Déjà les femmes du Kérala...

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

             C’est une affaire qui a débuté il y a une vingtaine d’années dans le petit hameau de Plachimada situé dans l’État de Kérala, au sud de l’Inde, une région très pauvre où 80 % de la population vit de l’agriculture. Une histoire où le droit à l’eau est menacé par un géant industriel de l’agroalimentaire. Dans cette province les précipitations sont abondantes. Il y a beaucoup de pluie, donc l’eau n’y est pas une rareté. C’est cette abondante ressource qui incite la multinationale Coca-Cola à s’installer pour la première fois en Inde en 1977, mais fut expulsée car elle refusait, contrairement à l’obligation légale, de publier la liste de ses ingrédients de fabrication. Elle ne respectait pas le contrat signé avec le Panchayat (instance locale du pouvoir) mais aussi, coupable de corruption et d’évasion fiscale. Le 23 octobre 1993 sous couvert de mondialisation, cette obligation tombe laissant aux holdings le droit d’investir librement là où la main d’œuvre permet un excellent rapport aux actionnaires de tous poils. Coca-Cola se réinstalle au même moment où Pepsi-Cola s’y implante aussi, attiré par ce marché alléchant, peuplé de 1 milliard 270 millions d’individus. Les deux « américaines » représentent 90 usines d’embouteillages qui sont en réalité des unités de pompages : 52 unités appartiennent à Coca et 38 à Pepsi. Chacune extrait entre 1 et 1,5 millions de litres d’eau par jour.Le Panchayat accorde sous conditions l’autorisation de puiser à l’aide d’électro- pompes puissantes mais Coca-Cola a très vite augmenté les prélèvements aspirant l’eau dans 6 nouveaux puits creusés dans son enceinte. Cette usine d’embouteillage sort des millions de bouteilles de Coca, Fanta, Sprite, Thums Up etc, d’eaux minérales et autres. En 2005, l’entreprise américaine pompait chaque jour 1,5 millions de litres d’eau et presque autant illégalement, bien que les autorités du Kérala aient négocié des contrats limitant le pompage de la ressource. Je précise qu’il faut 9 litres d’eau pour obtenir un litre de coca. Une année après  le démarrage de l’usine, les habitants de Plachimada se sont plaint du fait que l’eau auparavant excellente, n’était plus bonne à la consommation, ni pour cuisiner : elle est devenue saumâtre et d’un blanc laiteux. Dans les mois suivants une partie de la population du village et des environs souffrait de douleurs inhabituelles à l’estomac. Les agriculteurs constataient que dans leurs puits le niveau des nappes aquifères avait baissé, passant de 45 mètres à 150 mètres de profondeur, ils étaient également découragés car dans cette région appelée « le grenier à riz », les rendements avaient chuté de 10 à 20 %. Avant l’implantation de la multinationale les autorités avaient fait creuser 260 puits pour subvenir aux besoins en eau potable et pour l’irrigation agricole : presque tous asséchés ou fortement contaminés ! Il y a forcément une raison. Le lavage des bouteilles, opération vorace en eau, impliquait des substances chimiques et la boue contaminée qui en résulté était acheminée hors de la manufacture. Au départ les déchets étaient vendus comme fertilisants à des agriculteurs incrédules. Le ressentiment des utilisateurs se faisant croissant, la boue fut donnée gratuitement puis simplement déposée au bord de la route. Ces déchets fortement chargés en cadmium, plomb et toutes sortes de métaux lourds empoisonnaient les nappes phréatiques ! A la saison des pluies la dissémination des polluants dans les rizières, les canaux et les puits constituait une menace des plus sérieuses pour la santé publique. Des substances cancérigènes faut-il le rappeler ! La société américaine rejette toute responsabilité ; d’après elle, la présence de pesticides dans les nappes phréatiques n’était pas directement liée à ses activités mais par l’épandage de pesticides effectués par les agriculteurs sur les terres arables. Non content de voler l’eau de la collectivité, Coca-Cola a contaminé le peu qu’il en restait rejetant les eaux souillés dans les puits secs percés pour enfouir les résidus. Le pillage des nappes phréatiques par les multinationales de l’agro-alimentaire et les conséquences sanitaires dramatiques obligent les femmes de la localité à parcourir 15 km pour pouvoir continuer à s’approvisionner en eau propre. Courageuses, les femmes de la communauté de Plachimada, organisent des manifestations pour protester contre l’assèchement des nappes phréatiques. Elles s’attaquent à un géant de l’industrie mondiale. Chaque semaine, pendant un an, elles se rassemblent devant la porte de Coca-Cola. Coca-Cola, soutenu par le pouvoir central, est déterminé à se défendre, porte l’affaire devant la Haute Cour de la région. La révolte des femmes, cœur et âme du mouvement, est relayée par des juristes, des parlementaires, des scientifiques, des écrivains, la lutte s’étend à d’autres régions. Partout la protestation s’organise. Le 20 janvier 2005, dans toute l’Inde, des chaînes humaines se sont formées autour des usines Coca et Pepsi. Des tribunaux populaires ont notifié aux « hydro-pirates » l’ordre de quitter le pays. Ils dénoncent les privatisations de l’eau encouragées par la Banque mondiale. Et les juges ont pris une décision qui a fait date. Courageusement ils ont décrétés que l’eau était un bien public qui appartient aux communautés. Aucun intérêt commercial n’a le droit de s’approprier les ressources naturelles sans l’approbation des autorités locales. Peu respectueux, Coca-Cola perd la bataille et le droit de produire, en mars 2005, elle baisse le rideau !

