Lavoir du Massif Central

Écrit par Super User. Publié dans Lavoirs.

Beaucoup de laveuses au lavoir d'un village de montagne au sud du Massif Central vers 1890.

 

Bateau-lavoir et lavandière sur la Garonne.

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Bateau-lavoir fixé sur les berges de la Garonne à Agen (Lot et Garonne).

Le bateau-lavoir privé avait un certain confort réservé aux classes aisées, pas aux clientes désargentées. La Garonne proposait beaucoup de places. Au second plan, le célèbre pont-canal d'Agen long de 539 m dont la première pierre fut posée en 1839  et mis en service 10 ans plus tard, en 1849.  Photo 1890 environ.

30 avril 2016.            L’origine des bateaux-lavoirs remonte au moins pour les lavoirs parisiens, à l’époque du bon roi Henri IV. Au XIX° siècle, des établissements garnissent les berges de toutes les villes importantes traversées par un fleuve ou une grande rivière. La plupart appartiennent à des entrepreneurs privés. Comme ce sont des financements propres et qu’ils rendent de grands services aux citadins, les maires encouragent leurs installations. Elles évitent les aménagements rudimentaires des lavandières qui ont l’habitude de créer de petites avancées avec des matériaux divers qui se trouvent à proximité, surtout très dangereux et véritables écueils pour les embarcations lorsque les eaux montent.

Les grandes villes possèdent une armada impressionnante sur la partie urbaine reliée à la berge par des passerelles, les villes moyennes en comptent 2 ou 3. Les blanchisseuses et ménagères sont sûres de trouver un emplacement à bon marché car la concurrence est vive. Outre leur capacité d’accueil, le service garantit une eau toujours courante, abondante et salubre. Souvent les municipalités négocient les emplacements à des repreneurs privés, exigeant que l’accès soit gratuit pour les ménagères.
Les bateaux-lavoirs sont construits en bois, à l’exception de la toiture en zinc, un plancher en madrier recouvre le fond plat qui met les femmes à l’abri de l’eau, un large couloir parcours l’intérieur avec de chaque côté une rangée de places. Le coulage du linge se situe à l’extrémité de l’embarcation. Les grosses entreprises, mettent sur le marché des bateaux- lavoirs dont capacité d’accueil est de 250 laveuses, avec un étage servant de séchoir. Ils se modernisent progressivement et offrent à leurs clientes toutes les commodités nécessaires.
Nombre d’inconvénients pénalisent les entreprises. Les inondations et les glaces les rendent impraticables pendant quelque temps. Il est arrivé qu’ils soient emportés par les eaux lors de violentes crues, se brisant contre une pile de pont. Ces accidents restent heureusement exceptionnels.
D’autre part, le long des berges habite généralement une population aisée, propriétaires de belles bâtisses qui acceptent difficilement de tels mastodontes. Ils avancent des arguments : le vacarme des battoirs, le va-et-vient des clientes ainsi que les émanations nauséabondes des vapeurs de charbon dérangent leur quiétude. L’exposition du linge, les matériaux du lavoir, tonneaux, brouettes encombrent les quais, ce qui gênent les promenades et détruit le charme des cours d’eau. L’exaspération des propriétaires dégénère parfois en ressentiment des classes.
Ces nuisances s’accompagnent de danger de se baigner dans des eaux souillées par les impuretés du linge ; on y contacte facilement les germes de la fièvre typhoïde ou de la variole et ce danger menace toute la population dès lors que le fleuve sert à l’alimentation de la ville.
Mais l’entrave à la navigation fluviale est un autre problème de première importance. Les grandes dimensions, les amarres et les hautes cheminées encombrent le chemin de halage et gênent la navigation fluviale. Une péniche chargée à ras bord de bois, de charbon ou de céréales n’est pas facile à piloter et les mariniers s’épuisent à de dangereuses manœuvres pour éviter des accidents. De violentes invectives arrivent aux oreilles des lavandières qui répondent du tac au tac ! L’exaspération enfle et devient générale ! La confédération de la batellerie réclame la suppression.
La solution à ses problèmes multiples est la construction de lavoirs sur la terre ferme mais à peine un projet est esquissé que les propriétaires des bateaux protestent avec véhémence. Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg deviennent le siège de querelles interminables. Malgré tout, une loi est votée et des aides financières permettent aux villes et villages de construire des lavoirs publics gratuits.
Si les bateaux-lavoirs parviennent tant bien que mal à prolonger sous couvert de nécessité sociale, leur disparition est inscrite dans la logique du progrès. D’abord, les lavoirs, fierté des communes, améliore nettement la corvée de lavage. Puis la généralisation des équipements ménagers à partir des années 1950 mettra un terme définitif à cette activité ! Le métier de blanchisseuse est également emporté par la vague du modernisme au grand soulagement de toutes les femmes.
La propreté des eaux fluviales y gagneront énormément en qualité bien qu’une autre pollution sournoise prendra le relais. Mais cela est l’histoire fortement stressante d’une autre génération !

