Sant Galdric en Roussillon

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

 

Palau del Vidre honore l'histoire, petite ou grande, du village. Sant Galdric est mis en valeur avec bon goût et le Festival du Verre ranime chaque année son ancestral savoir-faire.

Saint Gaudérique ou Sant Galdric en Roussillon.Il y a très longtemps en Roussillon, lorsque la pluie n’assurait pas le minimum nécessaire, les agriculteurs « els pagésos » catalans se tournaient vers le ciel. Précisément vers Sant Galdric ou saint Gaudérique, patron des laboureurs et maître de la pluie. Il était particulièrement honoré dans nos petits villages lors des grandes processions estivales, en chantant les goigs (chants traditionnels catalans) en son honneur. Celui où on implorait sant Galdric est destiné à éloigner le spectre de la famine provoquée par la sécheresse qui risque de pénaliser durement toute une population par manque de récoltes. Les invocations ne se révélaient pas toujours efficaces! L’irrigation se substituait à la nature lorsque cette dernière ne fournissait pas aux périodes voulues l’eau dont les plantes et le sol avaient besoin, la sécheresse étant un véritable fléau pour certaines cultures. La terre irriguée porte le nom de régatiu, fertile et verdoyant, en opposition à l’aspre sec et plus aride. La valeur de la terre est proportionnelle à la possibilité d’arroser en partie ou à volonté. L’irrigation rend l’assolement inutile, il n’y a pas de jachère et au XXème siècle, elle permettra les productions maraîchères qui se développeront en cultures intensives à 3 et même parfois 4 récoltes par an. Ce qui fit la richesse et la notoriété du Roussillon ! Cette décennie d’abondance est, malheureusement, révolue !

 

El principi tots els canterets, fan l'aigua fresca.

Traduction en français

En principe tous les vantards font de l'eau fraîche.

Minerve, la cathare, vaincue par le soif.

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      En 1207, la croisade contre les Albigeois a débuté avec la bénédiction du pape Innocent III. Ce conflit est à l'origine d'une guerre particulièrement violente contre les hérétiques. Plusieurs villes mais surtout Béziers, furent le théâtre de combats impitoyables et sanglants. C'est à Béziers que fut énoncée par le comte Simon de Montfort la phrase historique: « tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens », c'est dire le degré d'incompréhension entre chrétiens en ce temps-là! Mais la chasse aux insoumis se poursuit dans toute la région. Bon nombre de cathares qui ont échappé au massacre se terrent à Minerve. Le bastion de Guilhem de Minerve accueillit fugitifs et refugiés, parmi lesquels des religieux cathares promis à une mort certaine pour hérésie. Posée sur un piton rocheux, la forteresse, entourée de profondes gorges et canyons creusés dans le causse par deux torrents en faisait une citadelle réputée imprenable. Il est vrai que sa situation géographique est exceptionnelle et que ses habitants pouvaient se sentir en sécurité sur ce nid d'aigle. Vers la Saint Jean 1210, avec le renfort de nouveaux croisés arrivés au printemps, Simon de Montfort déploie des moyens énormes pour conquérir Minerve et ses nombreux cathares. Difficilement prenable frontalement, il engage une stratégie militaire basée sur la durée et la patience. De nombreux hommes en armes s'installent sur les causses qui encerclent la place forte.
Le comte dispose de 3 perrières, redoutables pièces d'artillerie médiévale. Appelée aussi trébuchet, c'est la plus grosse machine de guerre de l'époque. La plus puissante, la Malevoisine, lance des projectiles de 150 kilos, elle a un rôle bien précis. Elle doit anéantir le chemin couvert qui permet aux habitants de s'alimenter en eau. Le puits saint Rustic se trouve adossé au pied de la citadelle dans le lit du torrent, protégé par une tour. Le pilonnage constant occasionne de nombreux dégâts cependant que les arbalétriers et archers déclenchent des tirs nourris pour empêcher tout mouvement des habitants. Les assiégés tentent une nuit de détruire cette machine destructrice. Surpris par des sentinelles, ils sont faits prisonniers. Pour montrer sa détermination, le comte utilisa la catapulte pour envoyer sur le village les têtes de deux soldats ennemis. Sous le bombardement incessant de la Malevoisine la tour s'écroule : le puits est détruit, enfoui sous les décombres. Un printemps sans pluie, un mois de juin chaud, une longue période de sécheresse fait que citernes et réservoirs se vident peu à peu. Seul un hypothétique orage peut allonger le siège. La pénurie est en vue. Les prières n'y font rien. Dans la cité, le moral est en berne. Après 6 à 7 semaines de siège, Guilhem de Minerve demande à négocier un accord. Simon de Montfort vint à bout des derniers résistants assoiffés. Aucun cathare n'ayant manifesté l'intention d'abjurer, malgré l'offre de Montfort de leur laisser la vie sauve, un bûcher fut dressé. 150 personnes environ, à l'exception de 3 femmes, se précipitèrent d'elles mêmes dans les flammes. Cette tragédie mis fin au siège de Minerve, haut lieu emblématique de la résistance cathare.