L’histoire de ces femmes pauvres mais déterminées, dont la seule richesse étaient de posséder de l'eau naturelle d'excellente qualité, ont réussi à stopper les activités malhonnêtes de Coca- Cola dans un petit village indou doit beaucoup nous inspirer. 

Le cierge des noyés.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

        De nos jours, il est impensable de croire à l’efficacité de la méthode qu’employaient nos ancêtres pour retrouver un corps noyé.  Sans moyens et sans savoir-faire, ils s’en remettaient aux divinités religieuses, à la prière et au hasard.

On peut sourire de l’efficacité de cette pratique (les moyens techniques actuels permettent une recherche plus efficace), mais pas de sa longue existence car, on le sait, les traditions ont la vie dure chez les gens de l’eau. Cela rappelle une très ancienne croyance qui se pratiquait sur les voies fluviales : selon elle, pour retrouver le corps d’un noyé il suffisait de tracter dans le sillage d’une embarcation une sébile ou une grande écuelle qu’on laissait flotter avec un cierge planté dans une miche de pain béni. Le cierge s’éteint dès qu’on passe au-dessus du corps. Cette étrange superstition faisait encore parler d’elle en février 1959. Un quotidien dont je tairais le nom, réputé et enraciné dans le Nord de la France rapportait : « après l’échec des recherches des sapeurs-pompiers plongeurs, les parents d’une jeune fille tombée dans une écluse du canal de la Deûle, rivière-canal de la région du Nord-Pas de Calais, eurent recours à cette méthode d’exploration séculaire ».

Des Canadiens de l’Ontario français en parlent eux aussi : « ça faisait 7 jours qu’un innocent chérubin s’était noyé. Les recherches s’avéraient vaines. On a pris une miche de pain bénie sur laquelle on a fixé des chandelles, ensuite on l’a lâchée dans le courant et s’en est allée tout droit vers le lieu où l’enfant a chuté dans l’eau. Puis, elle s’est immobilisée et on a repêché le corps avec une gaffe.

Une pratique batelière oubliée que de rares clichés illustrent où l’on peut découvrir une péniche remorquer un canot d’appoint sur lequel dans une bassine brûlaient un ou plusieurs cierges.

Jadis, lorsque les hommes ne pouvaient interpréter rationnellement un phénomène ou un événement tragique, les croyances étaient aussi communes que le sont aujourd’hui les embarcations qui voguent sur les canaux de France ! 

