L'eau qui gronde

La marenda.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui gronde.

        La "marenda" est un mot catalan venu du latin "maritima". C’est l’espace aux limites fluctuantes où se rencontre la terre et la mer. Il évoque un territoire rocheux ou parsemé d’étangs, d’embouchures de rivières, de marais et de plaques de sel, la "salobre". Il est impropre aux cultures et laissé à l’état "naturel". Sur la côte sablonneuse, seuls les "artmanos" y trouvaient les subsistances pour vivre en pratiquant la pêche artisanale et la chasse au gibier d’eau. Au bord de l’eau ils édifiaient des « barracas » dont les armatures étaient en bois flotté, les murs et le toit constitués par des bottes de sanills, les roseaux de l’étang. Pour la jeunesse du village, la Marenda était un lieu plein de mystères et c’est en bande qu’ils l’exploraient. Ils frissonnaient au bruit furtif d’un reptile dérangé dans son bain de soleil ou aux cris d’effroi d’un oiseau inconnu caché avec ses petits dans les hautes herbes. Après cette leçon de sciences naturelles, il fallait rentrer bien avant la nuit car au coucher du soleil, les nuées de moustiques assoiffés de sang surgissaient des endroits humides. Dans les rues les gens tentaient de les faire partir en brûlant du bois dont la fumée incommodait les insectes piquants. Sans tramontane et malgré les moustiquaires, la nuit devenait animée car le moustique s'il a une qualité c'est bien celle d'être extrêmement têtu ! 

    A partir des années soixante, avec l’aménagement du littoral, la "marenda" a changé d’aspect après une impitoyable campagne de démoustication. Toutes les mares et points d’eau stagnante sont comblés ou éradiqués. Il reste quelques espaces préservés comme le Mas Larrieu à Argeles, au cap Béar, Paulilles en Pays catalan, Gruissan en Languedoc, au cap de Creus sur la Costa Brava qui permettent de retrouver la "marenda" d’autrefois.