Ancien bastion médiéval, Minerve, pittoresque petit village de 125 habitants, au coeur du vignoble minervois et de la garrigue languedocienne figure parmi les plus beaux villages de France. Pendant la saison estivale, lorsque chantent les cigales, pas moins de 300 000 visteurs déambulent dans la cité cathare. 

Le vin, la mer et les vignerons-pêcheurs.

Écrit par Super User. Publié dans Histoire d'ici.

Les vendangeurs sur les coteaux qui entourent Banyuls sur Mer en 1957.


Souvent, lorsqu'on est curieux de découvrir des civilisations lointaines, on s'extasie devant le travail accompli par les hommes habitant des villages nichés au creux d'étroites vallées, bordées de hautes montagnes. Au fond de ma mémoire défilent les paysages d'Asie où les hommes exploitent les rizières étagées, sur des flancs vertigineux où l'eau s'écoule d'un bassin à l'autre par un ingénieux système hydraulique. En Amérique du Sud, les lopins de terre enroulés sur le relief escarpé, l'eau apprivoisée circule de terrasses en terrasses pour donner la vie. Des paysages millénaires, de toute beauté, modelés par les premiers paysans afin d'arracher à cette terre, difficile et ingrate, leur subsistance.
Parfois, on prête moins d'attention aux merveilles qui nous entourent. En Roussillon, un petit pays au ciel toujours bleu, acculé sur les Pyrénées, longé par la Méditerranée, un paysage qui peut rivaliser avec bonheur aux beautés que nous admirons ailleurs. Une contrée, appelée Côte Vermeille, en bordure de l'arc méditerranéen, là où la montagne plonge sans remords dans les flots scintillants qui battent une côte sauvage perlée de caps érodés et de criques minuscules. Autrefois les hommes prélevaient leur nourriture dans l'inépuisable garde-manger de la mer, certes généreux mais capricieux.
Les Phéniciens puis les Grecs, peuples de marins et de marchands écument la Mare di terra. Les Grecs, au VI° siècle avant J-C, baptisent une petite anse, Portus Vénéris, le port de Vénus. Puis la civilisation romaine impose sa puissance. D'Ostie, le port de Rome, une armada de navires marchands vogue vers les pays autour de la Mare Nostrum. Sur la route maritime d'Ibèrie, les Romains créent des comptoirs à Narbo Martius en Gaule, à Emporiae, à Tarraco, à Barcino. Navigateurs expérimentés, lorsque le vent du Nord dépoussière rageusement le golfe du Lion, ils mettent à l'abri les bateaux chargés d'amphores à Portus Vénéris. Familiers de ce mouillage, les Romains s'installent conquis par ce décor authentique, illuminé par un soleil généreux. Dans leurs bagages, une culture et pléthore de savoir-faire. Ils vénèrent Bacchus dieu de la vigne et du vin, représenté avec un thyrse dans une main et une grappe de raisin dans l'autre. Forcément, le bon vin est la boisson préférée des nouveaux conquérants, d'ailleurs le bon nectar est l'objet d'un commerce florissant sur la Mare di Terra. Dans les cales des trirèmes, les Romains trimbalent des pousses d'oliviers et des plants de vignes ! Dès lors, les gens du cru deviennent pêcheurs-vignerons mais par-dessus tout, sculpteurs de la nature ! Lorsqu'il n'est pas raisonnable de défier la Méditerranée, les pêcheurs meublent leur temps à planter patiemment des plants de vigne sur les versants ardus des derniers contreforts des