Maître des pluies au Bénin.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

      Au Bénin, le Djiklonto-Djidonto (faiseur de beau temps-faiseur de pluie) possède le pouvoir magique d’arrêter la pluie ou de la faire tomber à verse. L’un ne va pas sans l’autre. Toutefois il est davantage sollicité pour le beau temps que pour la pluie. Le « faiseur de pluie » devient incontournable de mai à août, période de l’année où il pleut à torrent sur toute la partie méridionale du Bénin. De jour comme de nuit, c’est le temps des trombes d’eau. Pour le grand plaisir des paysans, de la faune et de la flore ! Par contre dans les villes, les organisateurs de spectacle, de représentations de théâtre, de rencontres sportives, de mariages, de funérailles et toutes sortes de manifestations doivent être placées sous le parapluie invisible du « faiseur de beau temps » pour éloigner toute surprise désagréable qui perturberait la cérémonie. La veille le- se présente sur les lieux de la manifestation, il « entre en communication » avec les divinités de la pluie, leur propose offrandes et sacrifices afin de conjurer le mauvais temps. Pendant toute la durée de l’événement il veille sur l’organisation, scrute le ciel à la recherche du moindre nuage, l’interpelle à grands gestes de bras et le refoule vers d’autres horizons. Si les offrandes et les sacrifices sont acceptés, la manifestation se déroule par beau temps à la satisfaction générale, et la fin de la cérémonie est saluée par un tonnerre d’applaudissements en guise de remerciements. Le Djidonto (faiseur de beau temps) reçoit en retour liqueurs, victuailles, argent, il gagne en notoriété dans le milieu. Si malgré lui, la pluie s’invite à la fête, le Djidonto (faiseur de pluie) n’a plus qu’à présenter ses excuses et quitter les lieux discrètement. La concurrence est rude et le Djiklonto-Djidonto n’a pas que des amis. Des rivaux peuvent contrarier son action en jouant eux aussi les Djidonto. Le phénomène-Djidonto ne laisse personne indifférent au Bénin, ni d’ailleurs en Afrique occidentale. En tout cas il partage le pays en deux  camps, celui de ses partisans et celui de ses détracteurs. Cependant les détracteurs sont les plus nombreux. À les entendre, les Djiklonto-Djidonto seraient des charlatans opportunistes dont les offres de services ne tournerait qu’autour des cérémonies, là où il y a de quoi manger et boire. Leurs prestations sont aussi très attendues quand il s’agit de contrer les pluies diluviennes et torrentielles, causes d’inondations catastrophiques, et d’autre part de faire cesser les sécheresses interminables. Hélas sur ces deux terrains, les Djiklonto-Djidonto brillent toujours par leur absence. Jadis notamment dans les villages, le Djiklonto-Djidonto régnait en maître absolu, sûr de sa science. Aujourd’hui, à coup de bulletins quotidiens, les services météo rassurent tout le monde sur les prévisions du temps présent et à venir, basées sur des explications scientifiques irréfutables des phénomènes atmosphériques. Dans un pays à fort taux d’analphabétisme comme le Bénin, chaque fois que la pluie s’invite en jouant les perturbatrices de cérémonie, on ne compte plus ceux qui pensent aux œuvres d’un Djiklonto-Djidonto. Dans ce pays, le Djikmonto-Djidonto fait partie du paysage culturel et professionnel au même titre que le puisatier ou la vendeuse d’eau à la criée. Et pour longtemps sa lecture de la météo locale continuera d’alimenter les palabres et diviser l’opinion! 

 

Le bavardage est écume sur l'eau,

l'action est goutte d'eau.

Proverbe : origine indéfinie. 

Gilgamesh, le premier plongeur.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

       Gilgamesh était un roi de Sumer qui désirait connaître le secret de la vie éternelle. Lors d’une conversation, Utnapihtim, demi-dieu, apprend à Gilgameh l’existence d’une plante magique qui ressemble à un églantier et qui comme un rosier pique avec ses épines. Quand vous avez saisi cette plante qui pousse sous l’eau, retournez chez vous. Mettez-là dans la cité fortifiée d’Ourouk parce que le peuple doit en manger. Tous ceux qui mangent de cette plante redeviennent jeunes ! C’est ce que croyaient les Sumériens et, écrit avec la pointe d’un roseau aiguisé en lettre cunéiforme sur une tablette d’argile, un des plus vieux récits de l’humanité. Quand il eut entendu ces mots, le roi se précipita à la mer, attacha de lourdes pierres à ses pieds et s’élança dans la profondeur de la mer, il saisit la plante miraculeuse, bien qu’elle le piqua cruellement, il détacha alors les pierres de ses pieds et avec la plante dans ses mains Gilgamesh émergea des flots comme le racontent les tablettes, il se dirigea vers la ville d’Ourouk où il avait sa maison. Il était très impatient de goûter la plante épineuse et d’offrir aussi ce trésor à son peuple. Mais Gilgamesh était un homme guetté par la malchance. Il eut mieux valu pour lui de manger la plante tout de suite. S’il l’avait fait, il serait devenu jeune dans l’instant. Mais ce qui arriva, selon la légende, fut qu’il se trouva fatigué de son voyage de retour, qu’il décida de prendre un bain rafraîchissant dans un petit étang le long du chemin. Il laissa son trésor sur le bord, et quand il y revint, il trouva une peau de serpent vide étendue là où il avait laissé la plante. Le serpent avait fait un excellent repas, rajeunit et s’en alla en laissant sa vieille peau derrière lui. Il me semble qu’Utnapishtim n’a pas tout dit à Gilgamesh car la mer contient beaucoup de choses plus précieuses que la plante épineuse dont il espérait obtenir une éternelle jeunesse. Ces trésors sont cachés, parfois profondément, dans l’eau de mer : les animaux étranges, les poissons, les algues, le pétrole, le gaz, les minerais. Déjà depuis l’Antiquité, l’homme a tenté d’extraire les trésors des profondeurs et d’en user pour lui-même. Mais les curieux descendants modernes de Gilgamesh, ont remplacé ses "pierres lourdes" par des palmes en caoutchouc, des "bouteilles", des sous-marins, des bathyscaphes, et même des maisons sous-marines. Aujourd’hui l’homme est capable d’explorer les plus profonds des océans. Cependant pour le faire, il lui faut une grande variété d’équipements : bateaux océaniques, caméras de télévision et par des stations sous-marines équipées d’appareils scientifiques. Dans les régions de hauts fonds de la mer, pourvu simplement d’un masque, de palmes en caoutchouc, et d’un réservoir à air sur le dos il peut se déplacer librement, sans être gêné par la pesanteur. Cinq mille ans se sont écoulés entre le premier plongeur connu, le roi Gilgamesh, et un plongeur de nos jours muni d’un appareil respiratoire à mélange d’oxygène et d’hélium.

