Anne-Toussainte de Volvire.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

De famille noble, Anne-Toussainte est née le 1er novembre de l’an 1653 à Néant sur Yvel dans le Morbihan, décédée dans la même ville en 1694. Encore adolescente, un accident dramatique bouleverse sa vie. 
Amourachée d’un jeune roturier du voisinage, son père s’oppose à cette liaison prétextant le modeste rang de son amoureux. En 1670, le jour de ses 17 printemps, la jeune fille a failli perdre la vie au cours d’une chasse à courre. Effrayé par le son du cor et les aboiements des chiens, son cheval s’emballe et s’écrase dans un ravin. Dans sa chute, elle réussit s’agripper une branche d’arbre, sa vie est suspendue à la résistance de l’arbuste, la chute étant fatale. Traumatisée, apeurée, en attendant les secours, elle fait le vœu de consacrer sa vie à Dieu si elle a la vie sauve.
Témoin du drame, le jeune roturier éconduit n’écoutant que son courage accourt et tire la jeune fille de ce mauvais pas. Le père heureux de serrer dans ses bras sa fille, enthousiasmé par le sang-froid et la bravoure du jeune homme consent alors le mariage. Mais c’était mal connaître la droiture d’Anne-Toussainte qui respecta sa promesse. Elle entre en religion chez les Visitandines et se consacre aux malades et aux déshérités. Sur le dos d’un âne, parfois accompagnée, parfois seule, elle chemine de village en village, s’arrête ici pour panser une plaie, là pour distribuer une aumône, plus loin pour offrir un sourire à un enfant déguenillé, là-bas partage une prière qui réchauffe le cœur.
Malheureusement, elle décède après 20 ans passés à soulager la souffrance des malades, la pauvreté des gens humbles et faire le bien sur cette Terre ravagé par la misère et les maladies.
Le jour de l’inhumation d’Anne-Toussainte se produit un événement miraculeux. La légende raconte qu’après l’office religieux à l’église, le convoi funèbre mené par des bœufs marque un arrêt à l’écart du village sur le chemin du cimetière. A l’ébahissement de la famille, des proches et de la population accompagnant le corps de la défunte pour la mise en terre, en ce lieu, une source limpide et abondante jaillit de terre. Un vrai miracle perçu comme un ultime adieu venant du ciel ! La bonté de cette sainte lui vaut d’être inhumée dans le carré des gens pauvres, mais toujours honorée du respect et de la reconnaissance populaire, ses cendres sont placées dans un tombeau au cœur de l’église du village.
Depuis le XVIIème siècle les "nécessiteux" mais aussi la population el les pèlerins vont à cette fontaine dont ils estiment que l’eau possède des vertus divines et curatives en raison de son jaillissement « miraculeux ». A l’époque on vient de loin pour obtenir des grâces et les invocations sont parmi les domaines les plus variés.
Aujourd'hui encore, cette fontaine continue de recevoir la visite de pèlerins. Pour preuve que cette source est toujours fréquentée, les fleurs renouvelées à longueur d’année et les plaques votives avec les dates de leur déposition sur le marbre de la fontaine, un marbre posé en 1881. 

Vénérée de tous, Anne-Toussainte de Volvire devient la sainte de Néant sur Yvel, son village natal. 


Néant sur Yvel est un pittoresque et petit village comptant 990 habitants situé à proximité de la forêt de Paimpont dans la région de Bretagne.

Biscuit de mer.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

              Jadis la vie à bord des navires était extrêmement rude et précaire. Au fil des mois, voire des années, les expéditions maritimes se transformaient en aventure. La discipline, l’inconfort, les tempêtes, l’hiver et surtout la maladie provoquée par l’absence de vivres frais dans l’alimentation journalière sapaient le moral des marins. Mal nourris, les hommes affaiblis par le scorbut perdaient au bout de quelques jours leurs dents, étaient exténués et souvent mouraient. En l’absence de système de conservation, il était difficile de maintenir longtemps la fraîcheur des provisions embarquées.

