Sur & sous l'eau

Girona ou le fabuleux trésor.

Écrit par Super User. Publié dans Sur & sous l'eau.

Vous connaissez certainement Girona (Gérone en français), capitale de la Province de Girona, une belle ville de la Catalunyà. Située à 40 km de la Méditerranée à l’intérieur des terres, les pieds crottés de terre glaise, encerclée de champs d’oliviers et de chênes lièges...Et voilà que Girona, est le nom d'un bateau, d'une galéasse exactement. Voici son histoire

Les épaves à trésor ont toujours attisé l’imagination des plongeurs car c’est une suite logique  de l’activité sous-marine. L’émotion que procure la découverte d’une masse inerte est unique, puis la curiosité pousse à fouiner car il est certain que la mer cache des richesses considérables. En 1970, l’un des meilleurs spécialistes de la recherche d’épaves déclarait : la chasse aux trésors est un moyen efficace de se ruiner rapidement au prix d’efforts pénibles. Ce pionnier expérimenté savait de quoi il parlait car il avait cherché avec une équipe pendant 13 ans les fameux galions de la baie de Vigo et le trésor de Rommel. En vain !

S’il faut toujours un peu de chance, la réussite n’est pas le fait du hasard, loin s’en faut. L’obstination de ce baroudeur connut enfin le succès. Pour ce succès mirobolant 600 heures d’études d’archives minutieuses dans 5 pays différents ont été préalablement nécessaire. Je vous fais grâce des démarches administratives afin d’obtenir les autorisations de fouilles.

En 1588, Philippe II, le roi d’Espagne, lance contre l’Angleterre l’Invincible Armada, la flotte la plus puissante qu’on ait jamais vue. Parmi cette escadre se trouve une galéasse, robuste navire, qui attire mon attention immédiatement car elle porte le nom d'une ville catalane : Girona. La « Girona » sera, hélas, au centre d’une grande catastrophe en mer. La bataille navale s’engage, très violentes sont  les escarmouches. Les Anglais, toujours bons marins, résistent mieux que prévu, dans le camp opposé les sentiments de supériorité et les atermoiements au sommet du commandement espagnol fragilisent l’Invincible Armada et la détermination des adversaires oblige les Ibériques à battre en retraite. La flotte espagnole subit une défaite cinglante. Sur 130 navires, seulement 60 reviennent en Espagne, un affront, un désastre ! Lors de la déroute, 5 équipages avaient réussi à s’entasser sur la « Girona » pour échapper à la mort ou à l’ennemi. Hélas comble de malchance, une tempête précipita la galéasse contre les falaises irlandaises. Ce fut un effroyable naufrage par 10 mètres de fond. 

Depuis près de 400 ans, elle attendait de sortir de l’oubli enfouie sous le sable, les algues et les concrétions. Le chercheur d’épaves et ses équipiers dégageaient en 2 campagnes de fouilles rendues difficiles par la basse température, les reliques historiques de la galéasse : armes de guerre, canons en bronze, balles en plomb, couteaux, médaillons en or, de la vaisselle, des tessons et poteries parfois en fragments, divers instruments de navigation, astrabale, compas en bronze. Parmi les objets, le plus fragile fut une fiole de parfum et le plus émouvant une bague sans doute offerte la veille du départ par une fiancée à un bel hidalgo. Gravés sur l’or quelques mots en espagnol : No tengo mas que darte ; traduit en français c’est : je n’ai plus rien à te donner. Surtout un inestimable trésor composé de plus de 1 300 pièces d’or et d’argent, des pierres précieuses, des bijoux et des breloques en or massif de toutes sortes dont une chaîne pesant près de 2 kilos. Un butin fabuleux ! Ils sont tous conservés aujourd’hui au Musée National de l’Ulster à Belfast. Mais pour une réussite comme celui de la « Girona », combien faut-il compter d’échecs ?