Histoires du monde

Offrandes et injures.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

                Il n’y a que les très vieux livres pour garder en mémoire les mythologies, tantôt bienfaisantes, tantôt malveillantes, pour raconter les pratiques ancestrales qu’entretenaient sur tous les continents les hommes avec les poissons d’eau salée, saumâtre ou douce.

Au Sénégal, les pêcheurs ont des divinités différentes en eau douce et en eau salée. A celles qui règnent en mer, il faut du kola blanc au lait, tandis que le kola blanc sucré est réservé aux dieux du fleuve. La déesse Méru du lac Tanganyika (Afrique) protège les pêcheurs qui rejettent à l’eau, pour elle, le plus beau poisson, de même qu’une divinité aquatique slave du nom de Curch. Certains aborigènes australiens se coupaient un doigt pour plaire aux divinités des eaux. D’autres comme les Indiens d’Océanie se saignaient pour faire absorber à la mer un peu de leur sang. Au Maroc, à des endroits on répandait sur le rivage le sang d’un bouc et au large du fleuve Casamance, au Sénégal, la saison de pêche s’ouvre toujours par un rassemblement de barques en haute mer. Chaque fois, que la flottille revient, ils déclarent avec le plus grand sérieux que trois matelots ont disparus…Mais gâter les dieux ne suffit pas. Il faut aussi de temps à autre battre froid, pour les tirer en quelque sorte de leur léthargie. Dans le nord sibérien, les pêcheurs qui reviennent d’une mauvaise pêche, s’en prennent à un dieu qu’ils appellent le Vieux d’Obi. Ils pendent sa statuette et la flagellent avec force d’injures. Plus prévoyants, les Congolais donnent une raclée à leur fétiche avant la pêche. Il se trouve du côté de Tréboul, (ancien village de Bretagne rattaché à Douarnenez) des pêcheurs bretons qui se vengent sur une statue de saint Pierre d’être rentrés avec des filets vides. Et ce avec la pieuse complicité de leurs femmes. Plus poétiques, les femmes des pêcheurs néo-calédoniens s’adressent au dieu des poissons en chantant les anciens exploits de leurs maris. Nous avons vu comment les enfants et les vierges de Malaisie apaisent les vagues avec des fleurs. Dans d’autres contrées les gens de la mer n’ont pas besoin d’intermédiaires et s’adressent directement aux poissons eux-mêmes. L’Esquimau qui va chasser la baleine porte une amulette représentant ce cétacé. Chez certaines tribus d’Afrique et d’Océanie qui pêchent les migrateurs périodiques, on jette dans les flots des images de ces poissons au cas où ceux-ci tardent à venir. Et les baleiniers du Kamtchatka (péninsule volcanique en Extrême-Orient) promènent une statue de cette bête en procession et l’immergent avant de partir en campagne. Au Cambodge, si le poisson ne mord pas, un des pêcheurs se jette à l’eau et, pour donner l’exemple, remonte en criant : je suis pris, je suis pris. Chez les Indiens de la Colombie britannique comme chez les pêcheurs écossais, l’exécution de ce simulacre était monnaie courante.