L’histoire des Ashaninkas et de Ruth Buendia.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

               Le peuple Ashaninka, avec 100 000 personnes, est la plus grande communauté indienne d’Amazonie au Pérou. La communauté habite depuis 5 000 ans cette zone forestière plantureuse joliment appelée le « sourcil de la jungle » qui permet aux habitants de vivre paisiblement d’une agriculture de subsistance, de chasse et de pêche. Jusqu’au jour où ils apprennent, en 2010, que les gouvernements du Brésil et du Pérou ont signé un accord énergétique bilatéral qui prévoit la construction de 6 grands barrages hydroélectriques sur le Rio Ene affluent du fleuve Amazone. Le premier de la série, le barrage de Pakitzapango d’une puissance de 2 000 mégawatt, et avec une hauteur de 165 mètres barre la rivière. L’accord stipule que la plus grande partie de l’énergie produite sera exportée vers le Brésil.

Tout cela sans la moindre concertation ! Les accords se sont fait dans les dos du peuple Ashaninka qui apprend que 100 000 hectares de forêts primaires seront noyés, que la communauté sera déplacée et que chacun des membres touchera un infime dédommagement en contrepartie. Le blocage des sédiments, la migration des poissons, le déplacement de milliers personnes et un mode de vie complètement chamboulé n’intéresse pas le monde de la finance, des industriels ou des politiques. Pourtant cette rivière est vitale pour les autochtones qui dépendent de la pêche, des sols fertiles de son lit et des ressources forestières. C’est la programmation de la mort de toute une population de tradition antique. Mais c’était sans compter la motivation, l’énergie, l’obstination et le courage d’une jeune femme, Ruth Buendia, qui va changer le destin funeste de son peuple.

Lorsque Ruth avait 12 ans, les guérillas du Sentier Lumineux ont envahi les terres des Ashaninka et ont mené contre son peuple des opérations militaires. Son père est mort pendant les violences et sa mère a mis Ruth et ses frères en sureté à Lima. Ces exactions ont tué des milliers d’Asahaninka et des milliers d’autres ont dû fuir leurs terres natales. A son retour à la maison, devenue femme, Buendia travaille dans un magasin de jus de fruit à Sapito ; un collègue de travail l’encourage à joindre une association de défense de la rivière Ene, dénommée Center Ashaninka de la Rivère Ene (CARE). Renouer avec ses origines et participer au rétablissement de sa communauté devient le moteur de son engagement. En 2005, elle devient la première femme élue présidente de CARE. Peu après son élection, Ruth apprend le projet de barrage Pakitzapango. Les demandes de renseignement au gouvernement péruvien restent sans réponses mais il est clair que le barrage déplacera des milliers d’Ashaninka, ouvrant les plaies de la guerre civile menée une décennie avant. 

La vallée n’est accessible qu’en pirogue ; elle navigue le long de la rivière, elle rencontre les chefs tribaux qui avaient connu et estimé son père. Buendia et son équipe informe les populations que leur lieu de vie ancestral disparaîtrait sous les eaux. Elle mène la bataille au niveau international, se déplace à Washington, présente un rapport sur l’impact du projet sur son peuple à la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Et elle conteste en justice le projet de barrage, un recours qui stoppe le projet ! Ce travail porte ses fruits. En décembre 2010, le ministre péruvien de l’Energie rejette une sollicitation de la société Papkitzapango Energy qui aurait permis au projet d’avancer. En novembre 2011, une autre entreprise, porteuse du plus grand projet du grand barrage voisin, le Tambo 40, renonce, citant expressément le désir de respecter les communautés locales. Les actions de Ruth Buendia permettent d’annuler la folie des barrages sur l’affluent de l’Amazone. Tout en veillant à ce que les projets de barrages ne ressuscitent pas, la présidente de CARE travaille aujourd’hui à faire reconnaître les droits de sa communauté afin de protéger toute intrusion intempestive sur le Rio Ene et sur leur territoire tout en permettant de réaliser des cultures de café et de cacao.

L’hydroélectricité, même considérée comme une source d’énergie renouvelable ne va pas nécessairement dans le sens « développement durable » !  Fin juillet 2014, Ruth Buendia est récompensée pour son combat par le prix Goldman. Le Golman est surnommé le prix Nobel de l’écologie. 

De l’eau avec du vent.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

       C’est de Saint Barthélemy, île paradisiaque des Caraïbes (Antilles françaises) à 6 200 km de la France que l’idée a jaillit.

Saint Barth est une île dite « sèche » car le soleil est fort généreux et les pluies quasi-inexistantes. Un climat et de longues plages de sable blanc font le bonheur de riches touristes américains. La beauté des paysages naturels et les fonds marins sont la seconde richesse de l’île. Sur ce rocher émergeant les alizés sont réguliers et l’eau potable rare. L’eau potable, ressource indispensable à toute vie, est importée en bouteilles. Depuis peu, l’eau est fourni par une usine de dessalement par osmose inverse ce qui fait que le prix de l’eau du robinet, au mètre cube, est le plus cher de France.