Collecte de l’eau de pluie.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

              Les Sundarbans est une région de l’Inde constituée de vastes îles entre lesquelles s’entrelacent, comme une toile d’araignée, les bras du Gange. L’eau douce du fleuve sacré se perd dans l’eau saumâtre du golfe du Bengale. Un écosystème exceptionnel qui lui vaut d’être classé au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987. Ses 102 îles sont habitées par 4 millions d’Indous qui doivent vivre avec une aridité sévère ou avec un excédent d’eau.

Depuis longtemps les autochtones creusent de petits bassins. La terre extraite sert à  surélever la maison pour se protéger des inondations fréquentes lors de la saison des pluies dans cette région située juste au-dessus du niveau de la mer. Les réserves d’eau permettent de subvenir à certains besoins domestiques tels les bains, les lessives ou encore l’élevage de quelques poissons. Jamais ces petites réserves n’étaient utilisées pour quelconque activité commerciale ou pour irriguer les champs.

La pluie tombe pendant les 4 mois de la mousson, de juin à septembre, ce qui permet le remplissage, ensuite plus rien, la sécheresse absolue en attendant la prochaine saison des pluies. Généralement les paysans réalisent une seule récolte après la saison des pluies mais il est difficile de boucler l’année, leurs besoins et ceux de la population sont largement supérieurs. Partir à Calcutta grossir les bidonvilles misérables de la capitale semble la meilleure solution. Ce n’est que pure illusion, les conditions de vie sont exécrables, encore plus dures car la chaleur et la solidarité familiale font grandement défaut.

Depuis les années 2000, pour éviter les migrations vers la mégapole de Calcutta, les dirigeants d’une association locale prônent le creusement de bassins pour l’agriculture en consacrant un tiers de la surface agricoles à des cuvettes collectives profondes de 3 mètres et de la surface d’une moitié de terrain de football. L’association organise des foires agricoles pour convaincre les paysans de l’intérêt des bassins de collecte de l’eau de pluie, démontrant que le système préconisé autorise 2 récoltes par an. Mais la plupart sont des excavations individuelles qui ne mesurent pas plus de 10 mètres de large. La terre sert à surélever la parcelle de un mètre environ. Le terrain, ainsi protégé des inondations, produit diverses cultures : des légumes, du riz, des fruits ou encore de la nourriture pour le bétail. Il contribue aussi à réduire l’érosion de la terre arable pendant les fortes pluies. 

Bien exploité, un terrain permet d’assurer les besoins alimentaires d’une famille d’une vingtaine de personnes pour un coût d’environ 4 000 euros. Les frais d’entretien sont minimes. Un autre avantage. Chaque trou fournit du travail à 50 terrassiers pendant un mois contribuant ainsi à l’activité économique dans une région parmi les pauvres de l’Inde.

Constatant le succès de l’opération, le gouvernement indien a lancé en 2007 un programme qui prend le relais grâce à un prêt 20 millions d’euros accordé par la Banque asiatique de développement. L’objectif est d’atteindre 50.000 bassins. En 2010, 15 000 réservoirs étaient déjà creusés.