Peu chère, peu encombrante, une galette très dure constituait un élément de base pour les aventuriers au long cours. Le biscuit que nous mangions n’était pas du pain, témoigne Pigafetta, un fidèle compagnon de Magellan, mais une poussière mêlée de vers qui avaient mangé toute la substance. Et, lorsque le biscuit n’est transformé en miettes, c’est à peine mieux : cette galette est si dure qu’il faut la casser à coups de marteau, et la mettre à tremper pour obtenir une sorte de bouillie. Mais l’eau que l’on puise au « charnier » grouille d’animaux, elle aussi, et comme dit le second de Magellan, elle est putride et puante. Dans les dures conditions qui président au premier tour du monde, les officiers ne sont pas mieux traités que les matelots. Magellan lui-même donne l’exemple : il se condamne à de plus grandes privations que le reste de l’équipage. Pour les explorations de très longue durée sur les mers et océans, la solution était d’aménager sur le pont un parc réservé aux animaux vivants pour embarquer cochons, chèvres, moutons, volailles. Pour les missions de la Marine nationale française, Richelieu fait construire en 1638 le splendide vaisseau « La Couronne » long de 70 mètres, dont le parc pouvait contenir quantité de moutons, volailles ou lapins, sacrifiés en haute mer pour procurer des vivres frais et améliorer l’ordinaire. Il est vrai qu’il fallait nourrir 643 hommes et 3 cuisines, toujours fumantes afin de préparer les repas des officiers et des matelots. Au milieu du XVIIIème siècle, les pratiques commencent à changer même si les cambusiers embarquent des barils pleins d’haricots blancs, du lard salé, de la viande en conserve. C’est bien suffisant pour les hommes s’esclaffent certains.

Mais un anglais, navigateur-explorateur et cartographe reconnu, James Cook, lui, a une autre idée. Il veut que ses marins soient en bonne santé. Il charge les cales de nouvelles denrées telles que  la choucroute, la bière, des céleris, des herbes médicinales et des animaux vivants de manière à varier les menus. Il donne des ordres accueillis encore par des ricanements : les marins doivent se laver, changer régulièrement de vêtements, les postes d’équipages seront aérés 2 fois par semaine. Les matelots ont l’habitude de vivre sales dans de vieux habits. Pourtant la discipline, l’amélioration de l’alimentation, la propreté des hommes et des vaisseaux renforcent naturellement le moral des troupes. Les mesures imposées par James Cook portent leurs fruits : sur ses navires, le scorbut devient une maladie inconnue. Vingt ans plus tôt, sur les 691 marins d’une expédition autour du monde, 686 étaient morts du scorbut ! Et les pirates comment faisaient-ils me demanderez-vous ? La méthode des pirates est plus radicale lorsque les vivres commencent à diminuer, la provision est rétablie par l’abordage d’un navire marchand en haute mer ou par un pillage en règle d'un village sur la terre ferme ! 

 

L'humanité ne manque pas d'eau,

elle manque d'eau potable.

Guide-baigneur.

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

Les cabines roulantes de plage tractées par des chevaux permettaient aux femmes et aux hommes de la haute bourgeoisie de pouvoir enfiler et enlever le maillot de bain à l’abri des regards indiscrets. Cliché vers les années 1900.