Un jeune provençal de Saint-Tulle, un peu bourlingueur, travaillait sur l’île dans la réparation des frigos. Comme nombre de ses voisins, il récupérait l’eau qui coulait de son climatiseur pour compléter la réserve d’eau du ciel servant aux lessives. Et pour boire, il devait, comme tous les îliens, acheter de l’eau embouteillée. Pour pallier ces contraintes, comme tout bon bricoleur, il laissa vagabonder dans sa tête les idées sur le sujet. En 1995, une innovation émergea de ses réflexions, il imagina un système frigorifique couplé à une éolienne. Le principe ? Condenser grâce au froid la vapeur contenue dans l’air à l’aide de l’énergie produite par l’éolienne, puis filtrer le liquide obtenu. Il déposa un brevet à son retour en métropole en 1999. Une éolienne capable de produire de l’électricité et de produire assez d’eau pour un village de 2 à 3 000 personnes avec une fiabilité supérieure à celle d’un puits puisque c’est la condensation de la vapeur d’eau contenue da l’air qui assure le processus. Elle est 100 % écologique, autonome, n’a pas besoin d’énergie additionnelle et n’émet pas de CO2. Les ingénieurs ont imaginé une version solaire pour pallier l’absence de vent. Ce qui représente l’avantage de produire de l’eau dans toutes les conditions, sauf aux pôles. La turbine aspire l’air à travers un filtre et l’envoie vers un compresseur. Un local technique accolé traite l’eau pour la débarrasser de ses impuretés. Au pied du mât de l’éolienne, un robinet assure la distribution.

Cette invention est née de la volonté d’un jeune homme d’améliorer le quotidien et d’aider ceux qui meurent de soif. Brasser de l’air pour produire de l’eau, c’est ce qu’a réussi à combiner l’ingénieux bricoleur.

A l’inverse, chacun de nous connaît du monde qui brasse de l’air pour produire du vent. On ne va pas balancer de noms mais ce n’est pas avec du vent et des courants d'air qu'ils gonflent leurs poches ! 

 

Le monde n'est pas une marchandise, 

l'eau non plus.

Les Jaïns et l’eau.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

         Visible à 50 km à la ronde, une gigantesque statue de pierre domine la campagne du Karnataka au sud de l’Inde. Erigée, il y a plus d’un millénaire, elle représente le prophète Bahubali dans toute sa nudité qui incarne dans la pierre l’idéal de pureté du jaïnisme, une religion contemporaine du bouddhisme qui prône la non-violence et le renoncement.

Au cours de l’Histoire, les disciples de 24 prophètes appelés « passeurs de gué » se sont divisés sur la voie à suivre pour parvenir à cette libération. Au 1er siècle de notre ère, un schisme divise les orthodoxes et libéraux les « vêtus d’espace » c'est-à-dire totalement dénudés !

Une fois tous les 12 ans, lorsque les astres sont favorables, la communauté jaïn se rassemble autour de la statue de Bahubali, l’un des prophètes. C’est le jour de la Grande Onction, véritable déluge d’eau, de lait ou de safran que tout Jaïn se doit de déverser sur l’effigie colossale. La première eut lieu en l’an 981 de notre ère. L’esplanade du petit temple accueille 300 000 croyants serrés les l’uns contre les autres afin de recevoir leur part de pluie sacréeAux pieds de la statue, 1008 vases de cuivre en forme de théière sont disposés selon un ordre parfaitement précis. Elles contiennent de l’eau bénite provenant de tous les fleuves et rivières sacrées de l’Inde. Les riches familles jaïnes se disputent l’honneur d’être parmi les premières à verser cette eau sur le prophète. Un exceptionnel privilège chèrement acquis ! Tous les yeux braqués sur Bahubali, les fidèles vibrent d’une immense clameur lorsque que les premiers litres d’eau inondent le colosse. Sa sérénité tranche avec la fièvre des porteurs d’eau, déployés en une file ininterrompue. Un véritable déluge d’eau se déverse la statue. La cérémonie prend toute sa dimension en début d’après-midi avec sa première des grandes onctions rituelles : 500 litres de jus de canne à sucre sont déversés sur le crane et les épaules de l’idole, transformant la pierre en un bronze aux reflets verts, cette pluie sucrée est suivie d’une gigantesque douche de lait. La statue blanchit d’un seul coup ! Elle se drape maintenant d’un jaune éclatant sous un déluge de safran. Suivent les onctions de pourpre et de vermillon saluées par de frénétiques applaudissements. La statue semble prendre vie. Un torrent de santal complété par les doux effluves du lait et du jus de canne remplissent l’air d’une fragrance merveilleuse. Tous les sens sont conviés à la fête, la ferveur populaire atteint son paroxysme difficilement contenue par le service d’ordre ! L’Onction se termine par une pluie colorée de pétales de fleurs. La foule est alors autorisée à se recueillir sous la statue pour un dernier hommage. Les fidèles se précipitent aux pieds de la statue pour recevoir leur part de cette pluie sacrée. Munis de bouteilles, ils recueillent goutte à goutte le précieux liquide.

