Histoires du monde

Le « Pateux » de Saint Cyr.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

         C’est la période lointaine où la France rayonnait au Mali grâce aux ingénieurs hydrauliciens, chercheurs, médecins ou instituteurs qui œuvraient pour améliorer la vie des habitants locaux. Un pays que traverse le fleuve Niger appelé le "Père des Fleuves" dont l’importance de ces crues détermine les bonnes ou mauvaises récoltes. 

Le lac de Faguibine, autrefois verdoyante oasis, était à sec depuis 1896 quand l’administrateur de Goundam projeta d’y refaire revenir l’eau du fleuve Niger lorsqu’il y a surplus, c'est-à-dire lorsqu’il est en crue. L’idée de creuser dans le sable 32 kilomètres de canal faisait sourire sous le manteau, puis indigna les techniciens de l’hydraulique. Il leur semblait déraisonnable de vouloir amener la crue pour se déverser au lac puisque tout s’y opposait. Tout, sauf le fait qu’elle y avait coulé 60 ans plutôt. Grâce à l’entêtement de l’administrateur, François Perhirin, cette folie est réalisée. A Saint Cyr on appelait cet ancien capitaine peu bavard  "le Pâteux". En quelques mois, avec 20 ouvriers d’abord, puis 1 000, une tranchée a été ouverte dans un désert de dunes. Chaque jour il fallait ravitailler les travailleurs qui parfois désespéraient sous un soleil de feu.

On baptisa, vite, ce labeur harassant la "dune des pleurs" où centimètre par centimètre, l’eau a retrouvé ses anciens cheminements. Elle court maintenant sur une plaine d’herbe verte. Les troupeaux sont revenus de partout ; les chameliers contemplent ébahis cette oasis et les habitants de Ras-el-Ma baisent les mains de l’administrateur souriant mais gêné de tant distinctions. Il ose à peine avouer à quel point il était pauvre et que pour creuser 32 kilomètres d’une rivière où l’on n’a pas toujours pied et inonder quelques milliers d’hectare, il n’a dépensé que 8 millions, quand la seule route de treize  kilomètres qui va au terrain d’aviation en a coûté 3 fois plus. Quand on lui demande pourquoi on n’y croyait pas, il répond avec le flegme d’un militaire chevronné, parce que l’on faisait trop de calcul !

Les réussites de ce genre peuvent paraître modestes, moins toutefois qu’on s’imagine. Elles nouent entre les peuples d’Afrique et la France des liens profonds parce elles sont des réalisations à la taille des hommes, et elles entraînent à de plus vastes entreprises qui génèrent une forme de vie qui soulagent le quotidien des peuples.

Notre pays ne cherche pas un profit là: il accomplit, généreusement, un devoir conclut sagement François Perhirin le "Pâteux".