       Pendant des siècles, les médecins envoyaient les patients au bain dans une station balnéaire. On ne se baignait pas pour le plaisir mais pour se soigner. La mer est là, mystérieuse, fascinante, rythmée par les marées, elle est là mais ignorée ! Au début du XIX° siècle, les familles aristocratiques, la haute bourgeoisie parisienne et européenne éprouvent le désir de s’évader des grandes villes. Ils apparaissent de plus en plus nombreux sur les plages les plus proches de Paris, Dieppe ou Trouville en Normandie. Le chemin de fer élargira le cercle des destinations. Un tempo de vie reposant, ponctué d’interminables balades familiales sur la plage où les vagues déferlent sur le sable. La pêche à pied sur la grève jonchée de trous d’eau égaye les après-diners tandis qu’une brise vivifiante et parfumée d’iode venant du grand large balaie le littoral et rougit les joues de ses messieurs-dames. Un bleu profond s’étale jusqu’à la ligne d’horizon en haute mer, épelle la grâce de ce paysage rutilant illustré de chalands voilés de blanc. Au soleil couchant, sur le ponton, la foule attend le retour des bateaux de pêche. Autre distraction prisée : contempler la mer lorsque cette dame fascinante frappe avec force et obstination une côte déjà déchiquetée. Un spectacle à la fois effrayant et somptueux ! Les pêcheurs aux visages burinés par le soleil et les embruns, préoccupés à arracher non sans mal, les ressources de l’océan, attisent la curiosité des gens de la ville. Un chapelet de paysages inédits sécrétant des émotions nouvelles de bien-être physique et moral. Avec cette nouvelle passion pour le grand air et l’océan, il y a de bonnes affaires à faire. Ainsi Deauville, hameau habité de quelques de fermes, naît par la volonté d’un richissime homme d’affaires. Les affairistes comprennent que cette population aisée a besoin d’établissements hydrothérapeutiques luxueux : bains chauds ou froids, d’eau de mer ou douce, avec ou sans varech. Les vacances à la mer peuvent commencer. De nouveaux commerces et métiers émergent, notamment le « guide baigneur », l’ancêtre de notre maître-nageur. C’est lui qui accompagne la gent féminine dans l’eau, parfois aussi les hommes. Ce sont des gars jeunes et costauds originaires du village, surtout des marins pêcheurs, qui connaissent bien les plages et le milieu maritime. Ce métier saisonnier exige de grandes qualités : sens des responsabilités, bonne moralité, charisme et surtout une grande discrétion. Ils plongent, tiennent la main, aident à rentrer et sortir de l’eau, ils sont témoins des émois et des ébats de ces dames aux manières mondaines. Chacun à sa place, le monde est différant ! Le guide baigneur peut être dédaigné par l’ensemble de cette clientèle argentée et exigeante. Certains sont cotés et portent avant le bain un uniforme : veste et pantalon bleus, chemisette marinière rayée, casquette de marin. Un métier plus difficile qu’on ne le croit car il exige de rester dans l’eau froide de l’océan pendant 7 ou 8 heures. De vieux loups de mer surveillent à bord d’une barque de sauvetage la zone de baignade. Il est hors de question d’être vu, surtout les femmes, en costume de bain. Les baigneurs et baigneuses s’installent dans de petites cabines montées sur une charrette ; un attelage tire jusqu’à ce que l’eau arrive presque au moyeu. On ouvre la porte et à l’aide du marchepied la cliente descend douillettement dans l’eau. A cette époque les hommes se baignent en gilet-caleçon, ce qui leur permet de nager. Ce n’est pas le cas des femmes qui portent un pantalon long, très souvent en laine et corsage assorti, bonnet de toile et sandales. Par-dessus, un jupon couvre la taille, les hanches et le haut des cuisses. Harnachée de la sorte, elle ne peut que barboter soutenue, heureusement en surface, par le dévoué « guide-baigneur ». Une trempette rapide et elle rejoint la cabine pour se changer et se frictionner. Vers 1900, il est de bon ton de disposer d’une cabine louée pour la saison. On s’y change, on y entrepose épuisettes, serviettes, peignoirs et chaises longues. Lorsqu’il n’existe pas de cabine, la plage est divisée en 3 zones : hommes, femmes, familles. La pudeur est de mise pour tous ! Les tenues, inconfortables, évoluent par la force des choses. A la fin du XIX° siècle, les audacieuses arborent un ensemble en coton plus léger, souvent rayé mais avec l’incontournable bonnet. A l’entame du XX° siècle, le pantalon jusqu’au genou est de mode mais se cache encore sous une ample tunique. En 1920, Coco Chanel déboule bruyamment, fait la révolution à la grande joie de toutes les femmes. L’étoffe s’économise, la femme se libère, au diable la vertu !

   Femmes, hommes, enfants, il fallait beaucoup d’étoffe pour les maillots de bains vers 1900. Le maillot de bain ne cessera de fondre au soleil. Le bikini « une-pièce » est encore encombrant, le string aussi, d’autres économisent le textile, pratiquent le nu intégral qui rapproche, paraît-il, de la nature. En 2016, un progrès faramineux, une simple ficelle et un morceau de tissu gros comme 3 flocons de neige suffisent ! Ainsi soit-il ! 

 

Le cachalot : plongeur de l’extrême.

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15 juin 2016.   Le cachalot est incontestablement le meilleur plongeur parmi les mammifères marins. Il chasse en effet, couramment à plus de 1 000 m de profondeur, mais il serait capable de descendre jusqu’à 3 000 m ! Il détient le record des apnées*, avec 1 h 30 passée sans remonter respirer à la surface !
Un grand mâle peut mesurer jusqu’à 20 m de long et peser 36 tonnes. Les muscles des cétacés (baleines, cachalots, dauphins, marsouins, et narvals) contiennent une forte quantité de myoglobine, une protéine qui joue le rôle de réserve de dioxygène. Les muscles du cachalot sont ainsi capables d’absorber 50% du dioxygène emmagasiné dans les poumons, soit deux fois plus que ceux des mammifères terrestres.
Ces mammifères marins se rassemblent en groupes nommés « pods », quand aux femelles elles vivent séparément des mâles mais avec un esprit de maman très développé sont attentionnés avec leurs bébés et s’entraident pour protéger ou allaiter les juvéniles. Elles mettent bas tous les 3 à 6 ans et s’occupent de leur progéniture durant une dizaine d’années.
En raison de sa taille, ce colosse des océans n’a pas de prédateur naturel assez fort pour attaquer avec succès un adulte en bonne santé. Cependant l’orque peut essayer de fondre dans un groupe pour y tuer les plus jeunes !
Les pêcheurs, par nécessité, déciment le cachalot jusqu’en 1982, année où la chasse fut, heureusement, interdite. 