La statue est sanctifiée par la Grande Onction. Bahubali n’est plus une idole de granit. La Grande Onction l’a consacré pour faire de lui l’égal de la divinité : la pierre et l’eau s’est faite dieu par la foi des Hommes ! 

Quand un pont-canal devient monument.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

           Près d’une centaine de ponts-canaux ont étés édifiés en France au cours des siècles. La renommée européenne de Briare souligne la performance technique, humaine et esthétique qu’à représenté la construction du plus grand pont-canal métallique français. Le choix d’un ouvrage à bâche métallique s’impose à Léonce-Abel Mazoyer, ingénieur à qui l’on confie la réalisation de cette prouesse technologique. La réussite du pont-canal revient à ses constructeurs qui se sont relayés : la maçonnerie adjugée aux ateliers Eiffel, la construction métallique réalisée en acier doux par Daylé et Pillé, le tout dirigé par Mazoyer dès 1890. Le résultat est à la mesure des ambitions et des moyens mis en œuvre : 662,50 mètres soutenus par 16 travées d’une largeur de 11,50 m, à 11 m au-dessus du fleuve. Le poids de l’ensemble mis en eau est de 13 680 tonnes. A cette époque, la prouesse technique est fantastique !

          Le 16 septembre 1896, une grande étape de la navigation fluviale était franchie, par-dessus la Loire. Mais la majesté de l’ouvrage s’impose. La décoration utilisée à Briare illustre le souci pour ses auteurs de répondre au caractère monumental du pont. Soixante-deux candélabres et chimères, quatre obélisques à rostres, porte-lanternes, pilastres et quelques appliques s’alignent de par et d’autre du canal. Ce superbe ensemble s’offre au regard curieux des bateliers qui reconnaîtront les armes de Briare (ondées, ancres et cordages) à celles de Roanne, Nevers, Montargis et Paris, reliées par le canal. Et quel émerveillent quand ce décor féérique se mire dans son cours rectiligne. L’avant-garde énergétique s’introduit, aussi, dans la réalisation. Déjà au siècle dernier le pont-canal, alors ouvert à la navigation de 3 h à 21 h, était éclairé à l’électricité fournie par deux turbines entraînées par les eaux du canal.

        Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1976, le pont-canal de Briare a perdu aujourd’hui l’essentiel de sa fonction commerciale pour faire place à un important trafic de plaisance. Avec quelque 250 000 visiteurs qui s’y pressent chaque année, Briare figure parmi les sites les plus prestigieux du patrimoine.

Le superbe canal de Briare reliant la Seine à la Loire fut construit de 1604 à 1642. Sur le pont-canal les éléments ornementaux sont à la hauteur de l'ouvrage, magnifiques. A gauche, un cheval de trait reprend des forces.  

Puits naturels au Mexique.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

   Dans la région du Yucatàn au Mexique, les cenotes sont des puits naturels remplis d’eau douce. En Catalogne et Languedoc, la comparaison peut se faire avec le gouffre de l’Oeil Doux dans le massif de la Clape ou de la Font d’Estramar à Salses ou certains avens dans les Corbières.

La présence de la cité de Chichén Itza est due à la présence de 2 puits naturels qui constituent un trésor inestimable dans cette région dépourvue d’eau. La cité maya doit son nom à cette source : chi signifie bouche, chén puits et itza sorcier de l’eau en maya yucatèque. Le Cenote sacré de Chichén Itza est un grand puits naturel de 60 mètres de diamètre et 20 mètres de profondeur. Il est devenu un important lieu de pèlerinage et de dévotion religieuse pour la population. Lors de son exploration, on y a découvert des offrandes de valeur, de bijoux, d’objets divers en or ou en argent.

La légende raconte que des ossements de femmes et d’enfants se trouvent au fond de la cavité car en période de grande sécheresse les Mayas sacrifiaient solennellement aux aurores des vierges pour apaiser Chac, le dieu de la Pluie. Il arrivait parfois qu’une victime réussisse à se maintenir à la surface. Considérant que le dieu avait épargné cette victime, on descendait, à midi, une corde dans le puits pour hisser la miraculée sur la terre ferme.

Pour une ville située dans une région frappée régulièrement par la sécheresse, il était logique d’accepter en échange de la pluie, source de vie, des cœurs humains. Les rituels de sacrifices humains choquèrent profondément les conquérants espagnols et leurs missionnaires.