Albères, dessinant un environnement viticole de toute beauté. Ce vignoble lorgne l'horizon d'azur de la Méditerranée, face au vent d'Est qui apporte une pluie bienfaisante lorsqu'elle échoit finement sur un sol toujours assoiffé mais, parfois l'imprévisible climat méditerranéen ouvre ses vannes célestes copieusement et brutalement. En pays catalan, on dit «qué plau a samals» dont la traduction en français est explicite : il pleut à pleines comportes, c'est-à-dire plus que de raison ! Pressée de retourner à la mer, l'eau dégringole sur des pentes naturelles approchant parfois 20 %, ce déchaînement, cette impatience ravine le sol, creuse des ornières, dénude les racines des ceps, érode les parcelles. De calamités en adversités, l'expérience s'accumule ! Génération après génération, la réflexion, la persévérance des pêcheurs-vignerons à la faveur d'un opiniâtre labeur de préparation, de défrichage, de planification, l'aménagement des versants prend forme. Il faut choisir avec beaucoup d'attention et de soin le passage de l'agulla (la rigole) et els peus de gall (les pieds de coq). Puis succèdent les constructions des murets de pierre qui exigent des fondations penchées vers l'arrière, jusqu'à la roche pure enfouie parfois à 1 mètre de profondeur. Les cossols (fondation faites de gros cailloux) sont enterrés dans la terre. Pour achever ce travail de forçat, on répandait la terre dans chaque feixa (parcelle), entre les 2 murettes pour adoucir la pente. La moindre petite goutte de pluie, dès qu'elle touche le sol est canalisé, dirigé, freiné pour qu'elle soit douce avec la terre. Les agullas et els peus de galls sont pavés. Toutes les constructions sont réalisées en schiste, la pierre indigène. Ce système d'écoulement des eaux est unique. Il maîtrise efficacement l'érosion du sol. En pays Cathare, dans la vallée de l'Agly, dans le Confluent les garrigues gardoises, de nombreuses et diverses cultures étaient exploitées sur des terrasses construites avec des murettes mais le climat est différent et l'érosion est de moindre importance.
Sans l'intelligence, sans le sens d'observation, sans l'habileté, sans le courage, sans les outils adéquats, sans le mulet, indispensable compagnon de pénitence, sans le savoir-faire ancestral des gens de la terre, ce vignoble, aujourd'hui terroir réputé, n'aurait jamais existé. Si durant des siècles, des générations d'hommes obstinés, se sont acharnés à façonner les feixas, les murets, répéter inlassablement les mêmes gestes, tracer un réseau de rigoles pour évacuer l'eau, c'est qu'ils devinaient que ce terroir serait reconnaissant. Et il l'est !
La tour de Madeloc (XIII° siècle) perchée sur un éperon à 656 mètres d'altitude, contemple au fil de la journée les couleurs changeantes de la Méditerranée, à ses pieds s'étale un amphithéâtre dont les parures défilent avec les saisons. Un ouvrage, fruit d'un labeur pharaonique accompli dans la sueur, le sang et la douleur. Tant que les hommes et les femmes cultivent, jour après jour ce terroir, ce tableau enchantera nos yeux et nos cœurs !
Ces paysages sont notre mémoire et notre avenir. Notre mémoire parce qu'ils sont façonnés par des générations d'hommes et de femmes, notre avenir car leurs qualités sont devenues des atouts du développement économique.


