Lavoirs

Lavandières du Languedoc.

Écrit par Super User. Publié dans Lavoirs.

      Jean-Marie Amelin (1785-1858) professeur de dessin, à ses heures perdus dessinateur et aquarelliste, retranscrit de la meilleure façon qui soit la vie de tous les jours en Languedoc du XIXème siècle.

D’après ses écrits empreints de fraîcheur et de romantisme dans le village de Grabels la lessive constitue une véritable industrie artisanale, une grande « pépinière de blanchisseuses ». Cette « industrie des lessives » dans laquelle travaillent plusieurs générations de mères et de filles, est à l’origine de la création d’une des premières garderies pour enfants de moins de 6 ans, dont les mères ne pouvaient s’occuper durant la « bugada ».

Les lavandières battaient le linge des familles bourgeoises de Montpellier, blanchissaient les draps des écoles, des administrations ou des hôpitaux de la région. Le linge propre était livré le lundi matin la bugadéra profitait de cette visite pour recueillir le linge sale, ainsi que des cendres de bois qui, enrichies en potasse et en soude, étaient utilisées pour le prélavage. Ensuite les différentes phases du lavage du linge rythmaient la semaine en fonction des rites immuables : tri, prélavage, trempage, lavage en plein air, puis séchage sur le proche environnement : des supports naturels que constituaient l’herbe, les taillis, les plans de lavande sauvage, de thym ou de romarin, végétaux odorants de la campagne languedocienne. Enfin sec et parfumé, il était étiré et soigneusement plié, prêt à être livré.

Elles chargeaient sur une brouette, lessiveuse, linge sale, battoir, savon et une bassine de linge à laver. Par-dessus la bassine qui servait pour le petit linge, la moitié d’un caisson de bois garni d’un brin de paille ou tout autre chose qui pouvait soulager le poids sur les genoux car les femmes passaient la journée à genoux ! Pas de temps à perdre, aussitôt les manches retroussées jusqu’aux coudes, elles décrassaient au savon de Marseille chaque pièce de linge sur une pierre plate posée à côté du caisson, elles torturaient et frappaient à grands coup de battoir, frottaient avec la brosse en chiendent, puis stockaient le linge à proximité. Suivait le rinçage dans le courant de la rivière dont l’eau était gelée en hiver. En toutes saisons, les unes après les autres, toutes les pièces subissaient les mêmes ardeurs de ces femmes tenaces et admirables. C’est encore à la force des poignées que le linge était essoré, torsadé en spirale, afin que le séchage sur les fils de fer de l’étendoir soit plus rapide.

Quand la lessive prenait fin, il fallait recharger à nouveau le linge humidifié, plus lourd, sur la brouette pour rejoindre le domicile plus ou moins éloigné. La journée n’était pas encore terminée ; malgré le corps courbaturé et la fatigue, il fallait préparer le repas du soir pour la maisonnée ! 

Réclame d'un savon qui lave, déjà, plus blanc que le blanc.