Sur & sous l'eau

La flotte qui dort sous les eaux.

Écrit par Super User. Publié dans Sur & sous l'eau.

           Après 1914, le Japon obtint un mandat sur tous les archipels du Pacifique Nord avec l’accord de la Société des Nations (ex Nations-Unies). Ce pays profite de l’occasion pour installer une base aéronavale à Truck, un atoll parmi les 2 000 minuscules iles Carolines, un des meilleurs et des plus vastes mouillages naturels du monde, capable d’abriter la totalité de sa flotte. Au début de la guerre, les installations militaires sont améliorées, ses défenses renforcées, des abris pour sous-marins y sont aménagées, une base d’hydravions complète, de nouvelles pistes d’envol. Ce n’est jamais sans raison que les pays s’équipent de matériel militaire. Puis le monde s’embrase pour une longue et meurtrière Seconde Guerre Mondiale.

En février 1944, la guerre dans le Pacifique a pris une orientation favorable aux Alliés. Le destin de la deuxième guerre mondiale se joue là, composant un archipel dans le Pacifique. Le 7 décembre 1941, les japonais ont écrasé le gros de la flotte U.S à Pearl Harbor. Depuis, les américains ruminent une revanche. A l’aube du 16 février 1944, lorsque toutes les bonnes conditions sont réunies, l’aviation engage le combat au-dessus de l’île avec les chasseurs nippons. Ils en abattent 30 avant de reprendre leur formation et de piquer sur le terrain, détruisant tout ce qui se trouve sur les pistes ou devant les hangars. S’ensuit un pilonnage massif par les avions plus lourds. L’amiral en chef ordonne la fuite aux plus grosses unités pour  trouver refuge dans d’autres bases car les réserves sont encore nombreuses. Il reste dans le lagon de Truk et ses parages 2 croiseurs, 8 destroyers, plusieurs sous-marins, un certain nombre de petites unités de combat, environ 50 cargos et transport de troupes, près de 400 avions chasseurs et bombardiers, quelques hydravions.

Tout ce qui flotte, tout ce qui ressemble à du matériel militaire est envoyé par le fond, par l’aviation et l’artillerie de l’escadre qui se sont rapprochés de Truk. Les japonais ripostent par des sorties désespérées car leur aviation est supérieure en nombre. Peine perdue. Au bout de 2 jours et 1 nuit de bombardement incessant les pertes nippones sont très importantes : plus de la moitié des bateaux ont coulé ; les autres sont gravement endommagés ; leur aviation est définitivement hors de combat ; les trois quarts des installations et stocks sont anéantis. Le verrou a sauté, l’île ne représente plus de danger militaire, l’affront antérieur lavé mais à quel prix ? Quand la fureur humaine s’est enfin apaisée, le total des pertes humaines est un sujet tabou. Pour ne citer que lui, un gros cargo nippon promu transporteur de troupes avait à son bord, au moment où il a sombré, 2 000 fantassins !

Si les îles Carolines en Micronésie ne représente plus de danger au point de vue militaire, Truk et ses fonds marins, regorgent d’épaves qui reposent sur des coraux multicolores. Un extraordinaire panthéon, témoignage de la démence destructrice de l’homme. Certes la vie subaquatique a repris ses droits. La nature, à son rythme, revêt les carcasses de  métal corrodé donnant des formes fantasmagoriques aux canons, les algues recouvrent les échelles de coupée, une automitrailleuse disparaît sous les coquillages, les polypes  et madrépores, un avion coupé en 3 ou 4 tronçons dont l’hélice couverte de concrétions minérales, un masque à gaz, un fusil, un crâne humain, une bicyclette se remarquent sur un matelas de gros galets. D’innombrables espèces de poissons ont trouvé refuge dans les coursives éventrées ou se camouflent dans une cheminée démantelée car l’éternelle lutte pour la subsistance et pour la survie des espèces ne connaît pas de répit. Mille drames se manigancent dans le silence et le secret des profondeurs. Beaucoup plus inquiétant le cimetière sous-marin n’est pas accessible aux plongeurs. La sécurité est mise en avant. Des tonnes et des tonnes de munitions, d’explosifs, d’obus de gros calibres, des mines sous-marines emprisonnées, de produits toxiques sommeillent dans les cales des épaves. Rien ne dit qu’ils sont hors d’usage. Mais peut-être, aussi, pour d’autres raisons encore plus funestes car pour s’y rendre il faut des autorisations spéciales des autorités locales.

Un jour, le cimetière pourrait sauter provoquant une catastrophe écologique. Une minuterie égrène les jours, les mois, les années, seule la nature connaît le temps imparti pour déclencher un désastre écologique. Oui, 80, 90 ou 100 années après, peut-être davantage, ce jour-là, bonjour les dégâts !