Tribune Font del gat

Coca-Cola au Mexique.

Écrit par Super User. Publié dans Tribune Font del gat.

      Le Mexique compte 119 millions d’habitants dont 12 millions n’ont pas accès à l’eau potable. Un exemple parmi tant d’autres. Pas moins de 1 000 camions-citernes sillonnent chaque jour le district d’Iztapalapa pour distribuer de l’eau à 2 millions de personnes. Conséquences de ce manque d’eau potable, le pays détient le record mondial de consommation d’eau en bouteille avec 234 litres par an et par personne. Des bouteilles d’eau que vous trouverez en magasin, mais ce n’est pas d’eau de source ou minérale, il s’agit simplement d’eau filtrée et traitée, en fait de l’eau du robinet mais qui n’arrive pas au robinet de leurs maisons !

Si Danone et Coca-Cola sont incontestablement leaders sur ce marché de « l’or bleu », ici se sont surtout de très nombreuses entreprises de micro filtrations qui fournissent aux populations cette eau en bouteille. Cette consommation d’eau a des conséquences catastrophiques sur l’environnement.Selon l’organisation Food and Water Watch, 21 millions de bouteilles plastiques sont jetées chaque années au Mexique, 20% sont recyclées, le reste termine dans les décharges ou simplement dans la nature ! Corolaire de ce manque d’eau potable, la consommation de boissons gazeuses a explosé à travers le pays qui devient le premier consommateur au monde de cette boisson avec l’équivalent astronomique de 728 canettes de 25 cl par an et par habitant, contre 406 pour les Etats-Unis ou 149 pour la France (chiffres de Coca Cola 2012). A lui seul, le Mexique consomme 42% de tout le Coca-Cola ingurgité en Amérique latine.

Il faut dire que Coca-Cola pratique à son habitude une politique commerciale très agressive. Avec les pubs omniprésentes, la société propose des demie-canettes ou des minis bouteilles à petits prix, de façon à s’assurer que les populations les plus pauvres ou les enfants avec 3 pesos en poche achètent la boisson gazeuse.

La boisson sucrée de la multinationale américaine est depuis 30 ans l’un des facteurs de surpoids et d’obésité qui frappe la population : 70% des Mexicains sont en surpoids, dont 33% sont obèses et 13% connaissent des problèmes diabétiques. Outre les conséquences sur la santé, cette consommation de soda provoque un impact dramatique sur les ressources en eau car pour fabriquer un litre de Coca, il faut au moins deux litres d’eau.

Coca-Cola a choisi d’implanter ses usines d’embouteillage dans des endroits stratégiques. Elle a négocié 27 concessions sur tout le territoire pour pomper de l’eau et 8 concessions pour rejeter ses eaux usées. L’une des principales usines se trouve au cœur d’une des régions emblématiques du Mexique : le Chiapas. L’usine y pompe chaque année plus de 100 millions de litres d’eau. Plusieurs associations dénoncent la catastrophe environnementale et humaine que représente l’extraction de si grandes quantités d’eau du sous-sol. La surexploitation de la nappe est non seulement un désastre écologique mais prive également les populations locales de précieuses ressources aquatiques.

Si le gouvernement mexicain ne souhaite pas contrarier la multinationale, il a tout de même face à la pression de la société civile adopté fin 2014 une taxe sur les boissons gazeuses : 10% du prix (les associations demandaient 25 %). Avec une majoration d’un péso par litre seulement, le flot de Coca-Cola n’est pas près de se tarir.

Pour conclure, il faut ajouter que le Président du Mexique, avant d’être élu, de décembre 2000 à novembre 2006, était le PDG de Coca-Cola pour l’Amérique latine et salarié de la firme depuis 1964.