Tribune Font del gat

Dessalement de l’eau de mer.

Écrit par Super User. Publié dans Tribune Font del gat.

        Les usines de dessalement prospèrent en bord de mer. Il existerait près de 14 000 usines de dessalement en activité dans le monde. Le pourtour de la Méditerranée n’est pas en reste. Près de chez nous, l’Espagne confrontée à de graves pénuries d’eau s’engage résolument sur cette voie. Depuis peu, à Prat del Llobregat une puissante unité est en service pour fournir de l’eau potable à Barcelona et sa banlieue.

Ces équipements onéreux sont réservés aux pays riches persuadés qu’avec de l’argent ils peuvent dompter la nature plutôt que de changer leur comportement ou mode de vie. Grâce en grande partie aux multinationales françaises qui ont prospéré autour de l’eau, leaders dans les dernières innovations techniques. C’est ainsi que Véolia a réalisé l’usine d’Ashkelon en Israël. Un complexe ultramoderne qui produit 320 000 m3/jour, qui peut alimenter en eau potable plus de 1 million de personnes.

Ce n’est pas un hasard si la moitié des usines de dessalement se situe au Moyen-Orient car le processus requiert de grandes quantités d’énergie, ce qui implique un coût que seuls les pays riches en pétrole peuvent s’acquitter. Alors que l’accès à l’eau est un problème qui touche plus de 1 milliard d’individus, une poignée de nantis s’affranchit de toutes contraintes en recourant à une technologie polluante. L’osmose inverse, du fait d’une fiabilité accrue, et grâce à la faible consommation électrique (4 à 5 kwh/m3) atteint environ aujourd’hui 50% de la part de marché. Le coût de production se situe entre 1 et 2 dollars. Effet pervers toutefois, comme son nom l’indique, dessaler consiste à retirer les sels dissous dans l’eau de mer, en général de 33 à 37 grammes de solutés par litre. Le procédé requiert de l’énergie et constitue de ce fait une source d’émission de gaz à effet de serre mais pose surtout le problème du rejet de la concentration de sel obtenu. Si l’accroissement de la salinité de l’environnement côtier semble, temporairement, pouvoir être écarté pour les océans, tel ne peut être le cas pour les mers fermées ou semi-fermées comme la Méditerranée dont les écosystèmes, lorsqu’ils existent encore, sont particulièrement affaiblis. En outre des études récentes montrent que le réchauffement climatique provoque également une augmentation exponentielle de l’acidité des océans. Or, des rejets massifs de saumure dans les mers ne risquent pas d’améliorer la situation mais bien de l’amplifier. Actuellement, les usines de dessalement produisent 19 millions de m3 de déchets par jour. On estime que leur production aura triplé ou quadruplé d’ici à 2020, les rejets de saumure avec. La technologie de l’osmose inverse nécessite l’utilisation de produits chimiques pour un traitement préalable de l’eau, le nettoyage des membranes auquel il faut ajouter la corrosion des circuits lié aux sels entraîne la présence de polluants. Nulle technologie n’est parfaite.

Le mirage du dessalement est un moyen pour échapper à des questions de fond. Question sur nos modes de vie, sur le fait de penser que l’on peut prélever indéfiniment et sans conséquences sur le capital naturel de la planète. L’approche de la question du dessalement de l’eau de mer résume bien le regard que nous jetons sur notre propre avenir. Ne rien changer parce que l’homme saura trouver la solution miracle ou, à l’inverse, tenter de changer nos comportements, d’adopter une vision globale de notre planète de comprendre ses interactions.