Le vin, c'est la lumière du soleil captive dans l'eau.

Galilée, illustre astronome italien (1564-1642).

Lo camel (le chameau) de Béziers.

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Vers l’an 250, fuyant la persécution des Romains contre les chrétiens, Aphrodise arrive d’Héliopolis, ville d’Egypte où il était grand prête du temple Mercure. Dans sa fuite erratique avec son chameau, il fait escale à Béziers. Il trouve une grotte et s’y installe longtemps pour échapper aux persécuteurs de chrétiens.

Puis la foi chevillée au corps, il écume la région à nouveau pour prêcher ardemment la parole du Christ. Il influence profondément la population. L’évêque de Narbonne le consacre premier évêque de Béziers.

Mais ce n’est pas apprécié par tout le monde, pour avoir voulu propager trop activement les doctrines de J.C, il mourut martyr. En effet il est décapité sur la place Saint-Cyr de Béziers, sa tête jetée sans ménagement dans un puits. Le puits n’était visiblement pas d’accord car soudain, un fort gargouillement suivi par une remontée brutale de l’eau jusqu’à la margelle sur laquelle émerge la tête d’Aphrodise, le saint ayant retrouvé sa tête, la portant entre ses mains, se dirigea vers l’extrémité nord de la ville.

Sur son parcours les gens répandaient des escargots et le saint les effleure sans en écraser aucun. Au carrefour du Saint-Esprit, des tailleurs de pierre raillent et traitent de fou le saint homme. Dieu les punit de leur irrévérence en les pétrifiant sur place dans l’attitude où ils se trouvaient.

Arrivé au bout de la ville, il s’ensevelit dans la grotte, qui deviendra la crypte actuelle, puis y mourut paisiblement.

Son corps fut déposé dans un antique sarcophage de marbre gris. L’eau du tombeau, transformé en baptistère, possédait certaines vertus : on venait de partout pour y faire baptiser les enfants afin de les préserver du «haut mal» et ceux qui en étaient atteints buvaient l’eau contenue dans le sarcophage pour s’en guérir. Lo camel (le chameau) du saint fut recueilli et hébergé avec soin, par les biterrois. Originaire des pays où l’eau est rare, le seul chameau à une bosse est devenu l’emblème de la capitale du vin et depuis les temps anciens, il défile dans les rues de sa ville d’adoption pour les fêtes de la Caritach (charité) le 28 avril. La procession se dirige vers l’église de son saint patron, l’église Saint Aphrodise, pour célébrer le patron de la ville de Béziers.

Les paysans de la mer en Languedoc.

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En Languedoc, on dit communément que les pêcheurs « respirent l'eau et goûtent l'air ». Comme les paysans de la terre, les paysans de la mer transmettent de génération en génération des dictons et adages. La langue occitane accompagne admirablement l'accent chantant et rocailleux vers un langage imagé, poétique, autour du temps, de l'orientation des vents, de l'état de la mer ou le comportement des animaux aquatiques. Dans tous les cas, des observations ancestrales, riches de bon sens.

Alba roja, vent o ploja         

traduction : Aube rouge, vent ou pluie.Quand à l'aube on aperçoit vers l'Est des lueurs rouges,
elles signalent l'arrivée du Grec, pluie et vent bientôt.


Aqui lo mantèl dels paures     

traduction : Voici le manteau des pauvres.
Cela exprime que les pauvres ne disposaient que des rayons du soleil pour se réchauffer. Les pêcheurs sont habillés de façon modeste car le sel et le soleil détériorent rapidement les tissus.


Jorn de bruma, jorn de caud     

traduction : Jour de brume, jour de chaleur.
Lorsque le vent est faible et que la brume matinale est épaisse, c'est en été,
l'assurance d'un grand beau temps.


La tramontana, lo jorn buffa, la nèit chauma    

traduction : La tramontane le jour souffle, la nuit, faiblit.
Lors des séquences anticycloniques chaudes, la tramontane faiblit la nuit.


La paupada del solelh

traduction : L'accalmie du soleil. A l'aube et au crépuscule, il est fréquent qu'une accalmie du vent ait lieu, moment favorable pour la pose et la relève des filets.


Lo gregau qu'a manjat las tetas a sa maïre 

traduction : le vent grec qui a mangé les tétons de sa mère. Un brin poétique, vieux comme le monde, ce dicton compare ce vent à un enfant ingrat ayant mangé ou mordu le téton de sa mère, qui elle avait une démarche nourricière pleine de vertu. Ce vent du nord-est dès qu'il se lève pose des problèmes aux marins qui savent que la pêche sera infructueuse.


Grèc, pluèja al bèc

traduction : Grec, pluie au bec. Ce vent peu apprécié apporte la pluie, et même la neige en hiver.

Les animaux
Qual caça cardonilhas e qual pesca tenhilhas crompa ni camps ni vinhas.
Qui chasse des chardonnerets et qui pêche des tellines n'achète ni champs ni vignes.

Quand les grenouilles coassent, parfois par milliers,
la nuit sera très belle sans vent et avec de la rosée.

Quand les goélands se regroupent, volent ou tourne en rond,
haut dans le ciel, un coup de vent de nord-ouest est imminent.


Le temps. Si l'on peut voir clairement les Pyrénées et le cap de Creus, c'est le présage d'une rotation du vent marin. Mais il est aussi annoncé par la présence d'une grosse mouche se promenant sur les vitres à l'intérieur des maisons. Elle porte évidemment le nom de « mouche de marin ».

La mer. Si la nuit, vous vous tenez face à la mer, et que vous l'entendez plus forte du côté droit, en provenance du Sud, le lendemain vous aurez du beau temps. A l'opposé, si elle « brame » du côté gauche, elle peut devenir dangereuse.