L'eau qui chante

Le courage de Winter le dauphin.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

           L’histoire de Winter, petite femelle dauphin, née le 5 octobre 2005 s’est confrontée à la réalité des dangers face à l’activité des hommes, particulièrement en mer où sont utilisés les filets dérivants. Winter, à peine âgée de 3 mois, s’est retrouvée coincée dans une ligne de casiers à crabes sur une lagune proche du cap Canaveral en Floride. Sa queue enroulée avec un filin, il est impossible de se dégager, prisonnière de ce piège qui comme un garrot empêche son sang d’irriguer son corps. C’est alors que complètement déshydratée, mourante, elle s’échoue sur le rivage. Heureusement un pêcheur remarque le naufrage, alertant aussitôt le CMA (Clear Water Marine Aquarium Hospital en Floride). Il l’a prénommée Winter. Elle est immédiatement prise en charge, malheureusement le diagnostic est inquiétant : sa nageoire caudale et deux vertèbres sont gravement abîmées. L’amputation semble inéluctable ! Alors commence pour toute l’équipe du centre CMA une course contre la montre pour sauver Winter car sans nageoire caudale comment va-t-elle pouvoir nager, se nourrir, échapper à ses prédateurs dans l’immensité des océans ? En dépit de ses faibles chances de survie, Winter va surprendre et s’adapter à sa nouvelle forme physique et dépasser toutes les attentes du staff soignant. Toute seule elle met au point une nouvelle technique de nage qui pourrait s’apparenter à une combinaison de l’alligator et le balayage du requin et, elle s’aide de ses nageoires que ses congénères utilisent pour virer ou ralentir. Elle accepte de s’alimenter seule (elle consomme environ 5 à 6 kilos de poisson par jour). C’est inespéré pour toute l’équipe du CAM. Cependant une réalité inquiétante fait surface. Sa nouvelle technique de nage, à savoir nager de côté au lieu de « vers le haut et vers le bas » apparaît comme un danger car elle courbe sa colonne vertébrale en des angles contre-nature, ce qui pourrait nuire à sa colonne vertébrale. Aussi lui fait-on effectuer des mouvements de rééducation en faisant bouger son moignon « vers le haut et vers le bas » pour maintenir les bons muscles en fonction. L’idée d’une prothèse vient à l’esprit du vétérinaire du centre. Son moignon est déjà protégé par un film en silicone et il pense que la pose d’une première prothèse, petite pour commencer, et qui n’aurait pas trop de résistance à l’eau, pourrait faciliter la rééducation en attendant une prothèse adaptée et définitive. Mais le chemin est long et on ne sait comment va réagir Winter ! Le vétérinaire va alors faire appel à l’un des plus grands prothésistes au monde qui œuvre déjà dans une clinique leader mondial en matière de prothèses, qui a déjà réalisé des appareils pour les accidentés de la route, pour les soldats et pour des animaux comme un chien, une autruche et même un canard ! Une collaboration va s’instaurer entre la clinique, le vétérinaire reconnu par son expérience avec les mammifères et le CMA, centre de haut niveau dans le domaine d’éducation des animaux. Travailler à l’élaboration d’une prothèse pour dauphin est un véritable défi pour toute l’équipe car jamais une telle aventure n’a jamais été entreprise. Le gros problème est de trouver la solution appropriée pour fixer cette prothèse ! Les premières démarches entreprises sur Winter ont été encourageantes car elle s’est prêtée avec beaucoup de complaisance et son jeune âge a sans doute facilité la réalisation des premières expériences. Tout d’abord, nous avons la fameuse chaussette-gel à enfiler sur le moignon pour l’aider à supporter la prothèse. Cette chaussette est constituée d’un matériau très doux et caoutchouteux qui a aidé de nombreux amputés à réduire la douleur lors du port de leur prothèse. Cette chaussette réduit la friction sur la peau afin de maintenir la prothèse en place. Elle est placée à la base du pédoncule caudale qui a été sectionné ce qui a rendu la tâche plus difficile.

Les étapes pour équiper Winter de sa prothèse sont nombreuses. Au final un an et demi a été nécessaire pour créer l’appendice de silicone et de plastique de 75 cm2 du fait de la complexité des mouvements liés à la nage du dauphin. Il a fallu tester plusieurs prototypes avant que Winter puisse nager confortablement. Winter est devenue depuis la star de l’aquarium, représentant le symbole de la persévérance, du courage et redonne l’espoir à des millions de personnes handicapées ou non qui ont été émues par sa remarquable histoire.

Ainsi se termine une belle histoire d’amour entre l’homme et l’animal !