L'eau qui chante

Sacré gazon !

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

          Imaginez la conversation suivante entre Dieu et Saint François d’Assises. Le bon Dieu s’adresse à Saint François d’Assises : toi qui connaît tant de choses sur la nature, peux-tu me dire ce qui se passe en Europe avec les pissenlits, les violettes, les chardons, les coquelicots et toutes les belles fleurs que j’ai dispersées là-bas il y a des siècles? J’avais planifié un jardin parfait sans entretien et avec un minimum d’eau. Ces plantes-là poussent dans n’importe quel type de sol, supportent la sécheresse et se multiplient à profusion. Le nectar de leurs fleurs attire des papillons, des abeilles et des volées d’oiseaux aux chants mélodieux. Je m’attendais, à l’heure actuelle, à voir de vastes jardins bariolés, mais tout ce que j’aperçois, ce sont des rectangles plus ou moins verts !

Ce sont des tribus qui se sont installées là-bas, Seigneur, répond Saint François On les appelle les banlieusards. Ils ont commencé par dire que vos fleurs sont de « mauvaises herbes » et ils ont déployé beaucoup d’efforts pour remplacer votre mauvaise herbe par du gazon.

Du gazon ? C’est tellement ennuyeux et si peu coloré ! Cela n’attire pas les oiseaux, ni les papillons, ni les abeilles, mais seulement des vers blancs, des pyrales et des punaises. De plus, c’est très sensible aux changements de température, excessivement gourmand en eau. Ces banlieusards comme tu les appelle, veulent-ils de tous ces tracas ?

Apparemment, Seigneur, ils dépensent beaucoup d’argent et d’énergie pour faire pousser ce gazon et le maintenir vert. Ils commencent par appliquer des engrais au printemps et ils empoisonnent toutes les autres plantes qui pourraient gêner leur gazon et inondent les parcelles d’eau !

Les pluies et la fraîcheur printanière doivent faire pousser le gazon vite et bien. Je suppose que cela rend les banlieusards très heureux rétorque le bon Dieu toujours prêt à comprendre ses ouailles. Détrompez-vous Seigneur. Dès que le gazon commence à pousser, ils le coupent, parfois 2 fois par semaine puis mouillent, à nouveau, abondamment.

Ils le coupent ? Est-ce qu’ils en font des ballots comme avec le foin ?

Pas vraiment Seigneur, la plupart d’entre eux ramassent l’herbe coupée pour la mettre dans des sacs.

Dans des sacs ? Pourquoi ? Est-ce qu’ils les vendent ? Est-ce une récolte rentable ?

Pas du tout Seigneur, au contraire, ils paient pour qu’on vienne emporter la tonture !

Voyons donc, je crois que je ne comprends pas très bien. Tu me dis qu’ils fertilisent le gazon pour qu’il pousse plus vite et quand il pousse bien, ils le coupent et paient pour s’en débarrasser ?

Oui, c’est bien ça Seigneur.

Ces banlieusards doivent être contents en été, quand nous diminuons les pluies et que nous élevons la température. Cela ralentit la croissance du gazon et doit leur faire gagner beaucoup de temps.

Vous n’allez pas me croire, Seigneur. Quand le gazon pousse moins vite, ils sortent le tuyau d’arrosage et irriguent copieusement pour pouvoir continuer à couper et à remplir les sacs !

C’est insensé ! Mais au moins, ils ont conservé quelques arbres. Ça, en toute modestie, c’est une idée géniale de ma part. Les arbres font pousser des feuilles au printemps pour produire une magnifique parure et procurer de l’ombre pour la saison estivale. En automne, les feuilles tombent pour former un tapis naturel qui protège le sol et les racines. De plus, lorsqu’elles se décomposent, elles améliorent le sol et nourrissent les arbres pour faire de nouvelles feuilles. C’est le parfait exemple du recyclage naturel !

Vous feriez bien de vous asseoir, Seigneur. Les banlieusards ont imaginé un nouveau cycle. Aussitôt que les feuilles tombent, ils les ramassent, les mettent dans des sacs et paient pour s’en débarrasser aussi !

Mais voyons donc ! Comment font-ils pour protéger les racines des arbres et arbustes en hiver et pour conserver l’humidité dans le sol interroge Dieu ?

Après avoir jeté les feuilles, ils achètent quelque chose qu’ils appellent du paillis. Ils le rapportent chez eux, l’étale autour des arbres pour remplacer les feuilles afin d’éviter l’évaporation !

Ah ! Et où vont-ils chercher ce truc, ce paillis ?

Ce n’est pas compliqué, Seigneur ; ils coupent des arbres et les réduisent en petits copeaux.

C’est assez, c’est insupportable ! Je ne veux plus entendre de telles inepties ! Se tournant vers Sainte Catherine, vous qui êtes responsable des arts, quel film avez-vous prévu pour ce soir ? « Les banlieusards » Seigneur répond promptement Sainte Catherine. Oubliez ça, on vient de me raconter l’histoire !

L’auteur de ce texte m’est inconnu. Christian Téna.