*apnée : arrêt provisoire de la respiration.

L'enfer au bout de la nuit

Écrit par Super User. Publié dans Histoires du monde.

Le 6 juin 1944, la mer est démontée mais l'opération pour la liberté est lancée. Et cette liberté, il faut la gagner coûte que coûte, 180 péniches s'échouent sur le sable de cette plage normande. Courage, toujours plus de courage est demandé aux soldats !

01 juin 2016.        L’eau est plus ou moins partout sur notre planète bleue, il suffit d'observer une photo satellite pour le remarquer. Cette eau contenue dans les océans est un maillon indispensable dans le cycle climatique de l'univers, une pièce majeure dans le système économique mondial, un réservoir alimentaire quasi inépuisable s'il est géré intelligemment, avec une biodiversité formidable pour l’humanité mais on n’imagine pas qu’elle peut être décisive pour la liberté des hommes. Et au petit matin du 6 juin 1944, cette liberté est venue de l’océan, il y a juste 72 ans. 

Aussi longtemps qu’on puisse aller dans le temps, l’histoire guerrière des hommes est parsemée de ruses qui ont changé le cours de l’histoire. La Deuxième Guerre mondiale ne déroge pas à la règle. Dans le but de libérer l’Europe du joug d’Hitler et de l’oppression nazie tous les coups sont permis, les plus invraisemblables comme les plus sommaires, y compris l’intox, une arme subtile et redoutable. Divulguées abondamment par les Alliés, les rumeurs de débarquement allaient bon train. Parfois il devait se faire en divers points sur la côte Atlantique, tantôt en Bretagne, parfois sur le littoral méditerranéen, sur le rivage normand ou encore sur les rivages de la Manche.

