Histoires du monde

Chef d’œuvre sauvé des eaux du Nil.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

          Pendant de longs siècles les deux temples rupestres d’Abou Simbel en Haute Egypte caressés par le Nil ont représenté la grandeur et la divinité du règne de Ramsès II. Un joyau resplendissant sur le paysage minéral de Nubie et parmi les grandeurs alignées sur les berges du Nil, certainement le plus beau, le plus grandiose, le plus important.

Entre l’époque moderne aux besoins toujours plus grands et l’histoire ancienne, fut-elle plusieurs fois millénaire, le choix de la construction d’un barrage sur le fleuve a été vite fait et la montée de l’eau du barrage menace l’œuvre de Ramsès. Le danger de la disparition du temple, sous les eaux du lac Nasser, ne laisse indifférents les femmes et les hommes sensibles aux beautés de notre Terre. Dans l’urgence, les ingénieurs et techniciens du monde entier s’unissent pour relever le défi afin de sauver ce chef d’œuvre architectural unique au monde. Le sauvetage est des plus difficiles en raison de son emplacement, de la conception de sa structure et des matériaux avec lesquels il avait été sculpté.

Le 12 juin 1963, le gouvernement égyptien approuve le déplacement de toute la masse rocheuse, le découpage du temple en plusieurs blocs et sa reconstruction sur un lieu plus élevé. Il ne me paraît pas nécessaire d’aligner tous les détails techniques de l’opération d’un sauvetage fort compliquée. Toutefois quelques chiffres pour donner une idée de ce délicat chantier : 1 036 blocs d’un poids moyen de 30 tonnes chacun auxquels il faut ajouter 1 112 tonnes provenant des rochers autour des temples, 33 tonnes de résine pour consolider la structure de la pierre.

Le démantèlement et la reconstruction constitue le plus fantastique jamais accomplis dans le domaine de l’archéologie. Les deux temples sont recomposés 90 mètres plus haut, exactement comme ils étaient auparavant. Mais les constructeurs s’aperçoivent qu’une reconstruction simple ne suffisait pas parce que le poids du rocher artificiel édifié au-dessus risquait de tout pulvériser. On eut alors recours à 2 énormes coupoles de béton pour soutenir la pression de la colline et protéger les temples sous une espèce de cloche. Du matériel récupéré servit à les recouvrir et on laissa le sable le soin de remplir les joints.

Les travaux « pharaoniques », accomplis pour la seconde fois, prennent fin en septembre 1969. Il est temps parce que les eaux pénètrent déjà dans les énormes cavernes, désormais tristement vides. Au-dessus, le grand ensemble rupestre est achevé et, ponctuellement, comme jadis, le « miracle du soleil » se répète en février 1969. Comme pendant 3 000 ans, avec une précision diabolique, les rayons du soleil honorent à nouveau les dieux assis dans le sanctuaire.

Le fabuleux chef d’œuvre de Ramsès II sauvé des eaux peut continuer à émerveiller les visiteurs du monde entier. J’ai eu le privilège de visiter ce site exceptionnel, incontestablement un souvenir impérissable.