 3. Les blanchisseuses et ménagères sont sûres de trouver un emplacement à bon marché car la concurrence est vive. Outre leur capacité d’accueil, le service garantit une eau toujours courante, abondante et salubre. Souvent les municipalités négocient les emplacements à des repreneurs privés, exigeant que l’accès soit gratuit pour les ménagères.
Les bateaux-lavoirs sont construits en bois, à l’exception de la toiture en zinc, un plancher en madrier recouvre le fond plat qui met les femmes à l’abri de l’eau, un large couloir parcours l’intérieur avec de chaque côté une rangée de places. Le coulage du linge se situe à l’extrémité de l’embarcation. Les grosses entreprises, mettent sur le marché des bateaux- lavoirs dont capacité d’accueil est de 250 laveuses, avec un étage servant de séchoir. Ils se modernisent progressivement et offrent à leurs clientes toutes les commodités nécessaires.
Nombre d’inconvénients pénalisent les entreprises. Les inondations et les glaces les rendent impraticables pendant quelque temps. Il est arrivé qu’ils soient emportés par les eaux lors de violentes crues, se brisant contre une pile de pont. Ces accidents restent heureusement exceptionnels.
D’autre part, le long des berges habite généralement une population aisée, propriétaires de belles bâtisses qui acceptent difficilement de tels mastodontes. Ils avancent des arguments : le vacarme des battoirs, le va-et-vient des clientes ainsi que les émanations nauséabondes des vapeurs de charbon dérangent leur quiétude. L’exposition du linge, les matériaux du lavoir, tonneaux, brouettes encombrent les quais, ce qui gênent les promenades et détruit le charme des cours d’eau. L’exaspération des propriétaires dégénère parfois en ressentiment des classes.
Ces nuisances s’accompagnent de danger de se baigner dans des eaux souillées par les impuretés du linge ; on y contacte facilement les germes de la fièvre typhoïde ou de la variole et ce danger menace toute la population dès lors que le fleuve sert à l’alimentation de la ville.
Mais l’entrave à la navigation fluviale est un autre problème de première importance. Les grandes dimensions, les amarres et les hautes cheminées encombrent le chemin de halage et gênent la navigation fluviale. Une péniche chargée à ras bord de bois, de charbon ou de céréales n’est pas facile à piloter et les mariniers s’épuisent à de dangereuses manœuvres pour éviter des accidents. De violentes invectives arrivent aux oreilles des lavandières qui répondent du tac au tac ! L’exaspération enfle et devient générale ! La confédération de la batellerie réclame la suppression.
La solution à ses problèmes multiples est la construction de lavoirs sur la terre ferme mais à peine un projet est esquissé que les propriétaires des bateaux protestent avec véhémence. Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg deviennent le siège de querelles interminables. Malgré tout, une loi est votée et des aides financières permettent aux villes et villages de construire des lavoirs publics gratuits.
Si les bateaux-lavoirs parviennent tant bien que mal à prolonger sous couvert de nécessité sociale, leur disparition est inscrite dans la logique du progrès. D’abord, les lavoirs, fierté des communes, améliore nettement la corvée de lavage. Puis la généralisation des équipements ménagers à partir des années 1950 mettra un terme définitif à cette activité ! Le métier de blanchisseuse est également emporté par la vague du modernisme au grand soulagement de toutes les femmes.
La propreté des eaux fluviales y gagneront énormément en qualité bien qu’une autre pollution sournoise prendra le relais. Mais cela est l’histoire fortement stressante d’une autre génération !