Le débarquement est un formidable enjeu et l’élément de surprise est primordial. Il faut savoir que les Alliés ont usé de tous les stratagèmes imaginables pour faire croire à la préparation d’un débarquement au Pas de Calais. D’abord il était important de déplacer le quartier général factice des armés alliés vers le sud-est de l’Angleterre. Dans les champs, sont disposés quantité de chars gonflables en caoutchouc. Des véhicules et des canons en contreplaqué s’alignent le long des routes. La nuit des convois de camions, toujours les mêmes, sillonnent la région en long et en large, donnant une impression de nombre aux avions allemands. Les Alliés entretiennent une activité radio débordante entre les unités aussi « bidon » les unes que les autres. Pour berner les avions d’observations ennemis, que la DCA s’applique à louper, des pseudo-navires de débarquement construits de bric et de broc encombrent les estuaires, les criques et les ports. Et plus vrai que nature, un complexe pétrolier géant en carton-pâte voit le jour près de Douvres. Cette ruse fonctionnera au-delà de toutes les prévisions puisque l’état-major allemand déplace massivement ses unités dans le Pas de Calais. C’est ici que les allemands attendent de pied ferme les troupes alliées, c’est ici que se concentrent le plus gros de leurs troupes. La Normandie est presque dégarnie.
Les Alliés lancent le 6 juin 1944 la plus grande opération militaire collective que l’humanité ait connu. L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement des troupes Alliées en Normandie. Imaginons la planification d’une telle opération pour gérer le matériel et les hommes sans lesquels rien n’est possible. Les moyens matériels se composait de 6 939 navires dont 1 213 de guerre, 4 126 pour le transport des troupes et 1 600 de soutien parmi lesquels de nombreux bateaux marchands provenant d’une dizaine de marines différentes, principalement de l’US Navy, la Royal Navy accompagnés des canadiens, australiens, néozélandais, norvégiens, polonais, néerlandais, danois et français.
L’aviation assure une couverture constante au-dessus de la flotte de débarquement et des plages en complétant la préparation navale par un tapis de 4 000 tonnes de bombes surtout sur les 5 plages normandes du débarquement. Pour le jour J, 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers étaient disponibles.
L’opération Neptune ne se limite pas seulement au transport des troupes d’assaut, elle doit assurer le ravitaillement des têtes de pont. L’absence de port en eau profonde complique les premiers jours de la bataille. Pour résoudre ce problème vital, les Alliés avaient prévu d’apporter « leur port avec eux » ! Une quinzaine de jours après le débarquement débuta la mise en place de 2 ports artificiels. Ces 2 ports devaient être capables de permettre le débarquement de 6 500 véhicules et de 40 000 tonnes d’approvisionnements par semaine
Sur l’océan, des centaines et des centaines de loupiotes dansent sur les flots, un ballet féérique enveloppé dans une nuit encore bleutée. Les premières péniches chargées d’hommes, l’estomac barbouillé par le mal de mer, le ventre noué par la peur attendent que la barge s’échoue sur les fonds sableux, puis la porte tombe lourdement sur l’avant invitant les hommes, lourd paquetage sur le dos et fusils aux mains, à sauter dans l’eau pour rejoindre la terre promise. Ces hommes sont héroïques mais deviennent aussitôt, des cibles vivantes offertes à la mitraille ennemie. Beaucoup ne poseront même pas les pieds sur cette terre qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne connaîtront jamais. Au bout de la nuit, il y a l’enfer. Sur ce coin de France, il n’y a pas d’héros, ou plutôt tous ces hommes sont des héros !
Beaucoup des objectifs initialement prévus ne sont pas atteint, la prise de certaines villes stratégiques ajournée. Les troupes allemandes se battent et opposent une résistance farouche aux forces débarquées. Du point de vue militaire, les résultats de la première journée de combats des Alliés sont positifs. C’est ce que claironne le commandement des Alliés !
Au soir du jour le plus long, les rescapés de ce massacre tremblent encore en reprenant leur souffle. Un « vétéran » chevronné synthétise pour l’éternité la situation. A l’abri dans une grotte avec un quarteron indemne, il dit : il y a 2 catégories d’hommes sur cette plage : les morts et ceux qui vont mourir, alors vite, tirons-nous de là ! S’ils ont échappé temporairement à un destin funeste c’est un miracle, mais le cauchemar ne fait que commencer au cœur du bocage normand. Pour vénérer l’amour de la liberté, des offrandes rituelles sont nécessaire !
L’approvisionnement en carburant était un des éléments décisifs à la réussite de l’opération. Les Alliés avaient estimé que jusqu’au 15 juillet leurs besoins se chiffraient à 15 000 tonnes pour approvisionner en essence les 200 000 véhicules débarqués mais également le carburant pour les avions et le mazout pour les navires de la zone. Pendant les 10 premiers jours, un terminal sommaire était installé, les Alliés faisaient aussi échouer sur les plages des jerricans d’essence.
A partir du 15 juillet, ces systèmes d’approvisionnement devaient être remplacés par des installations plus performantes. C’était sans compter sur la capacité de riposte de l’occupant, malgré de grosses pertes humaines, surpris par cette invasion en un lieu qui n’était pas envisagé sérieusement par le haut commandement allemand et sa force de destruction sur les points névralgiques, notamment sur le port de Cherbourg qui empêchait l’accostage du premier pétrolier que le 25 juillet. La reconquête de Cherbourg, plus difficile que prévu, le long nettoyage des eaux du port et le mauvais temps retardèrent sa mise en service de 6 semaines et ne put rentrer en fonction qu’au début août. Heureusement, le manque de carburant ne se fit pas sentir car la bataille fut rude et le front ne progressait pas ou peu !
Baptisés « Rupert » des centaines de mannequins ou poupées en caoutchouc de 1 m 30 de haut ressemblant à des combattants ont été largués derrière les lignes allemandes pour semer le doute chez l’ennemi. En touchant le sol, ils déclenchent automatiquement des pétarades et des sons stridents sensés leurrer les troupes ennemies.
La tête de pont alliée est solidement ancrée dans la campagne normande mais elle n’est pas encore à l’abri d’une contre-attaque allemande appuyée par les redoutables divisions de chars. La vaste armada des pays libérateurs continu de débarquer sur les plages.
Certains officiers allemands, agacés de ne pouvoir apporter un soutien vital à leurs compatriotes en difficulté ordonnent des opérations de représailles sous prétexte que des résistants français organisent des destructions ou attentats pour retarder l’arrivée sur la ligne de front de renforts humains et matériels.
A Oradour sur Glane petit village soupçonné d’être un repère de résistants, un horrible massacre a lieu le 10 juin : 644 villageois dont 246 femmes et 207 enfants sont tués.
La bataille de Normandie a duré 90 jours, du 6 juin à la fin août, une bataille de combats intenses, acharnés, dévastateurs, meurtriers.
Le prix de la liberté était à ce prix, 72 ans sont passés, citoyen du monde souviens toi !

Une armada de navires de guerre, des soldats et beaucoup de matériel à tuer sur une plage. Pris sous le feu de 2 casemates, une compagnie perd les deux tiers (2/3) de son effectif, sur 40 chars débarqués, 34 sont déjà hors d'usage. L'aube du 6 juin devient l'enfer, ce n'est que le début, le plus dur reste à faire.