Lavoir de Païcherasse à La Palme (Aude)

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30 avril 2016.            Le lavoir de Païcherasse se situe à 1,5 km du centre de La Palme sur le chemin des salins de la lagune du même nom. Village cerné de vignes et d'oliviers passionnément entretenus, de buis, de thym odorants avec une lignée typiquement languedocienne. Et un lavoir en forme de "tablier d'eau" qui émerge de nulle part, engoncé au milieu de tamarins, de joncs et de roseaux indiciplinés, ballotés à tour de rôle par les vents de terre et de mer. Un lavoir façonné avec goût en pierres bleues extraites des carrières alentour. Cette réssurgence karstique livre une eau légèrement saumâtre avec une température constante à 18 degrés. Un don de la Nature que les hommes ont su embellir et...pour les lavandières de La Palme une avancée sociale et un outil qui a usé leur santé ! 

Lavandière solitaire sous les feuillus

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Sous les arbres, une lavandière solitaire fait sa lessive dans la Reyssouze une rivière lente et paisible qui arrose Bourg en Bresse. Photo de 1920.

Commérages et superstitions autour du lavoir

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Commérages. Après 1920, l'eau courante c'est l'hygiène publique qui gagne lentement du terrain. Même si beaucoup de villes et villages n'ont pas les moyens financiers d'installer le projet fontinal, le chemin du progrès est tracé.
Les fontaines fleurissent sur les points stratégiques des communes et les lavoirs publics connaissent un gros succès ! Sa commodité fonde son succès et ils deviennent rapidement le lieu de réunion préféré de la gente féminine.
Puisque l'homme va au café seul, la femme s'approprie le lavoir. En ville ou au village c'est le temple de la propreté dédié aux lavandières. Et si les hommes en font le lieu des ragots et railleries c'est qu'ils en sont exclus ! Dans ces maisons de l'eau, entre deux coups de battoir, résonnent des rires, des cris, c'est aussi toute l'actualité villageoise qui défile, qui annonce les bonnes nouvelles, les mauvaises aussi et, plus folkloriques, se propagent les cancans, plus ou moins revanchards !

Superstitions. Autrefois, vers 1850-1900, quand le linge était frotté au lavoir, on le mettait dans une grande cuve en bois posée sur une sorte de trépied : le cuvier. D'abord, la blanchisseuse déposait des morceaux de bois en croix dans le fond de la cuve, puis, par-dessus, de la cendre enveloppée dans un vieux drap. On ajoutait des brins de laurier et des oignons de lis pour que le linge sente bon.
Enfin, on rangeait le linge, d'abord les draps, puis les chemises, les torchons et les mouchoirs. A propos des chemises, la plus ancienne lavandière du quartier St Jacques à Perpignan divulguait qu'il fallait soigneseument les disposer sur le dos. Des superstitions s'attachaient aux lavandières. A cette époque il se disait que si la chemise avait le devant vers le fond de la pannière d'osier, c'est à dire vers la terre, cela signifiait que la personne qui portait cette chemise mourrait dans l'année. Ainsi, les voyageurs évitaient de nuit les rivières de peur de rencontrer des lavandières du Diable qui tordent les linceuls des trépassés.  

Ces croyances qui aujourd'hui prêtent à sourire, se répandaient pas seulement à Perpignan mais dans les grandes villes et surtout dans les campagnes du pays.