Histoires du monde

Le cierge des noyés.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

        De nos jours, il est impensable de croire à l’efficacité de la méthode qu’employaient nos ancêtres pour retrouver un corps noyé.  Sans moyens et sans savoir-faire, ils s’en remettaient aux divinités religieuses, à la prière et au hasard.

On peut sourire de l’efficacité de cette pratique (les moyens techniques actuels permettent une recherche plus efficace), mais pas de sa longue existence car, on le sait, les traditions ont la vie dure chez les gens de l’eau. Cela rappelle une très ancienne croyance qui se pratiquait sur les voies fluviales : selon elle, pour retrouver le corps d’un noyé il suffisait de tracter dans le sillage d’une embarcation une sébile ou une grande écuelle qu’on laissait flotter avec un cierge planté dans une miche de pain béni. Le cierge s’éteint dès qu’on passe au-dessus du corps. Cette étrange superstition faisait encore parler d’elle en février 1959. Un quotidien dont je tairais le nom, réputé et enraciné dans le Nord de la France rapportait : « après l’échec des recherches des sapeurs-pompiers plongeurs, les parents d’une jeune fille tombée dans une écluse du canal de la Deûle, rivière-canal de la région du Nord-Pas de Calais, eurent recours à cette méthode d’exploration séculaire ».

Des Canadiens de l’Ontario français en parlent eux aussi : « ça faisait 7 jours qu’un innocent chérubin s’était noyé. Les recherches s’avéraient vaines. On a pris une miche de pain bénie sur laquelle on a fixé des chandelles, ensuite on l’a lâchée dans le courant et s’en est allée tout droit vers le lieu où l’enfant a chuté dans l’eau. Puis, elle s’est immobilisée et on a repêché le corps avec une gaffe.

Une pratique batelière oubliée que de rares clichés illustrent où l’on peut découvrir une péniche remorquer un canot d’appoint sur lequel dans une bassine brûlaient un ou plusieurs cierges.

Jadis, lorsque les hommes ne pouvaient interpréter rationnellement un phénomène ou un événement tragique, les croyances étaient aussi communes que le sont aujourd’hui les embarcations qui voguent sur les canaux de France !